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1e partie : Le revenu familial et le développement de l’enfant

 

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Pour la première fois au Canada, il y a des preuves inéquivoques et abondantes qu’un large éventail des conditions de vie et des résultats dans le développement de l’enfant sont affectés par le niveau du revenu familial.4 À l’aide de données de deux nouvelles enquêtes longitudinales – l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ) et l’Enquête nationale sur la santé de la population (ENSP)5 – ce rapport examine les liens entre le niveau du revenu et 27 variables qui mesurent les résultats chez l’enfant et leurs conditions de vie dans les familles et les quartiers où ils habitent. Dans chaque cas, on constate que les enfants vivant dans des familles à plus faible revenu ont un plus grand risque d’avoir des résultats négatifs et de piètres conditions de vie que ceux dans les familles à revenu plus élevé. Ces données révèlent aussi que les résultats et les conditions de vie de l’enfant augmentent graduellement à mesure que le revenu familial augmente. Il n’y a pas de seuil magique limite au-dessous duquel les enfants ne peuvent pas s’épanouir, ni au-dessus duquel ils réussissent uniformément.

Le développement des enfants est complexe, et plusieurs facteurs de leur environnement – y compris leur famille, leur logement et leur communauté – influencent le processus. Les enfants ont au départ leur propre bagage génétique, mais en cours de route les influences de leur environnement ajoutent ou enlèvent à leur capacité d’optimiser leur potentiel. Dans cette section du rapport, les influences de la famille, du logement et de la communauté sont explorées par rapport aux risques de piètres résultats chez les enfants. Chaque influence est évaluée en fonction du niveau de revenu familial. (Veuillez prendre note que cette étude porte uniquement sur des familles biparentales et utilise des tranches de revenu, et non des revenus précis. Pour davantage de détails, consultez les notes techniques à la fin du document).

Les milieux où sont élevés les enfants

La famille

Particulièrement au début de leur vie, les enfants ont besoin d’un attachement sécurisant aux adultes qui les élèvent et qui peuvent leur fournir une attention cohérente et de l’affection. La recherche souligne que la stabilité familiale et des relations aimantes et positives sont ce qui donne la plus grande protection aux enfants contre de mauvais résultats du développement. En tant que réseau social principal, les parents at autres membres de la famille jouent un rôle crucial pour leur apprendre comment développer et utiliser des stratégies efficaces pour se débrouiller.6

Les caractéristiques suivantes des familles illustrent que les risques dans l’environnement des enfants diminuent à mesure que le revenu familial augmente. Plusieurs des facteurs du milieu familial examinés ici portent sur les parents : combien d’entre eux souffrent de dépression, combien ont subi des expériences traumatiques pendant leur propre enfance, combien se sentent chroniquement stressés et combien fument. Nous tenons aussi compte de la corrélation entre le revenu et d’autres facteurs liés à la famille, comme la fréquence des déménagements qui entraîne le changement d’école pour les enfants, l’état du logement familial et l’accès à un ordinateur à la maison.

Le fonctionnement familial

Afin d’évaluer le fonctionnement familial, on détermine une marque en combinant la réponse des parents aux questions de l’ELNEJ sur la nature des relations entre les membres de la famille. Ces questions comprenaient :

  • Évitez-vous de parler de chagrin, de crainte ou de préoccupation avec vos enfants?
  • Les membres de la famille s’entendent-ils bien?
  • Y-a-t-il beaucoup d’hostilité dans la famille?
  • La boisson est-elle une source de tension dans la famille?

Les recherches montrent que les familles qui ont de bons résultats sur ce type de tests du fonctionnement familial ont plus tendance à élever des enfants capables de bien s’entendre avec les autres et à avoir un bon rendement scolaire et ces familles ont moins de probabilités de produire des enfants avec des troubles de santé mentale et un comportement agressif et anti-social.7

Le graphique 1 montre que les enfants dans les familles à faible revenu ont deux fois plus de risque de vivre dans une famille dysfonctionnelle que les enfants dans les familles à revenu plus élevé. L’incidence de familles dysfonctionnelles décroît régulièrement à mesure que le revenu familial augmente de moins de 20 000 $ à 50 000 $. L’incidence de familles dysfonctionnelles augmente ensuite légèrement puis baisse à nouveau quand le revenu dépasse 60 000 $. (Pour les pourcentages exacts de tous les graphiques, veuillez consulter l’appendice à la fin du document)

 

La dépression parentale

Il est très difficile de vivre avec un parent qui souffre de dépression. La recherche a montré que les enfants dont les parents sont déprimés ont plus tendance à avoir des problèmes à établir des rapports avec les autres, à avoir des troubles émotifs et du comportement, et à avoir des pro-blèmes de toxicomanies que les enfants dont les parents ne souffrent pas de dépression.8 Comme on le voit au graphique 2, les enfants dans les familles à faible revenu ont plus de trois fois plus de probabilité de vivre avec un parent qui a des symptômes fréquents de dépression que les enfants dans les familles à revenu élevé.9

Parents qui ont vécu des expériences traumatiques pendant l’enfance

La capacité d’un parent d’élever ses enfants et de bien gagner sa vie est affectée par le genre d’enfance que ce parent a vécu. Il est bien connu, par exemple, que les parents abusifs ont souvent été eux-mêmes victimes d’abus pendant leur tendre enfance. La recherche a aussi montré que les parents qui ont été élevés dans une famille avec de nombreux problèmes ont souvent du mal à contrôler leur stress quand ils ont leurs propres enfants.10

Le graphique 3 montre que les parents à faible revenu ont deux fois plus tendance que ceux à revenu élevé à avoir vécu des expériences traumatiques pendant leur enfance, comme le divorce de leurs parents, d’avoir eu des parents avec des problèmes d’alcool ou de drogue, d’avoir subi des abus physiques ou l’expulsion de leur domicile pour mauvais comportement.11 Près de 16% des parents à faible revenu ont subi des traumatismes d’enfance, par rapport à moins de 8% des parents à revenu élevé. Il en résulte que les enfants des familles à faible revenu sont plus à risque que les autres de grandir avec des parents qui ont eux-mêmes subi une enfance troublée.

Stress chronique chez les parents

Les parents qui sont chroniquement stressés ont beaucoup plus tendance à être distraits, hostiles et abusifs envers leurs enfants que les parents qui se sentent heureux et en contrôle de leur vie. On a aussi trouvé que les adolescents qui vivent avec des parents chroniquement stressés ont beaucoup plus tendance que les autres jeunes à avoir des problèmes affectifs et du comportement.12 Les facteurs de stress indiqués par les parents comprenaient : un membre de la famille avec un problème d’alcool ou de drogue; une personne de la parenté en très mauvaise santé; le manque d’argent pour acheter les besoins essentiels du ménage; et le sentiment qu’on plaçait des attentes irréalistes sur leur temps et leurs capacités. Le stress chronique peut aussi amener les parents à la dépression et l’anxiété.

Comme le graphique 4 le montre, les parents à faible revenu ont quatre fois plus tendance à se sentir chroniquement stressés que ceux avec un revenu élevé. Le graphique représente les pa-rents dont le niveau de stress était dans les 10% en haut de l’échelle parmi toutes les réponses des parents. Les résultats montrent que la proportion de parents avec ce haut niveau de stress diminue abruptement à mesure que le revenu familial augmente de moins de 20 000 $ à 50 000 $. La proportion passe ensuite à un plateau et diminue à nouveau chez les familles avec des revenus plus élevés.

Exposition aux fumeurs adultes à domicile

Les enfants qui sont exposés à la fumée de tabac ont plus de probabilités d’avoir des maladies respiratoires aigües et chroniques, y compris l’asthme, la pneumonie et la bronchite. Ils courent aussi un plus grand risque d’avoir un mauvais fonctionnement pulmonaire et ont plus de trois fois plus tendance à souffrir d’infections de l’oreille moyenne que les autres enfants.13

Le graphique 5 montre que les enfants dans les familles à faible revenu ont près de deux fois plus tendance que ceux de familles à revenu élevé à vivre avec des fumeurs. Dans la moitié des ménages à faible revenu, au moins un adulte fume régulièrement, alors que moins de 30% des ménages à revenu élevé ont un fumeur régulier.

 

Changements fréquents d’école

Les enfants qui changent fréquemment d’école ont de moins bons résultats en mathématiques, ratent plus souvent leur année et ont un plus haut niveau de problèmes du comportement que les enfants qui restent à la même école pour plusieurs années.14 Le besoin de changer d’école est souvent un symptôme d’autres conditions familiales stressantes, comme une rupture, des parents qui perdent ou changent fréquemment d’emploi, et la pression de déménager pour trouver un logement plus adéquat ou plus abordable. Les enfants qui vivent avec une mère monoparentale, pauvre, avec un faible niveau d’éducation ou avec une santé mentale fragile ont plus tendance que les autres à changer souvent d’école.15

Le graphique 6 fait le suivi de la proportion d’enfants qui ont changé d’école au moins trois fois avant d’avoir atteint 11 ans. Près d’un tiers des enfants de familles à faible revenu ont changé d’école aussi souvent, par rapport à un peu plus de 10% des enfants de familles à revenu élevé. Le graphique montre aussi que la probabilité qu’a un enfant de changer souvent d’école baisse considérablement dans les familles dont le revenu passe de 20 000 $ à 30 000 $, puis remonte à près de 25% jusqu’à ce que le revenu familial dépasse 50 000 $, après quoi elle diminue régulièrement à mesure que le revenu familial augmente.

 

Vivre dans un logement inférieur aux normes

La vie dans un logement inférieur aux normes peut exacerber les conditions de vie qui sont essentielles à l’épanouissement de l’enfant.16 Par exemple, il y a souvent des problèmes de qua-lité de l’air à l’intérieur des logements détériorés. On trouve plus souvent des contaminants comme les moisissures, le plomb et les asbestos dans les logements pauvres. Ces substances font courir aux enfants le risque de problèmes respiratoires aigus et chroniques. Du vieux mobilier, surtout les vieilles moquettes, peuvent contenir des concentrations de plomb, de pesticides et d’autres substances chimiques toxiques. Un logement en mauvais état peut aussi développer des infestations chroniques de coquerelles, qui sont porteuses d’allergènes puissants et les insecticides utilisés pour éliminer ces infestations peuvent aussi causer des problèmes de santé.17 Les logements inférieurs aux normes sont souvent dans des quartiers pauvres surpeuplés, près des principales artères de circulation.

Les enfants qui vivent dans ces quartiers ont plus de risque d’être exposés au benzène, un produit cancérigène connu qui se trouve dans l’essence et les gaz d’échappement des automobiles. En plus d’exacerber les problèmes de santé physique des enfants, les logements inférieurs aux normes peuvent aussi nuire à leur santé psychologique et au fonctionnement familial, créer des conditions inconfortables et portant à la distraction dans lesquelles ils doivent faire leurs travaux scolaires et ne pas être appropriés pour le jeu et les activités sociales.

Le graphique 7 montre que les enfants des familles à faible revenu ont deux fois plus de pro-babilités de vivre dans un logement inférieur aux normes que ceux des familles à revenu élevé. Près de 35% des enfants des ménages à faible revenu vivent en logement inférieur aux normes, par rapport à 15% dans les familles à revenu élevé.

L’accès à un ordinateur à domicile

Avec l’utilisation croissante de la technologie informatique dans la vie quotidienne, il devient essentiel pour les enfants de se familiariser avec les ordinateurs. Il n’y a ne serait-ce que dix ans, un ordinateur à la maison était considéré comme un luxe. Mais de nos jours, la proportion de domiciles au Canada avec un ordinateur augmente rapidement et les gens s’en servent pour communiquer, avoir accès à l’information, faire leur comptabilité et écrire, entre autres. Les enfants qui n’ont pas l’accès d’un ordinateur à domicile ont moins de chances d’acquérir les compétences techniques dont ils auront besoin quand ils entreront sur le marché du travail.

Le graphique 8 montre que moins d’un tiers des enfants de familles à faible revenu ont un ordinateur chez eux, par rapport à plus des deux tiers des enfants de familles à revenu élevé.

 

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