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La pauvreté dans les agglomérations urbaines du Québec

 

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La pauvreté dans les agglomérations urbaines du Québec

Lorsque l’on retient les 23 plus grandes agglomérations urbaines du Québec, on observe une grande disparité dans l’incidence de la pauvreté entre les régions à l’étude. Au graphique 1, on peut voir que l’incidence de la pauvreté de l’agglomération comptant la plus grande proportion de personnes pauvres, soit Montréal, correspond à plus du double de la proportion de personnes pauvres de l’agglomération comptant le moins de pauvres, en l’occurrence Baie-Comeau.


Source : Classifications spéciales du Recensement de 1996. Calculs du Centre de statistiques internationales au CCDS.
Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

 

Entre ces deux extrêmes, on peut observer l’évolution progressive des taux de faible revenu dans les agglomérations urbaines du Québec. On retrouve d’abord un groupe d’agglomérations urbaines qui comptent plus du quart de leur population sous le seuil de faible revenu de Statistique Canada, soit Montréal, Shawinigan et Joliette. Viennent ensuite deux groupes intermédiaires d’agglomérations urbaines qui ont respectivement entre 21 et 25% et entre 19 et 21% de leur population dans la pauvreté. Enfin, un dernier groupe est composé des agglomérations urbaines avec moins de 18% de leur population dans la pauvreté.

La région métropolitaine de Montréal est grandement affectée par la pauvreté. Alors que la région de Montréal représente 46,9% de la population du Québec en 1995, elle accueille 54,7% des personnes vivant dans la pauvreté au Québec; 893 000 des 1 630 000 personnes vivant sous le seuil de faible revenu au Québec habitent la région métropolitaine de Montréal en 1995 (Tableau 8). Le taux de pauvreté dans la région montréalaise atteint 27,3%, près de quatre points de pourcentage au-dessus de la moyenne québécoise.

Tableau 8
L’importance de la pauvreté à Montréal, 1995

Montréal

Le Québec

% pop.

% pauvres

Sous le SFR

Sous le SFR

à Montréal

à Montréal

Toutes les personnes

892 865

1 630 915

46,9%

54,7%

Selon l'âge

Moins de 15 ans

192 935

347 610

46,0%

55,5%

15 à 34 ans

284 800

506 370

48,1%

56,2%

35 à 64 ans

294 690

569 825

46,3%

51,7%

65 ans et +

120 440

207 115

47,5%

58,2%

Selon le sexe

Hommes

406 735

741 165

46,3%

54,9%

Femmes

486 130

889 745

47,4%

54,6%

Personnes seules

266 310

486 940

52,3%

54,7%

Selon l'âge

Moins de 30 ans

65 090

111 575

56,4%

58,3%

30 à 44 ans

60 240

106 800

54,6%

56,4%

45 à 64 ans

64 490

130 185

49,6%

49,5%

65 et plus

76 485

138 375

49,8%

55,3%

Selon le sexe

Hommes

116 875

210 990

51,6%

55,4%

Femmes

149 435

275 950

53,0%

54,2%

Type de familles

204 705

382 550

45,9%

53,5%

Couples sans enfant

59 700

116 000

45,5%

51,5%

Biparentales avec enfant(s) de moins de 18 ans

65 045

119 975

44,2%

54,2%

Avec enfant(s) de moins de 6 ans

37 220

65 855

47,4%

56,5%

Monoparentales avec enfant(s) de moins de 18 ans

56 930

106 330

50,4%

53,5%

Avec enfant(s) de moins de 6 ans

24 750

44 010

54,6%

56,2%

Les autres familles

23 025

40 240

50,7%

57,2%

Source: Classifications spéciales du Recensement de 1996. Calculs du Centre de statistiques internationales au CCDS.

Remarque: Se reporter au glossaire pour les définitions.

Comme dans le reste du Québec, les personnes seules, les femmes, les jeunes et les personnes âgées de 65 ans et plus sont en plus grande proportion à vivre dans la pauvreté; 52% des personnes seules, dont 63,6% des personnes de moins de 30 ans et 62,2% des personnes de 65 ans et plus vivent sous le seuil de pauvreté à Montréal (Annexe 2).

Les familles de la région montréalaise sont également plus affectées par la pauvreté que celles du reste du Québec : 22,6% des familles vivent dans la pauvreté à Montréal par rapport à 19,4% de l’ensemble des familles québécoises. Comme dans le reste du Québec, les jeunes familles monoparentales et biparentales ont plus de probabilité de se retrouver dans la pauvreté : 35% des jeunes familles biparentales et 85% des jeunes familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté dans l’agglomération de Montréal en 1995.

L’incidence de la pauvreté à Montréal par rapport au reste du Québec, en particulier par rapport aux autres agglomérations urbaines à l’étude, peut trouver explication, au moins en partie, dans sa composition démographique. Il a été démontré, préalablement, que la pauvreté affecte d’une façon plus importante certains groupes dans la société. Nous avons vu précédemment que les personnes handicapées, les membres des minorités visibles et les jeunes vivant seuls sont largement affectés par la pauvreté. Or, certains de ces groupes sont surreprésentés dans la région de Montréal. Alors que la région montréalaise représente un peu moins de la moitié de la population québécoise (46,9%), elle accueille près de 80% des membres des minorités visibles, 56,4% des jeunes vivant seuls et 53% des personnes handicapées au Québec. Par conséquent, cette surreprésentation peut avoir pour effet d’augmenter l’incidence de la pauvreté dans la région métropolitaine de Montréal. Par exemple, 94,5% des membres des minorités visibles qui vivent dans la pauvreté au Québec habitent la région métropolitaine de Montréal (Tableau 9).

Tableau 9
L’importance démographique de groupes cibles à faible revenu, Montréal 1995

Montréal

Québec

% pop.

% pauvres

Sous le SFR

Sous le SFR

à Montréal

à Montréal

Toutes les personnes

892 865

1 630 915

46,9%

54,7%

Selon l'origine

Autochtone

3 985

15 015

22,9%

26,5%

Non autochtone

888 880

1 615 895

47,0%

55,0%

Selon la présence d'un handicap

Sans handicap

785 150

1 417 725

46,3%

55,4%

Avec handicap

103 530

206 115

53,0%

50,2%

Selon l'appartenance à une minorité visible

Non-membre d'une minorité visible

680 035

1 405 710

44,5%

48,4%

Membre d'une minorité visible

212 825

225 200

79,9%

94,5%

Personnes seules

266 310

486 940

52,3%

54,7%

Selon l'âge

Moins de 30 ans

65 090

111 575

56,4%

58,3%

Source: Classifications spéciales du Recensement de 1996. Calculs du Centre de statistiques internationales au CCDS.

Remarque: Se reporter au glossaire pour les définitions.

 

Mais il n’y a pas que Montréal qui soit grandement affecté par la pauvreté, les agglomérations urbaines de Shawinigan et de Joliette se distinguent également par leur proportion très élevée de personnes vivant sous le seuil de faible revenu. L’agglomération urbaine de Shawinigan attire plus particulièrement notre attention.

Les taux de pauvreté des différents groupes de la société dans l’agglomération urbaine de Shawinigan correspondent généralement à ceux que l’on retrouve dans la grande région de Montréal; 27,1% de la population vit dans la pauvreté, en particulier les jeunes de moins de 15 ans (31,1%), les femmes (29,7%), les autochtones (42,6%), les personnes handicapées (43,3%) et les personnes n’ayant pas un diplôme du secondaire (39,9%) (Annexe 10). Cependant, on remarque que les familles monoparentales, notamment celles avec de jeunes enfants, sont plus affectées par la pauvreté à Shawinigan qu’à Montréal ou dans l’ensemble du Québec.

La composition démographique de Shawinigan diffère à plusieurs égards de celle des autres agglomérations urbaines à l’étude. Cette région a la proportion la moins importante de personnes qui ont travaillé à temps plein plus de 48 semaines durant l’année 1995. L’agglomération urbaine de Shawinigan est celle qui compte le plus de personnes âgées de 65 ans et plus (16,1%), le plus de personnes vivant seules de 65 ans et plus (35,7%), le plus de personnes n’ayant pas travaillé durant l’année 1995 (48,2%) et le plus de familles ne recevant pas de revenu d’emploi (30,2%). Ces personnes et ces familles étant généralement plus susceptibles d’être affectées par la pauvreté, il est possible d’attribuer une partie de l’écart du taux de pauvreté entre l’agglomération urbaine de Shawinigan et les autres régions à sa composition démographique et au faible nombre d’emplois à temps plein occupés pendant toute l’année 1995.

Pour ce qui est de l’agglomération urbaine de Joliette, on observe la présence plus importante de femmes (52,6%) et de familles monoparentales (14,6%) qui caractérisent la composition démographique de cette région. En plus, la région compte la plus grande proportion de personnes qui ont travaillé à temps partiel toute l’année 1995 (6,2%), signe d’un marché du travail sans doute plus précaire (Annexe 18). Tous ces facteurs peuvent contribuer à accentuer l’écart entre Joliette et les autres agglomérations urbaines à l’étude.

À l’opposé, l’agglomération urbaine de Baie-Comeau surprend par son niveau relativement bas de pauvreté. Avec 12% de sa population sous le seuil de faible revenu de Statistique Canada, elle se démarque de sa voisine, Sept-Îles (15,8%) et des autres agglomérations urbaines à l’étude. Baie-Comeau se distingue des autres régions par sa faible proportion de personnes âgées de 65 ans et plus (7%) et par conséquent, la faible proportion de personnes âgées de 65 ans et plus vivant seules (17,0%). En plus, cette région compte la troisième plus importante proportion de personnes possédant un diplôme d’études postsecondaires (38,1%) et la deuxième plus importante proportion de personnes ayant travaillé à temps plein toute l’année 1995 (35,5%), après Hull.

Entre ces extrêmes se place la liste des autres agglomérations. Il est possible d’observer l’incidence de la pauvreté pour différents groupes de la population dans chacune de ces agglomérations à la fin de ce document. La pauvreté dans chacune de ces agglomérations varie en importance et par ses caractéristiques. La position de chacune par rapport aux autres peut varier selon qu’on observe un groupe ou un autre de la société. Voilà pourquoi, dans les prochaines pages, nous étudierons l’incidence de la pauvreté dans les agglomérations urbaines en fonction de certaines caractéristiques qui l’influencent, notamment le type de famille.

La pauvreté des personnes seules

L’incidence de la pauvreté pour les personnes seules est une des plus élevées parmi les différents groupes de la population. Au Québec, le taux de faible revenu des personnes seules s’élève à 49,7% en 1995. La proportion de personnes vivant seules sous le seuil de faible revenu varie avec l’âge. Les personnes de moins de 30 ans et celles de 65 ans et plus, en particulier celles âgées de 75 ans et plus, sont plus susceptibles de vivre dans la pauvreté que les autres personnes seules. Les femmes seules sont également plus susceptibles que les hommes de vivre dans la pauvreté; 53,1% des femmes seules vivent dans la pauvreté.

Parmi les agglomérations urbaines à l’étude, celles de Shawinigan et de Joliette se démarquent par des taux de faible revenu des personnes seules supérieurs de cinq points de pourcentage à la moyenne québécoise. Les agglomérations urbaines de Trois-Rivières et Salaberry-de-Valleyfield dépassent aussi la région métropolitaine de Montréal et les autres agglomérations urbaines au chapitre de la pauvreté des personnes seules. À l’opposé, Baie-Comeau est celle des agglomérations à l’étude où l’on dénombre le moins de pauvreté chez les personnes seules, suivie de près par sa région voisine, Sept-Îles (Graphique 2).

L’agglomération urbaine de Chicoutimi/Jonquière se classe première en ce qui concerne la proportion de jeunes vivant seuls et dans la pauvreté (72,2%), devant Trois-Rivières, Sherbrooke, Québec et Shawinigan. Les agglomérations urbaines de Granby, Val-d'Or, Baie-Comeau et Sept-Îles ont les proportions les moins importantes de ce groupe avec respectivement, 47,3%, 47,2%, 42,4% et 41,9% de jeunes vivant seuls dans la pauvreté en 1995 (Graphique 3).

Pour ce qui est des personnes seules de 65 ans et plus, on constate que les deux plus importantes régions métropolitaines du Québec, soit Montréal et Québec, arrivent en tête avec respectivement 62,2% et 61,7% vivant dans la pauvreté. En contrepartie, Thetford Mines et Alma ont les plus faibles proportions de personnes seules de 65 ans et plus dans la pauvreté, à 42,9% et 44,5% (Graphique 4).


Source : Classifications spéciales du Recensement de 1996. Calculs du Centre de statistiques internationales au CCDS.
Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.


Source : Classifications spéciales du Recensement de 1996. Calculs du Centre de statistiques internationales au CCDS.
Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.


Source : Classifications spéciales du Recensement de 1996. Calculs du Centre de statistiques internationales au CCDS.
Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

La pauvreté dans les familles québécoises

Lorsque l’on observe la pauvreté dans les familles, c’est l’agglomération urbaine de Shawinigan qui remporte la palme de la plus grande proportion de ses familles sous le SFR (22,7%), immédiatement devant Montréal (22,6%) (Graphique 5). Pour ce qui est des couples, avec ou sans enfant, c’est à peu près la même chose, sauf l’apparition de l’agglomération urbaine de Chicoutimi/Jonquière parmi les agglomérations avec le plus de couples sans enfant dans la pauvreté (Tableau 10). En ce qui a trait aux familles monoparentales, le portrait est quelque peu différent. L’agglomération de Sorel a la plus grande proportion de familles monoparentales vivant dans la pauvreté, devant Shawinigan, Salaberry-de-Valleyfield, Trois-Rivières et Montréal.

Tableau 10 Taux de faible revenu chez les couples et dans les familles monoparentales, 1995

Couples

Familles

Sans enfant

Avec enfant(s)

monoparentales

Au Québec

13,2%

16,0%

56,0%

Shawinigan

15,6%

18,1%

63,2%

Chicoutimi/Jonquière

15,4%

13,1%

55,1%

Montréal

15,0%

19,6%

59,5%

Québec

14,6%

13,5%

50,0%

Sorel

13,7%

13,1%

64,1%

Salaberry-de-Valleyfield

13,3%

14,0%

62,3%

Trois-Rivières

12,7%

13,4%

60,3%

Drummondville

12,1%

11,3%

51,0%

Hull/Ottawa* (Québec seulement)

11,8%

13,4%

48,9%

St-Jean-sur-Richelieu

11,8%

11,8%

51,5%

Sherbrooke

11,1%

13,3%

52,5%

Victoriaville

11,4%

13,0%

49,8%

Granby

11,0%

11,3%

52,0%

Alma

10,9%

13,8%

52,7%

Val-d'or

10,2%

8,9%

53,1%

Rimouski

9,8%

7,0%

44,5%

Thetford Mines

9,0%

11,5%

48,8%

Rouyn-Noranda

8,4%

9,8%

49,8%

St-Hyacinthe

8,2%

12,0%

50,8%

Sept-îles

7,5%

8,4%

52,3%

St-Georges

7,3%

10,4%

47,8%

Baie-Comeau

6,0%

5,7%

47,8%

Source: Classifications spéciales du Recensement de 1996. Calculs du Centre de statistiques internationales au CCDS.

Remarque: Se reporter au glossaire pour les définitions.

 


Source : Classifications spéciales du Recensement de 1996. Calculs du Centre de statistiques internationales au CCDS.
Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

Certaines des hypothèses avancées pour expliquer les écarts dans les taux de pauvreté entre les agglomérations urbaines à l’étude ont trait à la composition du marché du travail et aux revenus d’emploi qu’il est possible d’en dégager. Certaines agglomérations pourraient profiter de ressources naturelles, d’entreprises de transformation, d’industries du savoir ou tout simplement d’une économie plus favorable qui engendrent de meilleurs salaires et ainsi contribuent aux écarts entre les taux de pauvreté. Malheureusement, les données dont nous disposons ne nous permettent pas d’établir avec certitude l’existence de liens entre la présence de ressources naturelles, la composition industrielle, la structure des salaires et la pauvreté dans les différentes agglomérations urbaines à l’étude.

D’autres hypothèses se fondent sur des phénomènes de migration vers les agglomérations urbaines ainsi que d’immigration. La surreprésentation d’immigrants de fraîche date à Montréal ou encore la migration des jeunes vers les grands centres urbains peuvent être des facteurs qui contribuent à augmenter le taux de pauvreté de certaines agglomérations urbaines comme Montréal. Toutefois, là encore, les données dont nous disposons ne nous permettent pas, pour l’instant, de confirmer ou de nier complètement ces hypothèses.

***

En résumé, nous avons jusqu’à présent été en mesure d’observer l’étendue de la pauvreté au Québec et dans les principales agglomérations urbaines du Québec. C’est ainsi que nous avons pu établir, pour différentes régions urbaines du Québec et pour différents types de familles, l’incidence de la pauvreté, c'est-à-dire la proportion de personnes vivant sous le seuil de faible revenu pour une agglomération donnée. Nous avons également comparé ces agglomérations et tenté de fournir quelques pistes d’explication quant aux variations qui existent. Ces informations sont importantes en soi. Elles nous permettent d’évaluer et de comparer l’importance de la pauvreté dans les différentes agglomérations à l’étude. Cependant, elles ne nous permettent pas d’évaluer et de comparer l’intensité de la pauvreté dans chacune de ces agglomérations.

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