CONSEIL CANADIEN DE DÉVELOPPEMENT SOCIAL
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CONCLUSION

 

Pour les femmes handicapées, les obstacles à l'emploi, en se mêlant au quotidien, peuvent prendre des caractéristiques uniques. Entre autres, des facteurs comme une plus grande tendance à vivre seule ou à être une mère seule; un degré étonnamment élevé de responsabilité financière; des possibilités plus limitées de trouver un emploi stable et bien rémunéré; des possibilités beaucoup plus limitées d'obtenir de l'aide pour les tâches ménagères; et des attitudes sociales prédominantes à l'égard de l'incapacité et des femmes.

Les données présentées dans ce rapport permettent de recommander un certain nombre de stratégies générales qu'il ne faudrait pas oublier lors de la révision des programmes et des politiques à la lumière du rapport À l'unisson. Si ces stratégies abordent certains des obstacles critiques pour les femmes handicapées, elles constituent également une approche positive pour les hommes. Il s'agit notamment des suivantes :

Séparer les programmes de soutien du revenu des mesures de soutien et des services à l'intention des personnes handicapées :

Il faut cesser de relier les programmes de soutien ou de remplacement du revenu aux mesures de soutien et services à l'intention des personnes handicapées afin de pouvoir mettre à leur disposition les mesures de soutien nécessaires sans lesquelles ces personnes handicapées ne pourraient se permettre d'entrer sur le marché du travail rémunéré. Cette mesure est également expressément proposée dans À l'unisson. On ne saurait toutefois trop insister sur l'importance de cette stratégie. Tant que les femmes handicapées devront payer leurs propres soutiens lorsqu'elles quittent la sécurité relative d'un programme de soutien du revenu, les réalités de leur vie représenteront un obstacle énorme à leur participation au marché du travail. Compte tenu de leur plus grande probabilité de vivre seules ou d'être des mères seules ayant presque l'entière responsabilité financière d'elles-mêmes et de leurs enfants, ainsi que de leurs probabilités beaucoup plus faibles de gagner un revenu élevé si elles trouvent un emploi, les femmes handicapées sont souvent les personnes les plus durement touchées par le système actuel, qui relie au programmes de soutien du revenu les mesures de soutien à l'intention des personnes handicapées.

De plus, les mesures de soutien devraient être suffisantes pour répondre aux véritables besoins des femmes et des hommes handicapés. Nombre des participants aux groupes de discussion ont souligné que, même pour les personnes qui dépendent de programmes de soutien du revenu de quelque type, les soutiens ne sont pas convenablement fournis.

«Il m'était impossible de m'asseoir dans mon fauteuil pour une certaine durée sans un siège spécial qui coûte 2 000 $. Comme l'aide sociale ne me le payait pas, j'ai dû réunir moi-même la somme nécessaire en organisant une vente de garage et en demandant des dons».

Création d'un environnement stable où les personnes peuvent facilement passer d'un emploi rémunéré aux programmes de soutien de revenu, et inversement :

Les politiques et les programmes dans le domaine du soutien et du remplacement du revenu doivent créer un environnement «sûr» pour les personnes handicapées afin de leur permettre de passer facilement des programmes de soutien du revenu au marché du travail et inversement sans interruption de leurs rentrées d'argent. Lorsque les femmes handicapées sont l'unique source de revenu une grande partie du temps, elles doivent être assurées que leur famille n'aura pas faim si elles perdent leur emploi et se voient forcées de présenter une nouvelle demande de prestations.

Il importe également de ne pas limiter les périodes d'essai sur le marché du travail à des périodes assez courtes. Les changements dans l'état des incapacités cycliques et dégénératives ne surviennent pas toujours sur une courte période35. De plus, l'instabilité des personnes handicapées sur le marché du travail pourrait être reliée à des facteurs économiques plus globaux qui n'amènent des changements que très lentement. L'instabilité que connaissent les personnes handicapées – en particulier les femmes – sur le marché du travail, combinée à la nature cyclique de certaines incapacités, doit être reconnue et palliée par certains programmes de soutien du revenu pour réduire le risque pris en abandonnant la «pauvreté stable» assurée par un programme de soutien du revenu. Compte tenu du niveau de peur exprimé dans tous les groupes de discussion tenus dans le cadre de ce projet, il pourrait être très difficile de donner un sentiment de confiance à cet égard aux personnes handicapées.

«Avec les changements survenus en Ontario, personne ne veut risquer de revenir sur le marché du travail. Certaines personnes voudraient peut-être avoir un emploi contractuel ou à temps partiel pour pouvoir travailler en fonction de leur état de santé, mais le gouvernement et les compagnies d'assurance encouragent les bénéficiaires à ne pas tenter de trouver du travail».

Améliorer les possibilités de trouver des emplois mieux rémunérés :

Il faut adopter des politiques et des programmes qui aident les femmes handicapées à mieux soutenir la concurrence pour les genres d'emplois qui pourraient leur offrir la stabilité relative et le niveau de revenu nécessaires afin de survivre avec une incapacité sur le marché du travail rémunéré. Des recherches précédentes ont montré que l'augmentation du niveau d'éducation des femmes handicapées peut grandement améliorer leur situation sur le marché du travail36. Il est encourageant de constater que les niveaux d'éducation s'améliorent chez les jeunes femmes handicapées. Le tableau 14 montre que 16% des femmes handicapées de 25 à 34 ans ont un diplôme universitaire, par rapport à 10% des femmes handicapées de 55 à 64 ans. Il est tout aussi encourageant de constater qu'un plus grand nombre de femmes handicapées de 15 à 24 ans poursuivent leurs études. En effet, près des deux tiers des femmes handicapées et non handicapées qui appartiennent à ce groupe d'âge sont étudiantes.

Tableau 14 Pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés qui ont un diplôme universitaire par groupe d'âge, Canada, 1996
  Femmes Hommes
Groupe d'âge Handicapées Non handicapées Handicapés Non handicapés
25 à 34 ans 15,7% 22,2% 11,8% 20,0%
35 à 44 ans 14,4% 17,3% 15,9% 22,8%
45 à 54 ans 13,4% 18,8% 13,1% 22,7%
55 à 64 ans 9,8% 14,4% 6,9% 20,6%
Nota : Les 15-24 ans ne sont pas inclus étant donné que plusieurs sont encore aux études.
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population, 1996-1997.

Même si le système d'enseignement est maintenant plus accessible qu'avant pour les étudiants handicapés, d'autres améliorations s'imposent37.

Il nous reste encore beaucoup à apprendre sur les programmes de formation qui sont efficaces pour les personnes handicapées et ceux qui ne le sont pas. Les participants à nos groupes de discussion possédaient une grande variété d'expériences des programmes de formation et avaient vécu toute une gamme de succès et d'échecs. Il manque de données d'enquête détaillées sur la formation des personnes handicapées. Nous devons savoir quel type de formation est le plus efficace, quelle est la durée la plus efficace pour un programme de formation, qui est le mieux placé pour dispenser la formation et quel est le meilleur endroit pour la donner, quels problèmes sont survenus, quels sont les aspects positifs et les soutiens qui peuvent changer quelque chose à l'étape de la formation. Nos groupes de discussion ont certainement révélé que la prestation de soutiens liés à l'invalidité (en particulier de l'équipement spécialisé) à l'étape de la formation peut avoir une influence très positive sur les perspectives d'emploi. De plus, une attitude positive à l'égard des personnes handicapées de la part des intervenants dans le système d'éducation et de formation revêt une importance primordiale pour le succès des programmes d'études et de formation.

«La réadaptation professionnelle m'a aidée avec de l'équipement lorsque je suis retournée au collège, puis à l'université. Quand je dirai à ma travailleuse en réadaptation que maintenant je travaille, elle va célébrer avec moi».

Les femmes handicapées doivent avoir accès à de bons emplois. Il faut pour cela vaincre certains stéréotypes au sujet des capacités des personnes handicapées et du rôle des femmes. Il faut également améliorer l'accessibilité au travail pour permettre aux femmes handicapées d'aller au travail et d'en revenir. Un certain nombre de femmes ont parlé de l'importance pour un employeur éventuel d’avoir accès à une aide gouvernementale s’il désire offrir des emplois aux personnes handicapées mais n'a pas les moyens d'acheter une partie de l'équipement ou des appareils et accessoires spécialisés qui seraient nécessaires.

«J'ai besoin d'aide pour mettre et enlever mon manteau, et pour réunir ce que je dois apporter pour travailler à la maison; mon employeur a acheté un poste de travail spécial et une entrée vocale pour mon ordinateur. Quelquefois, on n'obtient pas l'emploi parce que ça coûte trop cher à l'employeur».

Élargir jusqu’au domicile la définition des aides à l'emploi et des aménagements :

S'il existe un besoin manifeste d'aides et d'aménagements pour les personnes handicapées au travail (c.-à-d., entrée et salle de toilettes accessibles, poste de travail et équipement accessibles, etc.), ces aides et aménagements sont tout aussi importants à la maison. Pour bien des personnes handicapées, les tâches ménagères prennent souvent plus de temps et d'efforts que pour les personnes non handicapées, ce qui leur laisse moins de temps et d'énergie pour leur emploi, le sommeil et les soins de santé. Pour tenter de s'acquitter de toutes ces fonctions nécessaires tout en trouvant du temps pour l’emploi, beaucoup de personnes handicapées se privent de sommeil et de soins de santé, ce qui aggrave souvent leur état et leur incapacité. Si ce phénomène touche autant les femmes que les hommes handicapés, les hommes semblent disposer d'un plus grand nombre de recours pour obtenir de l'aide dans l'accomplissement de ces tâches. Les femmes handicapées consacrent plus de temps aux tâches ménagères et éprouvent des niveaux de stress plus élevés par rapport à tous les autres groupes.

Cependant, la plupart des politiques et des programmes reliés à l'emploi reposent sur le principe que si une personne est apte à l’emploi, elle devrait être capable d'accomplir sans aide ces tâches ménagères. Toutefois, les aides à la maison sont tout aussi nécessaires que les aides au travail afin de laisser aux personnes handicapées le temps et l'énergie nécessaires pour travailler. Les programmes et les politiques doivent élargir la définition des aides à l'emploi pour comprendre le domicile.

La question des options pour la garde des enfants est étroitement reliée à celle des tâches ménagères. Les femmes handicapées qui ont de jeunes enfants se heurtent souvent à des obstacles qui leur sont propres dans l'accès aux services de garde d'enfants. Des options améliorées pour la garde des enfants rehausseraient l'employabilité de toutes les femmes dans notre société, mais elles auraient un effet encore plus profond sur l'employabilité des femmes handicapées. Dans le cas des femmes handicapées, les options pour les services de garde d'enfants sont souvent limitées davantage par l'absence de services de garde accessibles et par des moyens de transport non adaptés entre le domicile, les services de garde et le lieu de travail. Cette situation est compliquée davantage par le niveau salarial beaucoup plus bas des femmes handicapées qui ont un emploi. Les options en matière de services de garde, comme une gardienne à la maison pour s'occuper des enfants, peuvent éviter aux mères handicapées de nombreux obstacles liés à l'accessibilité et au transport. Toutefois, ces options coûtent souvent beaucoup plus cher. Étant donné les possibilités salariales relativement faibles pour les femmes handicapées sur le marché du travail, ces options plus coûteuses sont hors de leur portée.

Les tribunes d'échange d'information et les groupes de soutien offrent une ressource précieuse aux femmes handicapées qui essaient d'entrer sur le marché du travail :

Les participantes à nos groupes de discussion ont souvent souligné la difficulté qu'elles avaient à trouver de l'information sur les possibilités de formation et l'existence de divers débouchés et programmes liés à l'emploi. Une tribune de discussion sur ces possibilités et l'échange d'information ont été considérés comme une ressource précieuse. De plus, il était clair que le fait de se réunir avec d'autres femmes handicapées pouvait offrir un soutien humain précieux. Tous les participants aux groupes de discussion ont souligné que le soutien humain était un élément important pour aider à bâtir l'estime de soi, et que l'estime de soi était importante pour trouver et conserver un emploi. Certaines participantes ont dit trouver ce soutien dans leur famille et chez leurs amis. D'autres, par ailleurs, n'avaient pas ce soutien à la maison. Pour nombre de ces personnes, les groupes de soutien et les tribunes d'échange d'information avec d'autres femmes handicapées pouvaient offrir un service inappréciable en les aidant à obtenir un emploi et à le conserver.

Attitudes sociales :

Le principal message qui est ressorti de chacun de nos groupes de discussion, c'est que les femmes handicapées veulent désespérément avoir un emploi rémunéré pour améliorer leur bien-être économique et leur estime de soi. Elles ont aussi fortement exprimé leur désir de contribuer à la société en occupant un emploi. Elles ont cependant indiqué que les attitudes négatives envers les personnes handicapées limitaient beaucoup leurs possibilités. Ces attitudes négatives, combinées aux préjugés selon les sexes (et aux préjugés raciaux pour les femmes handicapées appartenant à une minorité ethno-raciale), exercent une puissante influence négative sur les possibilités d'emploi pour les femmes handicapées.

Les périodes de récession économique semblent intensifier les attitudes négatives envers les personnes handicapées. Selon les femmes et les hommes handicapés, il s'agit de l'un des obstacles à l'emploi les plus puissants. Beaucoup croient que si les attitudes changeaient, nombre des autres obstacles seraient plus manifestes et on ferait des efforts pour les éliminer. Des stratégies visant à mieux informer le public sur l'incapacité (et plus précisément sur les capacités des personnes handicapées) et à améliorer les attitudes à l'égard des personnes handicapées pourraient également avoir une incidence positive sur l'employabilité des personnes handicapées.

Les femmes et les hommes de nos groupes de discussion ont exprimé fortement le désir de contribuer à la société par un travail rémunéré. Ceux qui n’avaient pas été en mesure d’obtenir un emploi rémunéré considéraient couramment que le bénévolat était une façon d’apporter une contribution, et ces travailleurs non rémunérés ont fait preuve d’une détermination et de compétences remarquables. Il est évident que nos milieux de travail dans l’économie de marché profiteraient énormément de l’ajout de cette richesse de compétences, de détermination et de diversité d’idées.

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