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SECTION 3

 

Attitudes sociales

Selon les participants à tous les groupes de discussion, les attitudes sociales négatives et le manque de sensibilisation sociale sont deux des trois principaux obstacles qui entravent leurs efforts pour entrer sur le marché du travail rémunéré ou y rester. Le problème est d'abord attribuable à l'absence de sensibilisation aux incapacités et aux questions relatives à l'incapacité. L'impact négatif des incapacités très visibles a été cité à maintes reprises. Certains participants ont souligné que les gens ont souvent peur de côtoyer des personnes ayant des incapacités très visibles.

«Les gens ne veulent pas nous regarder. Ils ne nous veulent pas dans leur entourage pour leur rappeler que ça pourrait leur arriver un jour».

De plus, certaines incapacités très visibles peuvent masquer le véritable potentiel et les aptittudes des personnes handicapées. Par conséquent, on porte des jugements négatifs sur des personnes parce que leur apparence ou leur façon de parler n'est pas «normale».

«Les gens croient que j'ai bu à cause de l'aspect de mes yeux».

«Les gens voient mon incapacité et entendent la façon dont je m'exprime. Je ne peux pas laisser cela dans la salle d'attente lorsque je me présente à une entrevue. Chaque fois que j'ai obtenu un emploi, j'ai toujours reçu des commentaires positifs, mais c'étaient toujours des emplois à court terme. L'attitude des gens est mon principal obstacle».

Des femmes ayant des troubles d'apprentissage ont dit qu'elles se faisaient généralement traiter comme des enfants et ne recevaient aucune félicitation lorsqu'elles avaient fait du bon travail parce que, les attitudes dans leur milieu de travail faisaient en sorte que personne ne croyait qu'elles auraient vraiment pu faire le travail toutes seules.

«Lorsqu'on me demandait : ‘C'est toi qui as fait ça? Qui t'a aidée?’ ça me blessait beaucoup. C'est à se demander si on devrait dire qu'on a des troubles d'apprentissage. Lorsque les employeurs le savent, ils peuvent alors être en mesure de nous fournir des aides au travail. Mais si on leur en parle, ils ne prennent plus jamais nos capacités au sérieux».

Les femmes ayant des troubles du développement se heurtent à d'énormes obstacles de comportement. Elles ont également l'impression qu'on les « traite comme des enfants » ou qu'on ne leur fait pas « confiance ». Cependant, lorsqu'on leur donne leur chance et l'emploi qui leur convient, ces femmes sont tout à fait capables de travailler au sein de la population active rémunérée et de vivre de façon autonome.

«Je travaillais dans un atelier protégé. Je n'ai jamais pensé qu'un jour, j'aurais un vrai emploi. Puis j'ai commencé un contrat qui devait durer deux mois et a été renouvelé d'une fois à l'autre – il y a neuf ans de cela et j'ai toujours l'emploi».

Les personnes qui n’ont pas une incapacité visible se heurtent également à des attitudes négatives.

«Je n'ai pas toujours l'air «aveugle». Il m'arrive de ne pas utiliser ma canne, mais ça ne signifie pas pour autant que je n'aie pas besoin de services adaptés».

Lorsqu'il a été question du marché du travail et des services sociaux, beaucoup de participants aux groupes de discussion croyaient que si les attitudes sociales à l'égard des personnes handicapées s'étaient améliorées au cours des années 1980, elles s'étaient dégradées durant les années 1990.

«Ça me crève le cœur que la société soit devenue si pleine de haine. Je crains l'avenir pour nous tous».

«Lorsque les emplois se font rares, les préjugés font surface».

Les participantes à nos groupes de discussion ont également souligné que les attitudes sociales et leur propre situation avaient des répercussions sur leur estime de soi, ce qui peut souvent mener à une faible estime de soi, à un manque de confiance en soi et à une communication médiocre lors des entrevues d'emploi.

«J'ai dû me battre afin d'avoir de l'aide à domicile deux fois par semaine pour m'aider à prendre mon bain. Pouvez-vous imaginer ce que c'est que de se présenter à une entrevue d'emploi après quelques jours sans bain?».

Alors que les femmes comme les hommes handicapés se heurtent à ces obstacles du comportement, les femmes doivent également surmonter les préjugés fondés selon le sexe. Bien que les femmes handicapées assument une bonne part des responsabilités financières dans leur ménage, elles disent que les employeurs croient souvent qu'elles sont prises en charge par une autre personne et qu'elles n'ont pas vraiment besoin d'un emploi rémunéré.

«Les gens me disent : ‘Tu n'as pas besoin de travailler, puisque ton mari travaille. Tu prends l'emploi de quelqu'un d'autre’.»

Le sexisme a d'autres façons d’agir avec l'incapacité. Une femme qui avait besoin d'un siège spécial pour s'asseoir dans son fauteuil roulant s'est vu refuser sa demande auprès d'un club de services local, sous prétexte que ce dernier n'aidait que les hommes.

Les femmes handicapées qui appartiennent à une minorité visible ont souvent l'impression d'être encore plus stigmatisées que les autres personnes handicapées. Plusieurs participantes à nos groupes de discussion ont dit avoir l'impression que la discrimination raciale s'ajoutait aux difficultés d'être femme et handicapée. Elles étaient toutefois réticentes à attribuer leurs expériences passées uniquement à la discrimination raciale. Certaines avaient l'impression de se battre contre tant de facteurs qu'elles ne pouvaient déterminer avec certitude la part que jouait leur race dans leur situation.

«Est-ce à cause de ma langue, de ma race, de mon invalidité, ou est-ce parce que je suis une femme? Pourquoi ne m'embauche-t-on pas?»

L'un des exemples les plus révélateurs de la complexité des attitudes envers la race, l'incapacité et selon le sexe est présenté dans l'étude diffusée par ERDCO en 1996, intitulée Including Us . . . Ethno Racial People with Disabilities speak out on issues of race and disability :

«Le récit épouvantable d’une femme illustre les oppressions multiples que subissent souvent les femmes. En tant que musulmane, cette femme couvrait ses cheveux pour suivre certaines règles de modestie. Comme certaines de ses collègues souhaitaient la voir sans son hijab (voile couvrant la tête), elle leur a montré une photo qu'elle gardait dans son sac à main. Ses collègues lui ont par la suite dérobé sa photo et l'ont photocopiée sur l'image d'une femme nue. Elles ont écrit « J'aime le sexe » sur la photo, qu'elles ont collée au dos de son fauteuil roulant. La femme a passé une partie de la journée à se déplacer dans un lieu public sans que personne ne l'avertisse. C'est seulement en retournant à la maison qu'une personne lui a parlé de la photo».

«Je me suis sentie humiliée. Elles me tourmentaient parce que j'appartenais à une minorité, elles ont avili mes croyances religieuses et se sont moquées de mon incapacité. Par ce seul geste obscène, elles ont réussi à m'attaquer à plusieurs niveaux34».

Enfin, les participants aux groupes de discussion ont demandé qu'il y ait davantage d'éducation publique sur l'incapacité. Il est à espérer que si l'on intensifie les efforts de sensibilisation à l'incapacité et si l'on améliore la compréhension de cette question, d'autres obstacles plus concrets s'écrouleront. Dans presque tous les groupes de discussion, les attitudes et la sensibilisation ont été mentionnées au nombre des domaines à améliorer :

«L'attitude des gens est l'obstacle le plus important. Il faut rééduquer la population pour qu'elle sache que nous avons suivi l'évolution et que nous pouvons faire quelque chose».

«Ne serait-ce que pour vous montrer ce à quoi on doit faire face, une de mes amies aveugle est allée dans un restaurant avec un groupe de gens et le maître d’hôtel lui a demandé : « Section fumeurs ou non fumeurs?» Elle a répondu « Non fumeurs s’il vous plaît ». Il a alors ajouté : « Et pour le chien? » Ce à quoi elle a répondu : « oh je suppose qu’il peut s’assoir dans la section fumeurs!».

 

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