CONSEIL CANADIEN DE DÉVELOPPEMENT SOCIAL
Sauter les liens de navigation
Logo du CCDS Photo de deux jeunes femmes Photo d'une famille Photo d'Anna et son amie Photo d'Emily Photo de Grand-père et Adam
Recherche :

Autres documents

PARTIE B

 

L'incapacité, le quotidien et le marché du travail

«Je me réveille chaque matin avec un carnet de billets. Ces billets représentent l'énergie que je peux dépenser pendant la journée. Une fois que tous les billets ont été utilisés, je n'ai plus d'énergie. Il faut plus de billets pour vivre avec une incapacité que pour vivre sans».

Non seulement cela coûte plus cher d'avoir une incapacité, mais cela demande également plus d'énergie. Cependant, les femmes et les hommes ont souvent des attitudes différentes à cet égard. De plus, des possibilités différentes sont offertes aux deux sexes.

Nature épuisante de l'incapacité

Dans tous nos groupes de discussion, les femmes et les hommes ont insisté sur la nature épuisante de nombreuses incapacités et sur les difficultés qu'ils devaient surmonter pour entreprendre leurs activités quotidiennes. Selon la nature de l'incapacité, ces tâches peuvent prendre énormément de temps ou être carrément impossibles.

Par exemple, dans le cas d'une étudiante de nos groupes de discussion, le seul fait d'entrer dans la bibliothèque « entièrement accessible » de l'université lui prenait beaucoup de temps et d'énergie. Elle devait d'abord trouver quelqu'un pour avertir un employé de sa présence. Il lui fallait ensuite appuyer sur une série de boutons pour ouvrir plusieurs portes, à partir de l'arrière de l'édifice, dans un couloir mal éclairé. Comme le personnel de la bibliothèque n'était pas disponible durant toutes les heures d'ouverture, elle avait moins de temps pour travailler à la bibliothèque et moins d'énergie pour travailler que les autres étudiants non handicapés.

De nombreux participants et participantes aux groupes de discussions ont également dit que le manque de toilettes accessibles posait un gros problème. Ils devaient souvent utiliser des toilettes dans un autre édifice ou descendre plusieurs étages en-dessous de leur poste de travail.

Le transport était un autre des problèmes importants mentionnés. Il faut s'y prendre au moins 24 heures d'avance pour établir son horaire et réserver le service de transport adapté. Cela n'offre pas la souplesse nécessaire à bien des personnes qui travaillent. Lorsque les réunions se prolongent ou qu’il faut travailler tard sans préavis à cause d'urgences imprévues, les personnes handicapées sont désavantagées.

Même lorsque l'horaire de travail d'une personne est prévu d'avance, celui des services de transport adaptés varie. Il faut souvent réserver beaucoup plus tôt que nécessaire parce que le service peut être très lent ou bien plus rapide que prévu. N'ayant aucun contrôle sur la rapidité du service ni aucun moyen de la prévoir exactement, beaucoup de personnes handicapées sont souvent obligées d'arriver à leur destination beaucoup plus tôt que nécessaire. Cela aussi leur prend plus de temps et d'énergie qu'aux personnes non handicapées.

Généralement, la demande de services de transport accessibles dépasse de beaucoup leur capacité. À Ottawa-Carleton, par exemple, Para Transpo n'a pas pu répondre à 40 000 demandes de transport pour un trajet-aller reçues en 199723.

Services de garde d'enfants

Les femmes handicapées qui ont des enfants voient une dimension supplémentaire s'ajouter à leur vie de travailleuses : amener leurs enfants à la garderie. Chez les femmes handicapées, le besoin de services de garde d'enfants abordables et commodes est aussi grand, sinon plus, que pour les femmes non handicapées. Dans nos groupes de discussion, les mères de jeunes enfants ont mentionné que le prix abordable et la facilité d'accès des services de garde amélioreraient leur employabilité.

«Ça aiderait beaucoup si l'employeur avait une garderie sur place».

À l'échelle de la province, les femmes ont parlé des problèmes de coordination du transport et des exigences des services de garde. Dans certaines régions, les mères devaient réserver deux autobus – un pour les amener à la garderie avec leurs enfants et l'autre pour les amener au travail – avec une période d'attente pouvant aller jusqu'à une heure entre les deux.

Autrefois dans certaines régions, les mères n'avaient droit qu'à un passager non handicapé; celles qui avaient deux enfants non handicapés ou plus se retrouvaient ainsi sans moyen de transport. De plus, le nombre de trajets autorisés durant une journée est souvent limité24. Un grand nombre de services de transport accessibles essaient maintenant d'utiliser un seul autobus pour servir les mères qui déposent leurs enfants à la garderie, si elle se trouve sur le trajet pour se rendre au travail. Cependant, certains problèmes persistent malgré ces améliorations.

«Je ne peux pas utiliser Wheel Trans pour amener mon fils à la garderie – dont l’horaire est si rigide qu'il ne pourrait s’adapter aux heures de service de Wheel Trans».

Les services de garde situés dans des endroits inaccessibles peuvent compliquer davantage cette situation, en particulier pour les parents seuls handicapés qui n'ont personne avec qui partager la tâche. De plus, un faible revenu réduit le choix des services de garde. Certaines femmes ont trouvé que les parents et les amis représentaient l'arrangement le moins épuisant et le plus abordable.

Beaucoup de participantes à nos groupes de discussion ont indiqué qu'il leur aurait été impossible d'avoir un emploi lorsque leurs enfants étaient très jeunes. Comme l'indique le tableau 11, les mères seules handicapées ayant des enfants de moins de six ans étaient les moins susceptibles d'avoir un emploi toute l'année. Un peu plus du quart d’entre elles avaient un emploi toute l'année25, par rapport au tiers des mères seules non handicapées dont l'enfant le plus jeune avait moins de six ans.

En général, les femmes sont plus susceptibles d'avoir un emploi stable à mesure que leurs enfants vieillissent, entrent à l'école et que les besoins de services de garde diminuent. Cette tendance est toutefois moins susceptible de s'appliquer aux femmes handicapées. Plus particulièrement, le taux d'emploi stable chez les mères seules n'augmente pas avant que leurs enfants aient 12 ans.

Tableau 11 Pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés avec un seul emploi toute l'année, à plein temps ou temps partiel, de 15 à 64 ans, selon certains types de ménages, Canada, 1996
    Enfants de moins de 6 ans Enfants de 6 à 11 ans Enfants de 12 ans et plus
Hommes avec conjointe
  Handicapés 58,2% 64,5% 50,0%
Non handicapés 81,0% 82,4% 84,4%
Femmes avec conjoint
  Handicapées 40,0% 56,3% 38,9%
Non handicapées 52,5% 64,6% 68,0%
Mères seules
  Handicapées 27,7% 28,3% 37,9%
Non handicapées 37,2% 59,0% 66,2%
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1996-1997.

Les responsabilités familiales sont une importante source de préoccupation

Alors que les chiffres semblent indiquer que le fait d'avoir de jeunes enfants influence autant les probabilités des femmes handicapées que des hommes handicapés de trouver un emploi stable, un examen plus attentif de certaines raisons que donnent les hommes et les femmes pour ne pas avoir d’emploi suggère que ce n'est pas vraiment le cas. Les hommes handicapés, quel que soit l'âge de leurs enfants, étaient très peu susceptibles d'invoquer leurs responsabilités familiales pour expliquer pourquoi ils n’étaient pas au travail26. Ils étaient plus susceptibles de citer l'incapacité elle-même, une retraite anticipée ou un conflit de travail.

Chez les femmes, il existe un lien plus direct entre leur participation à la main d’oeuvre et le fait d'avoir de jeunes enfants. La majorité des femmes, handicapées ou non, qui ont des enfants de moins de six ans et vivent avec un partenaire citent leurs responsabilités familiales pour expliquer pourquoi elles n’ont pas d’emploi. Les femmes handicapées qui ont des enfants de moins de six ans et vivent avec un partenaire donnent cette raison un peu plus de la moitié du temps. Les femmes non handicapées qui ont un partenaire et des enfants de moins de six ans, citent les responsabilités familiales 89% du temps.

Lorsque l'enfant le plus jeune a 12 ans ou plus, les responsabilités familiales figurent moins fréquemment parmi les raisons de ne pas avoir d’emploi. Chez les femmes non handicapées ayant un partenaire et dont l'enfant avait de 12 à 24 ans, 57% disaient ne pas avoir d’emploi à cause de leurs responsabilités familiales.

Parmi les femmes handicapées ayant un partenaire et dont l'enfant le plus jeune avait de 12 à 24 ans, 26% disaient ne pas avoir d’emploi pour des raisons familiales. L'incapacité et la maladie sont des facteurs plus importants qui maintiennent ce groupe hors de la main d’oeuvre rémunérée. De plus, les femmes handicapées doivent s’arranger avec les exigences des responsabilités familiales et des services de garde d'enfants en plus de leur incapacité. La nature souvent épuisante de l'incapacité, combinée aux problèmes de garde des enfants, peut rendre les femmes handicapées encore moins susceptibles que les femmes non handicapées d’avoir un emploi pendant que leurs enfants sont très jeunes.

Stress

Un autre indicateur de l'énergie supplémentaire dépensée par les femmes handicapées est le niveau de stress dans leur vie. Les mesures du stress chronique présentées au tableau 12 indiquent clairement que les mères handicapées monoparentales forment le groupe d'adultes dont le niveau de stress est le plus élevé27. Les mères seules handicapées se heurtent à des obstacles formidables dans tous les aspects de leur vie. De plus, les femmes handicapées en général ont des niveaux de stress global plus élevé que tout autre groupe, quelle que soit leur situation familiale.

Tableau 12 Indice moyen de stress chronique*, femmes et hommes handicapés et non handicapés, de 15 à 64 ans, selon certains types de ménages, Canada, 1994
  Femmes Hommes
Handicapées Non handicapées Handicapés Non handicapés
Vivant seul 4,68 3,18 4,36 3,37
Vivant avec un époux ou conjoint, sans enfant 3,52 2,6 3,27 2,5
Vivant avec un époux ou conjoint et enfants de moins de 25 ans 4,28 3,07 3,48 2,69
Parent seul avec enfants de moins de 25 ans 6,33 4,65 3,38 3,5
Vivant dans une famille, âgé de 15 à 24 ans 4,42 3,23 4,28 3,31
* Cet indice est une mesure rajustée du niveau de stress global vécu au quotidien.
Parmi les facteurs de stress figurent le surmenage, les difficultés financières, les problèmes de relation dans les rencontres quotidiennes, avec les enfants, le conjoint, etc. Cette mesure est rajustée comme si tous les éléments étaient pertinents pour toutes les personnes.
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1994-1995.

Les tâches ménagères selon les sexes

Les personnes handicapées doivent souvent dépenser plus de temps et d'énergie au foyer que les autres personnes simplement pour les activités nécessaires au quotidien. Par exemple, les hommes et les femmes handicapés disent consacrer plus de temps aux tâches ménagères de base que les personnes non handicapées. Comme le graphique 9 l'indique, 54% des femmes handicapées ont dit faire au moins 15 heures de travail ménager par semaine, par rapport à 48% des femmes non handicapées. Chez les hommes handicapés, 31% ont dit accomplir au moins 15 heures de travail ménager par semaine, par rapport à 22% des hommes non handicapés.

Graphique 9

Les parents élevant seuls des enfants de moins de 25 ans sont ceux qui passent le plus de temps à s'acquitter de tâches ménagères. Comme le montre le tableau 13, les hommes handicapés étaient plus susceptibles de consacrer 15 heures ou plus par semaine aux travaux ménagers que les hommes non handicapés dans chaque type de ménage, mais étaient moins susceptibles de le faire que les femmes non handicapées, et moins encore que les femmes handicapées.

Tableau 13 Pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés qui font au moins 15 heures de travaux ménagers par semaine, 15 à 64 ans, selon certains types de ménage, Canada, 1995
    Vivant seul Vivant avec conjoint seulement Vivant avec un conjoint et enfants de moins de 25 ans Parent seul d'enfants de moins de 25 ans
Femmes handicapées   31,0% 59,8% 69,8% 78,7%
Femmes non handicapées   23,3% 45,8% 67,0% 58,9%
Hommes handicapés   *** 30,9% 34,1% ***
Hommes non handicapés   18,4% 24,9% 27,5% 52,9%
*** Estimation instable en raison du petit échantillon.
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête sociale générale de Statistique Canada, Cycle 10, 1995.

Les femmes handicapées sont manifestement plus susceptibles que tout autre groupe de consacrer plus de temps aux tâches ménagères non rémunérées, quelles que soient leur type de ménage, ce qui leur laisse moins de temps et d'énergie pour avoir un emploi rémunéré. Celles qui essaient de concilier les deux augmentent le risque d'être malades, ce qui pourrait nécessiter des congés ou même leur faire perdre leur emploi. L'incidence de ce fardeau supplémentaire est ressortie de tous nos groupes de discussion.

«Je m'épuise à travailler et à m'occuper de la maison. Je risque alors de retomber vraiment malade».

«Je fais tout mon travail ménager, mais ça me prend dix fois plus de temps depuis que je suis en fauteuil roulant».

Si les femmes et les hommes handicapés qui ont participé à nos groupes de discussion ont tous reconnu l'effet des tâches ménagères sur leur temps et leur énergie, ils avaient différentes attitudes à ce sujet. En général, les hommes avaient une attitude très pratique.

«Les travaux ménagers ne constituent pas le meilleur emploi du temps pour une personne ayant une incapacité physique comme la mienne. Il est plus avantageux pour moi qu'une personne physiquement apte s’en occupe pendant que j'utilise mon cerveau – c'est là ma force».

«Même s'il est possible d'accomplir nous-mêmes les travaux ménagers, cela nous prend beaucoup plus de temps – une aide ménagère nous fait gagner du temps».

Par ailleurs, les femmes se sentaient souvent coupables de ne pouvoir accomplir les travaux ménagers. D'autres semblaient accepter la responsabilité des travaux ménagers, même si elles avaient un emploi.

«Certains jours, il m'est difficile de faire les tâches ménagères, mais je me force. Je suis trop orgueilleuse pour demander de l'aide et j'ai un peu honte d'admettre que j'ai besoin d'aide».

«J'avais l'habitude de me lever très tôt et de me coucher tard. Je m'occupais moi-même de tous les travaux ménagers, j'avais trois emplois à temps partiel et je faisais de la couture. Maintenant, comme mon mari est handicapé, j'ai besoin d'aide. Je ne pourrais pas travailler autrement».

Les participants à tous les groupes de discussion ont dit s'être vu refuser ou retirer des services de soins à domicile financés par les programmes provinciaux qui prévoient de l'aide pour certaines tâches ménagères. Lorsque cette situation se produit, les femmes ont peut-être moins tendance que les hommes à faire appel, car elles ont tendance à se sentir coupables de ne pas être capables de faire elles-mêmes le travail. Les réponses dans nos groupes de discussiosn donnent à penser que lorsque ces services sont réduits, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d'essayer d'assumer cette charge toutes seules.

Qui reçoit de l'aide pour les travaux ménagers?

En 1991, les femmes handicapées étaient moins susceptibles que les hommes handicapés d'avoir reçu de l'aide pour divers travaux ménagers28. Comme l'indique le graphique 10, les trois quarts des hommes handicapés recevaient de l'aide pour la préparation des repas, par rapport à moins de trois femmes handicapées sur dix.

Graphique 10

Plus de 70% des hommes handicapés reçoivent de l'aide pour la préparation des repas, quelle que soit la gravité de leur incapacité. En comparaison, seulement le quart des femmes ayant une incapacité légère reçoivent cette aide. Même chez les femmes ayant une incapacité grave, moins de 50% reçoivent de l'aide pour la préparation des repas.

Cela ne signifie pas pour autant que les femmes n'aient pas besoin d'aide. Les femmes handicapées étaient plus susceptibles que les hommes handicapés de déclarer qu'elles avaient besoin d'aide dans la préparation des repas à cause de leur incapacité. Toutefois, seulement la moitié environ de celles qui avaient besoin d’aide recevaient une aide suffisante, le quart ne recevaient qu'une portion de l'aide dont elles avaient besoin et le dernier quart ne recevaient aucune aide.

Graphique 11A

Parmi les hommes handicapés qui avaient besoin d'aide pour la préparation des repas, un peu plus de la moitié recevaient suffisamment d'aide, environ deux sur cinq ne recevaient qu'une portion de l'aide dont ils avaient besoin et moins d’un sur dix ne recevait aucune aide.

Graphique 11B

Répercussions du type de ménage sur les tâches ménagères

Le type de ménage est important pour déterminer si les femmes et les hommes handicapés auront de l'aide pour des tâches ménagères quotidiennes comme la préparation des repas. La majorité des femmes et des hommes handicapés qui vivent seuls préparent leurs repas sans aide. Cependant, la majorité est plus grande chez les femmes que chez les hommes. Chez les personnes handicapées qui vivent seules, les hommes recevaient plus souvent que les femmes une aide partielle pour la préparation des repas : 9% des hommes avaient une aide partielle, par rapport à 4% des femmes. De plus, 7% des hommes se faisaient préparer leurs repas, par rapport à 2% des femmes.

Graphique 12

Graphique 13A

Graphique 13B

Graphique 14a

Graphique 14B

Même si en vivant avec d'autres personnes les femmes handicapées avaient davantage de possibilités de partager la préparation des repas ou de les faire préparer complètement, plus des deux tiers d’entre elles préparaient leurs repas toutes seules. Par ailleurs, les hommes handicapés étaient beaucoup plus susceptibles de bénéficier de la cohabitation avec d'autres personnes. Alors que 84% des hommes vivant seuls préparaient eux-mêmes leurs repas, seulement 18% de ceux qui vivaient avec d'autres personnes le faisaient29.

Les femmes handicapées de diverses origines ethno-raciales avaient un point de vue parfois différent sur cette question. Certaines estimaient que leurs traditions culturelles alourdissaient leur charge de travail, car elles devaient souvent à accomplir les tâches ménagères pour les autres membres de la famille.

«Je dois faire toutes les tâches ménagères, même choisir les vêtements que porte mon mari. C’est comme ça que sa mère l’a élevé».

Dans d'autres cas, les membres de la famille vivant ensemble pouvaient mettre en commun leurs capacités pour faire les tâches30.

«Quand j’habitais avec ma soeur, ma nièce et ma fille, elles avaient l’habitude de m’aider aux soins de toilette ou quoi que ce soit dont j’avais besoin. Je ne lavais jamais la vaisselle parce que je ne pouvais pas atteindre le comptoir, mais je préparais la salade et j’épluchais les légumes. On s’entraidait».

Outre la possibilité de recevoir de l'aide pour les tâches ménagères, les participantes ont mentionné, dans la plupart de nos groupes de discussion, que la valeur réelle de la cohabitation avec d'autres adultes allait bien au-delà. Dans certains cas, les membres de la famille assuraient le transport essentiel pour permettre aux personnes handicapées de travailler ou de chercher du travail.

«Si mon père ne nous conduisait pas au travail, ni mon mari ni moi ne pourrions travailler».

 

 

Les participantes à tous les groupes ont parlé de l'importance de l'estime de soi. Celles qui avaient le soutien d'un conjoint, d'un membre de la famille, d'un frère ou d'une sœur ou d'un groupe de soutien ont souligné que cela augmentait leur confiance en soi et améliorait leur capacité d'obtenir et de conserver un emploi.

«On se sent plus confiant lorsqu'on vit avec d'autres personnes parce qu'on a quelqu'un sur qui compter».

«Les femmes handicapées ont beaucoup de problèmes d'estime de soi. Il leur est donc difficile de trouver un emploi et d’avoir de l’assurance lors d’une entrevue. Lorsqu'on vit avec quelqu’un qui nous encourage, on a beaucoup plus confiance en soi».

Certaines femmes ont souligné que même le groupe de discussion les avait aidées à avoir une meilleure estime d'elles-mêmes et avait fait ressortir le besoin des femmes d’avoir accès à des groupes de discussion et de soutien où elles pourraient avoir l'occasion de rencontrer d'autres personnes, d'échanger sur leurs expériences et de stimuler leur confiance en elles. Ces groupes sont également importants pour l'échange d'information sur les programmes et les soutiens offerts. Beaucoup de nos participantes ont remarqué qu'elles apprennent souvent par hasard l'existence de programmes et de soutiens.

«Il faut déménager là où il y a des services et découvrir ceux qui sont offerts. Il faut échanger des informations sur les ressources, même dans des groupes comme celui-ci. Le réseautage aide vraiment. Il faut passer le mot».

L'échange de renseignements utiles peut souvent être plus problématique pour les femmes handicapées appartenant à une minorité visible et pour celles dont la langue maternelle n'est pas l'anglais. Selon le groupe de discussion que nous avons tenu avec des Franco-Ontariennes, la langue ne leur posait pas autant de problèmes qu’aux femmes handicapées francophones vivant dans d'autres régions. Ce phénomène s'explique probablement par le fait qu'elles vivaient dans un milieu surtout francophone et non urbain. Il existait peu de soutiens et de services pour ces femmes dans une langue ou une autre. La plupart des soutiens et services qu’elles recevaient étaient informels. Elles comptaient sur des membres de leur famille, des amis et des voisins serviables.

«Très souvent, les francophones qui deviennent handicapées doivent apprendre à s’habituer à leur incapacité et en même temps apprendre une nouvelle langue. Elles constatent souvent qu'il leur est plus facile de savoir quels soutiens et services sont offerts et d'y avoir accès si elles parlent anglais31».

Pour certaines femmes handicapées faisant partie de minorités visibles, les différences linguistiques et culturelles peuvent entraver l'accès à l'information sur les services qui pourraient leur être offerts32.

L'aide pour les travaux ménagers aide-t-elle les femmes à trouver un emploi?

Comme le montrent les statistiques, l'aide pour les travaux ménagers augmente les chances de trouver un emploi pour les femmes et les hommes ayant une incapacité allant de légère à modérée33.

«J’ai travaillé à temps plein au cours des 20 dernières années. Mon invalidité m'a rendue admissible à une aide pour les travaux ménagers. En plus de mon mari qui en fait beaucoup, j'ai une aide qui vient à domicile. Si je suis capable de travailler, c'est parce que j'ai du temps et de l'énergie. Les personnes handicapées sont souvent épuisées. Elles n'ont souvent pas le temps de travailler si elles doivent également s'occuper de toutes les tâches ménagères».

«Lorsque j'ai décidé de retourner aux études, on m'a dit que si je pouvais faire ça, je pouvais aussi m'occuper des tâches ménagères. J'ai alors perdu mon service d’aide à domicile».

Les femmes et les hommes qui ont participé à nos groupes de discussion ont dit avoir eu de la difficulté à obtenir de l'aide pour les travaux ménagers. Les hommes semblaient toutefois disposer de plus de recours pour les aider à faire face à ces problèmes.

«Si on en a les moyens, il est préférable d'embaucher soi-même une aide. Je ne veux pas des tracasseries administratives ni des règles dont est assortie l'aide à domicile subventionnée».

Certains participants ont indiqué que la modification de leur espace d’habitation était le moyen le plus efficace de s’ajuster à leur incapacité.

«J'ai de l'aide pour les travaux ménagers, mais si mon logement était modifié, cela réduirait les services dont j'ai besoin – je pourrais accomplir moi-même davantage de tâches. J'ai besoin d'un logement mieux adapté».

Autres documents


Le Conseil canadien de développement social
190, rue O'Connor, Suite 100 Ottawa, Ontario, Canada K2P 2R3
Tél : 613-236-8977; Fax : 613-236-2750; Courriel : conseil@ccsd.ca