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SECTION 2

 

Obstacles propres aux femmes handicapées sur le marché du travail

Le quotidien et l'expérience des femmes handicapées sur le marché du travail sont très différents de ceux des femmes non handicapées et des hommes handicapés. Cependant, même chez les femmes handicapées, les circonstances varient. Dans cette section, nous examinerons la situation familiale, le manque de nourriture, la stabilité sur le marché du travail, la capacité de gagner sa vie, les tâches ménagères et la nature de l'incapacité des femmes en rapport avec leur participation au marché du travail.

Partie A : Expériences dans la main d’oeuvre et pauvreté

Les femmes handicapées qui vivent seules

Les femmes handicapées qui sont le seul soutien économique du ménage (soit quand elles vivent seules ou sont monoparentales) subissent des pressions et des facteurs de complication différents que celles qui vivent avec d'autres adultes.

Les femmes et les hommes handicapés sont plus susceptibles de vivre seuls que les femmes ou les hommes non handicapés. En 1996 au Canada, 13% des femmes handicapées et 16% des hommes handicapés vivaient seuls8.

Tableau 2 Types de ménage des femmes et des hommes handicapés et non handicapés, de 15 à 64 ans, Canada, 1996
  Handicapés Non handicapés
Femmes Hommes Femmes Hommes
Vivant seul 13,4% 15,9% 8,5% 10,9%
Vivant avec d'autres adultes, sans enfant de moins de 25 ans 26,9% 26,1% 21,6% 20,5%
Vivant avec un conjoint et enfants de moins de 25 ans 28,6% 33,7% 38,1% 38,0%
Vivant comme parent seul avec enfants de moins de 25 ans 9,7% 2,8% 7,6% 1,1%
Vivant comme enfant dans une famille 11,1% 11,7% 14,4% 19,7%
Autre 10,4% 9,9% 9,8% 9,7%
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1996-1997.

 

«J'aimerais pouvoir travailler . . . Mais le docteur me dit de ne pas penser à travailler plus qu'à temps partiel. Mais je vis seule et j'ai besoin d'un revenu complet. Quand on vit seule, c'est le seul revenu qu'on a. Ça fait peur».

Les femmes handicapées et la monoparentalité

Les femmes handicapées sont légèrement plus susceptibles que les femmes non handicapées d'élever seules des enfants de moins de 25 ans. Près de 10% des femmes handicapées étaient monoparentales, par rapport à 8% des femmes non handicapées.

Par rapport aux femmes non handicapées, les femmes handicapées sont presque deux fois plus susceptibles d'être divorcées, séparées ou veuves : on a trouvé que 19% des femmes handicapées sont divorcées, séparées ou veuves, par rapport à 10% chez les femmes non handicapées. Chez les mères seules handicapées, les proportions sont plus élevées encore : 76% sont divorcées, séparées ou veuves, par rapport à 64% dans cette situation chez les mères seules non handicapées9.

Graphique 6

 

«Lorsqu'un homme devient handicapé, sa femme est plus susceptible de rester avec lui. Dans le cas d'une femme handicapée, son conjoint a tendance à la quitter. Elle reste au foyer et doit faire vivre ses enfants. Ou bien ses enfants vont vivre avec leur père, ce qui détruit son estime de soi».

La grande majorité des mères monoparentales, qu’elles soient handicapées ou non, assument le plus gros de la charge financière liée à leurs enfants. Environ les deux tiers des mères seules de plus de 25 ans qui sont handicapées sont responsables de la totalité du revenu familial10. Chez les mères seules non handicapées, la proportion est semblable, soit 65%. Près de neuf mères seules sur dix, handicapées ou non et ayant plus de 25 ans, sont responsables des trois quarts ou plus du revenu familial.

Graphique 7

«Lorsque je travaillais presque à plein temps, on m'a coupé toute aide sociale et j'ai perdu ma carte d'assurance-médicaments. Puis je suis tombée malade, et mes heures de travail ont été réduites. Mon fils est revenu vivre avec moi et j'ai dû être reprise en charge par le système. C'était déjà assez difficile lorsque je vivais seule, mais je dois maintenant faire vivre un enfant, et je n'ai droit qu'à tant de supplément pour éviter de voir mon chèque réduit. Ça fait peur quand on a une autre personne à faire vivre».

Même lorsque les femmes partagent avec un conjoint la responsabilité de subvenir aux besoins de leur famille, les femmes handicapées tiennent quand même compte des répercussions que leur participation au marché du travail pourrait avoir sur leurs enfants11.

«Je travaille de nouveau! Mon salaire est plus élevé que ce que me donnerait ma pension. Mais, parce que mes enfants ont 18 et 21 ans, ils touchent une portion de ma pension et y perdent si je ne reçois plus de pension. Cet argent aide à payer leurs études. Mon mari travaille, mais nous avons besoin de nos deux revenus pour payer une partie de l'équipement dont j'ai besoin. Mon nouvel employeur m'a offert un contrat de cinq mois avec une forte possibilité de prolongation. C'est comme à la loto, mais je veux tellement travailler que je crois que ça vaut la peine d'essayer».

Les femmes handicapées et la faim

Lorsque les femmes handicapées qui ont participé à nos groupes de discussion ont tenté de décrire comment l'instabilité économique touche leur vie, elles ont souvent parlé de la peur de la faim et d'être sans abri12.

«Si on trouve un emploi, on est radié de l'aide sociale. Si on perd son emploi, cela peut prendre six mois avant d'être de nouveau admissible aux prestations complètes. Je suis une mère seule et ça m'inquiète. Je ne veux pas que mes enfants aient faim, ni qu’ils vivent dans une boîte de carton».

Les femmes handicapées sont aussi beaucoup plus susceptibles que les autres groupes de manquer d'argent pour acheter de la nourriture. Comme le montre le tableau 3, les mères seules handicapées formaient le groupe le plus vulnérable de tous : plus du tiers des femmes dans cette situation ont dit avoir manqué d'argent pour se nourrir l'année précédente. Trois sur dix ont dit que cela se produisait «parfois» ou «souvent».

Tableau 3 Pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés qui ont manqué de nourriture, de 15 à 64 ans, selon le type de ménage, Canada, 1996
    ont manqué d'argent pour la nourriture au moins une fois l'année précédente manquent d'argent pour la nourriture parfois à souvent
Vivant seul
  Femmes handicapées 28,7% 21,6%
Femmes non handicapées 6,6% 4,4%
Hommes handicapés 23,0% 13,9%
Hommes non handicapés 7,2% 4,2%
 
Vivant avec d'autres adultes et sans enfant de moins de 25 ans
  Femmes handicapées 7,8% 6,2%
Femmes non handicapées 3,1% 1,7%
Hommes handicapés 7,3% 4,6%
Hommes non handicapés 4,4% 2,6%
 
Vivant avec un conjoint et enfants de moins de 25 ans
  Femmes handicapées 12,5% 8,9%
Femmes non handicapées 4,8% 2,2%
Hommes handicapés 13,5% 7,7%
Hommes non handicapés 3,7% 2,3%
 
Parent seul avec enfants de moins de 25 ans
  Femmes handicapées 35,6% 30,2%
Femmes non handicapées 21,1% 15,9%
Hommes handicapés *** ***
Hommes non handicapés *** ***
 
Enfant de 15 à 24 ans au sein d'une famille
  Femmes handicapées *** ***
Femmes non handicapées 5,0% 3,0%
Hommes handicapés 7,7% ***
Hommes non handicapés 4,7% 3,1%
 
Total*
  Femmes handicapées 15,2% 11,5%
Femmes non handicapées 6,0% 3,7%
Hommes handicapés 12,8% 7,8%
Hommes non handicapés 4,5% 2,7%
 
* les personnes dans d'autres catégories de ménage ne sont pas indiquées ici.
*** Estimation instable en raison de la petite taille de l'échantillon.
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1996-1997.

Les mères seules non handicapées connaissaient également des manques de nourriture, mais pas dans la même mesure que les mères seules handicapées. Dans l'ensemble, trois mères seules handicapées sur dix vivaient cette épreuve parfois ou souvent, par rapport à trois mères seules non handicapées sur 20.

Les femmes handicapées qui vivent seules sont également beaucoup plus susceptibles de manquer de nourriture que les femmes seules non handicapées. Par exemple, près de 7% des femmes seules non handicapées ont dit manquer d'argent pour se nourrir, alors que près de 29% des femmes seules handicapées faisaient face à cette situation.

L'incapacité et la faim : lien avec les caractéristiques de l'emploi

Chez tous les adultes en âge de travailler, la faim est beaucoup plus susceptible de toucher ceux qui n'ont pas d'emploi rémunéré que ceux qui ont un emploi, et cela est encore plus prononcé chez les femmes et les hommes handicapés. Le tableau 4 montre que la stabilité d’emploi réduit l'incidence de manquer d'argent pour se nourrir – sans pour autant l'éliminer.

Tableau 4 Pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés qui ont manqué de nourriture, de 15 à 64 ans, selon les caractéristiques d'emploi, Canada, 1996
  avec un emploi toute l'année avec deux emplois ou plus, sans interruption a travaillé avec interruptions pas d'emploi toute l'année
Femmes handicapées 9,9% 16,8% 14,9% 18,9%
Femmes non handicapées 3,6% 5,8% 7,9% 10,5%
Hommes handicapés 8,0% 7,9% 13,6% 18,7%
Hommes non handicapés 3,2% 7,5% 6,0% 8,3%
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1996-1997.

Les femmes handicapées qui ont occupé un seul emploi toute l'année étaient moins susceptibles de manquer d'argent pour se nourrir que celles qui avaient une moins grande stabilité d’emploi ou étaient sans emploi. Cependant, elles étaient quand même plus susceptibles de manquer d'argent pour se nourrir que les femmes non handicapées qui avaient également occupé un seul emploi toute l'année.

Les résultats étaient beaucoup moins favorables pour les femmes handicapées qui avaient un emploi moins stable. Près de 15% de celles qui ont vécu des périodes sans emploi ont manqué d'argent pour se nourrir. Cependant, même chez celles qui ont travaillé toute l'année, dans deux emplois ou plus sans période d’arrêt, près de 17% ont dit avoir manqué d’argent pour se nourrir, seulement marginalement moins nombreuses que celles qui n'ont pas travaillé du tout.

On pourrait croire que travailler toute l'année sans interruption devrait mettre à l’abri du manque d'argent pour se nourrir, même s'il faut pour cela occuper deux emplois ou plus. C'est le cas de tous les groupes, à l'exception des femmes handicapées. Cela pourrait s'expliquer si, lorsque les femmes handicapées changent d'emploi, même s'il ne s'écoule aucun laps de temps entre les deux emplois, elles sont plus susceptibles de connaître une interruption dans leur rémunération, ce qui les rend plus vulnérables à manquer d’argent liquide13.

Le type d'emploi occupé peut être un facteur important. Les personnes qui occupent un emploi peu spécialisé ou assorti de moins de responsabilités sont plus susceptibles d'avoir des caractéristiques de travail moins stables et de manquer de nourriture. Le tableau 5 montre le pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés qui ont occupé un emploi toute l'année, par niveau de spécialisation. De toute évidence, les personnes qui avaient des emplois professionnels ou des postes de cadres supérieurs étaient plus susceptibles que les travailleurs semi-spécialisés et non spécialisés d'avoir un emploi stable toute l'année.

Tableau 5 Pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés avec un emploi toute l'année, de 15 à 64 ans, selon la catégorie d'emploi, Canada, 1996
  Professionnels cadres supérieurs Semi-professionnels gestionnaires intermédiaires Travailleurs spécialisés Travailleurs semi-spécialisés Travailleurs non spécialisés
           
Femmes handicapées 83,2% 65,8% 70,7% 59,9% 66,2%
Femmes non handicapées 80,8% 79,1% 79,9% 70,4% 70,3%
Hommes handicapés 74,6% 75,0% 69,4% 64,9% 62,4%
Hommes non handicapés 84,5% 83,1% 83,7% 73,8% 72,7%
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1996-1997.

Il existe également un lien entre le type d'emploi et le manque de nourriture. Comme l'indique le tableau 6, les femmes handicapées qui ont travaillé comme travailleuses semi-spécialisées et non spécialisées étaient notablement plus susceptibles d'avoir manqué de nourriture que les femmes handicapées ayant un emploi nécessitant plus de compétences et assorti de plus grandes responsabilités. Par exemple, environ 5% des femmes handicapées avec un emploi de travailleuse spécialisée avaient manqué de nourriture, par rapport à environ 13% de celles qui avaient un emploi non spécialisé.

Tableau 6 Pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés avec un emploi, qui ont manqué de nourriture, de 15 à 64 ans, selon la catégorie d'emploi, Canada, 1996
  Professionnels cadres supérieurs Semi-professionnels gestionnaires intermédiaires Travailleurs spécialisés Travailleurs semi-spécialisés Travailleurs non spécialisés
Femmes handicapées *** *** 5,4% 18,5% 13,2%
Femmes non handicapées 2,6% 3,2% 3,9% 5,3% 6,0%
Hommes handicapés *** 4,7% 11,4% 10,2% 11,1%
Hommes non handicapés 1,0% 2,2% 4,3% 5,9% 5,4%
***Estimation instable en raison du petit échantillon.
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1996-1997.

Tableau 7 Répartition par grande catégorie professionnelle des femmes et des hommes handicapés et non handicapés avec un emploi, de 15 à 64 ans, Canada, 1996
  Professionnels cadres supérieurs Semi-professionnels gestionnaires intermédiaires Travailleurs spécialisés Travailleurs semi-spécialisés Travailleurs non spécialisés
Femmes handicapées 10,2% 25,6% 13,9% 24,1% 26,1%
Femmes non handicapées 11,9% 24,5% 13,6% 29,3% 20,8%
Hommes handicapés 11,8% 19,9% 20,4% 23,6% 24,4%
Hommes non handicapés 13,0% 24,6% 20,2% 20,6% 21,6%
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1996-1997.

Bien qu'il existe une tendance semblable pour les femmes non handicapées et les hommes, handicapés ou non, elle est plus prononcée chez les femmes handicapées.

Les femmes handicapées sont également fortement concentrées dans les emplois semi-spécialisés et non spécialisés, ce qui augmente le risque de gagner de faibles revenus et de manquer d'argent pour acheter de la nourriture. La moitié des femmes handicapées sur le marché du travail occupaient un emploi de ce genre, également associé à des régimes d'emploi moins stables et à une plus grande probabilité de manquer d'argent pour acheter de la nourriture.

La répartition par niveau de spécialisation des femmes et des hommes handicapés et non handicapés est en réalité très semblable selon cette grande classification. Cependant, si l'on examine la classification plus détaillée présentée au tableau 8, les différences entre les sexes sont plus clairement visibles. Les femmes sont plus fortement concentrées dans les postes de soutien et les emplois dans le secteur de la vente et des services, tandis que les hommes sont plus fortement concentrés dans les emplois d'artisan, les métiers et les professions manuelles.

Tableau 8 Répartition par type d'emploi des femmes et des hommes handicapés et non handicapés avec un emploi, de 15 à 64 ans, Canada, 1996
  Handicapés Non handicapés
  Femmes Hommes Femmes Hommes
professionnels / cadres supérieurs 10,3% 11,8% 11,9% 13,0%
semi-professionnels / techniciens 14,4% 7,7% 13,1% 8,7%
gestion intermédiaire 8,6% 6,6% 8,6% 9,9%
supervision / contremaîtres 2,6% 5,6% 2,8% 6,0%
spécialisés / empl. bureau / ventes / services 11,8% 3,8% 12,2% 4,2%
spécialisés / artisans / métiers *** 15,4% *** 14,6%
emplois agricoles *** 3,6% *** 3,7%
semi-spécialisés / empl. bureau / ventes 17,7% 7,3% 24,0% 8,7%
semi-spécialisés / ouvriers 6,4% 16,3% 5,3% 11,9%
non spécialisés / empl. bureau / ventes 18,2% 4,1% 13,1% 3,3%
non spécialisés / ouvriers 7,2% 17,9% 6,9% 16,1%
***Estimation instable en raison du petit échantillon.
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête nationale sur la santé de la population de Statistique Canada, 1996-1997.

On a cependant noté de légères différences selon l'état de personne handicapée. Par exemple, les femmes handicapées sont légèrement moins susceptibles que les femmes non handicapées d'être des professionnelles ou des cadres supérieures, d'occuper des postes semi-spécialisés dans les secteurs du soutien, de la vente et des services, et sont légèrement plus susceptibles d'occuper des postes non spécialisés dans les secteurs du soutien, de la vente et des services.

L’incapacité, les perspectives d'emploi et la stabilité sur le marché du travail

Outre l'instabilité que peuvent connaître les femmes handicapées qui occupent un emploi, elles se heurtent à bien des difficultés simplement pour obtenir un emploi. Certaines participantes aux groupes de discussion ont souligné qu'elles avaient quitté le marché du travail parce qu'elles étaient découragées de leur échec.

«J'ai connu le chômage. J'ai mendié un emploi. J'ai déjà écrit sur une demande d'emploi : « Je veux un emploi, s.v.p. Je suis prête à faire n'importe quoi. » Je n'ai pas reçu un seul appel pour cette demande».

Pour bien des femmes handicapées (et des hommes), la nature de leur incapacité rétrécit davantage le choix de débouchés, à cause de leurs limites physiques ou mentales. Les licenciements touchent souvent les personnes handicapées plus que les autres parce qu'il peut être très difficile de leur trouver un autre emploi compatible avec leur incapacité.

«J'avais un emploi qui convenait à mon handicap, mais je l'ai perdu à cause de réductions budgétaires. J'ai ensuite travaillé comme caissière. J'y ai presque laissé ma peau et j'ai dû quitter mon emploi. Il y a près d'un an que je n'ai pas travaillé. Il y a environ six semaines, j'ai finalement renoncé à chercher un emploi qui conviendrait à mon handicap».

Malgré le découragement causé par leur échec sur le marché du travail rémunéré, beaucoup de participantes à nos groupes de discussion ont fait preuve d'un courage et d'une détermination incroyables.

«Je me suis inscrite à un « club de recherche d'emploi ». J'étais la seule personne handicapée et j'ai été la seule qui n'a pas été convoquée à une entrevue. Je consulte les offres d'emploi publiées dans les journaux. J'apporte mon CV dans des organismes où je crois qu’il y a des emplois qui pourraient me convenir. J'envoie par fax des demandes d'emploi et des CV, puis je fais un suivi par téléphone. Je sais que la plupart du temps, mon CV ne sera même pas lu, mais je sais aussi qu'un jour, si je persiste, je finirai par trouver quelque chose».

Bien que ces femmes cherchent activement un emploi, elles doivent compter sur des programmes de soutien du revenu, comme l'assistance sociale ou le Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées. Elles se trouvent ainsi devant un dilemme. Comme l'a indiqué une femme :

«Pour obtenir un emploi, il faut prouver à l'employeur qu'on peut travailler. Mais pour survivre lorsqu'on n'a pas d'emploi, il faut convaincre le gouvernement qu'on ne peut pas travailler».

La nature cyclique de quelques handicaps peut compliquer davantage la vie des personnes handicapées et en forcer certaines à avoir des régimes de travail instables14.

«C'est un cercle vicieux. Si on obtient un emploi et si on tombe malade, on se demande :  Vais-je ravoir ma pension d'invalidité? Quand je suis malade, je ne peux rien faire, mais entre deux épisodes, je suis bien. Ils présument qu'on est toujours dans le même état».

 

 

La plupart des programmes de soutien du revenu présument que les invalidités sont permanentes et stables, même si certaines sont de nature cyclique. Cela crée des obstacles supplémentaires à l'emploi des personnes handicapées15. Craignant de ne plus être admissibles aux prestations, bien des femmes choisissent la sécurité et n'entrent pas sur le marché du travail.

Par rapport aux femmes non handicapées qui ont été sur le marché du travail à un moment donné de 1993 à 1994, les femmes handicapées étaient plus susceptibles d'avoir connu l'instabilité sous forme de chômage, de périodes d'absence du marché du travail ou une combinaison des deux. La stabilité n'est nullement garantie aux personnes qui trouvent du travail. Plus de la moitié (56,8%) des femmes handicapées en 1993 et en 1994 sont demeurées officiellement « hors de la main d’oeuvre rémunérée » tout au long de ces deux années. Chez les femmes non handicapées, moins d'une sur cinq (15,3%) avait été officiellement hors de la main d’oeuvre rémunérée pendant la même période16.

Graphique 8A

Graphique 8B

Près de sept femmes handicapées sur dix qui ont officiellement participé au marché du travail à un moment donné en 1993 ou en 1994 ont connu un certain type d'instabilité. Chez les femmes non handicapées, environ deux sur cinq ont vécu des interruptions de ce genre dans leur travail; chez les hommes handicapés, trois sur cinq avaient connu des interruptions de ce genre.

Tableau 9 Répartition par quintile de revenus gagnés, des femmes et des hommes handicapés et non handicapés employés à plein temps ou temps partiel toute l'année 1994, de 15 à 64 ans, Canada, 1994
  Femmes handicapées Femmes non handicapées Hommes handicapés Hommes non handicapés Tous
Quintile de revenu          
Moins de 15 640 $ 37,6% 29,4% 15,3% 10,8% 20,0%
15 640 $ à 25 031 $ 27,8% 25,5% 15,6% 13,3% 19,3%
25 032 $ à 34 475 $ 16,4% 21,6% 19,7% 20,2% 20,7%
34 476 $ à 45 892 $ 13,1% 13,9% 21,7% 26,0% 20,1%
45 893 $ et plus 5,1% 9,6% 27,7% 29,8% 19,9%
Nota : On a créé les quintiles en divisant toutes les personnes gagnant un revenu en cinq catégories égales.
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu de Statistique Canada, 1993-1994.

Les femmes handicapées sont plus susceptibles d'être faiblement rémunérées

Même lorsque les femmes handicapées occupent un emploi toute l'année, elles gagnent habituellement moins que les femmes non handicapées ou les hommes handicapés17. Comme le tableau 10 l’indique, 38% des femmes handicapées en âge de travailler qui ont travaillé tout au long de 1994 ont gagné moins de 15 640 $, ce qui les place dans le quintile de revenu le plus bas parmi tous les salariés. Par comparaison, 29% des femmes non handicapées ayant également travaillé toute l’année, 15% des hommes handicapés ayant travaillé toute l’année et 11% des hommes non handicapés ayant travaillé toute l’année ont gagné un revenu de cet ordre18. Bien plus du tiers des femmes handicapées ayant travaillé toute l’année ont gagné une rémunération dans les 20% du bas de l’échelle des personnes rémunérées. En comparaison, seulement un homme non handicapé sur dix touchait une rémunération assez faible pour le placer dans cette catégorie.

En raison de leur instabilité sur le marché du travail et de leurs faibles niveaux de revenu, les femmes handicapées peuvent être plus vulnérables aux problèmes d’argent liquide, ce qui peut contribuer à de plus fortes probabilités de manquer de nourriture. Elles sont également plus susceptibles que les hommes d'assumer des coûts non remboursables reliés à leur invalidité. En 1991, 38% des femmes handicapées ont dit avoir des dépenses non remboursées reliées à leur incapacité, par rapport à 32% des hommes handicapés19.

Les femmes et les hommes handicapés savent que pour être vraiment indépendants, ils doivent gagner davantage que les autres afin de subvenir à leurs dépenses supplémentaires, comme les médicaments, l’équipement, les appareils spécialisés, etc. Plusieurs de ces dépenses sont au moins partiellement couvertes par les programmes d'assistance sociale et d'autres programmes d'aide aux personnes handicapées, comme le Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées, ou les prestations d’invalidité du Régime de pensions du Canada.

Si les hommes handicapés ont également de la difficulté à trouver un emploi qui leur rapportera suffisamment pour couvrir ces coûts supplémentaires et gagner leur vie, la rémunération beaucoup plus faible des femmes les place dans une situation financière plus précaire.

«Ils ne comprennent pas pourquoi on n'accepte pas le salaire minimum. Lorsqu'on obtient un emploi, on perd le plus gros ou la totalité des prestations. On n'a plus droit à la carte d'assurance-médicaments. On peut devoir dépenser une portion importante de son salaire en médicaments pour pouvoir tenir le coup».

«J'ai dû faire des heures supplémentaires uniquement pour couvrir les coûts supplémentaires des médicaments et du transport à cause de mon incapacité. On peut finir par se trouver dans une situation pire que si on ne travaillait pas du tout».

Quitter le marché du travail est souvent le choix le plus rationnel

Un grand nombre de participantes à nos groupes de discussion ont dit craindre d'entrer sur le marché du travail rémunéré parce qu'elles croyaient qu'elles se trouveraient dans une situation bien pire qu'avant si elles ne pouvaient garder leur emploi. Elles jugeaient que le coût d'un échec serait trop élevé pour elles-mêmes et leur famille. Habituellement, ces femmes pondéraient leur désir de travailler et le risque d'un échec par rapport à leurs chances d'obtenir un emploi stable qui leur rapporterait un revenu suffisant. Pour nombre d'entre elles, ce revenu devait aussi couvrir des dépenses supplémentaires, comme les frais de médicaments, les appareils auxiliaires et les réparations à y apporter. Plusieurs participantes ont fait savoir qu'elles jugeaient «plus sûr» de conserver une certaine forme de soutien du revenu qui leur assurerait un revenu modeste mais stable, que de risquer d'accepter un emploi qu'elles pourraient perdre.

«Je fais du bénévolat plusieurs jours par semaine. J'aimerais toucher un salaire, mais comme je vis du RPC, je ne peux gagner qu'une certaine somme, sinon mes prestations seront coupées. Je suis une mère seule de trois enfants. Pour moi, je pourrais risquer de perdre mon revenu, mais il n’y a pas que moi en jeu. Je ne peux pas exposer mes enfants à un risque comme celui-là. Je suis prise au piège».

Selon les participantes à nos groupes de discussion, leurs expériences passées et celles de leurs amies handicapées les ont amenées à douter de la probabilité de leur succès à long terme sur le marché du travail et à s'inquiéter des dangers d'un échec. Pour bien des femmes handicapées, le fait de continuer à dépendre des programmes de soutien ou de remplacement du revenu est une réponse rationnelle à la réalité de leur situation.

«Une de mes amies a obtenu un contrat du gouvernement provincial. Lorsqu'il a pris fin, elle n'a pas pu trouver d'autre travail. Elle a passé deux ans à se battre pour recevoir de nouveau des prestations intégrales».

Les participantes à nos groupes de discussions se sont montrées particulièrement craintives d'exposer leurs enfants à un risque en acceptant un emploi. En 1994, plus des trois quarts (77%) des mères seules handicapées de plus de 25 ans20 ont dit que les transferts des gouvernements étaient leur principale source de revenu familial. Par comparaison, moins du tiers (29%) des mères seules non handicapées de plus de 25 ans ont dit se trouver dans cette situation21.

L'incapacité et la pauvreté

Les hommes handicapés se heurtent à beaucoup d'obstacles semblables à ceux des femmes; cependant, dans le cas des femmes, ces obstacles sont plus prononcés et les résultats négatifs sont plus graves. Par exemple, même si la même proportion de femmes et d'hommes handicapés qui avaient un emploi tout au long de 1993 et de 199422 (81%) se situaient au-dessus du seuil de pauvreté, ce pourcentage diminuait radicalement pour ceux qui n'étaient pas sur le marché du travail pendant ces deux années – 53% des hommes handicapés étaient au-dessus du seuil de pauvreté, par rapport à 46% des femmes handicapées.

Les gains potentiels sont faibles pour ceux qui s'aventurent sur le marché du travail et y connaissent ensuite une certaine instabilité. Chez les femmes handicapées qui s'étaient trouvées hors du marché du travail à un moment donné au cours de deux ans, un peu plus de la moitié (55%) réussissaient à demeurer au-dessus du seuil de pauvreté, par rapport à trois hommes handicapés sur cinq dans cette situation (63%).

Tableau 10 Pourcentage de femmes et d'hommes handicapés et non handicapés qui sont restés au-dessus du seuil de pauvreté pendant deux ans, de 15 à 64 ans, selon la situation d'emploi, Canada, 1993 et 1994
  Incapacité durant les deux années Pas d'incapacité l'une ou l'autre année
Femmes Hommes Femmes Hommes
Avec emploi durant les deux années 81,3% 80,9% 92,9% 91,0%
Pas dans la main d'oeuvre les deux années 46,2% 53,4% 69,8% 64,2%
Employés ou en chômage les deux années *** 73,4% 78,3% 78,2%
Périodes dans/hors de la main d'oeuvre 54,7% 62,6% 69,8% 74,5%
***Estimation instable en raison du petit échantillon.
Source : Préparé par le Conseil canadien de développement social, à l'aide des données de l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu, 1993-1994.

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