LE CONSEIL CANADIEN DE DÉVELOPPEMENT SOCIAL
Sauter les liens de navigation
Logo du CCDS Photo de deux jeunes femmes Photo d'une famille Photo d'Anna et son amie Photo d'Emily Photo de Grand-père et Adam
Recherche :

Énoncés de politiques

Éditorial

novembre 2002

LA PAUVRETÉ CHEZ LES ENFANTS :
C’EST PLUS QU’UNE AFFAIRE DE CHIFFRES

Les gens ayant des opinions contraires sur la question de la pauvreté des enfants au Canada s’intéressent aux chiffres. Ainsi, lorsqu’au Conseil canadien de développement social (CCDS) nous avons avisé la semaine dernière que, malgré des années de croissance économique, le taux de pauvreté infantile au Canada était pratiquement resté le même et que ceux qui sont pauvres sont en fait en train de s’enfoncer davantage dans la pauvreté, les sceptiques ont sauté sur l’occasion pour prétendre au contraire que la situation s’améliorait. Après tout, Statistique Canada n’a-t-elle pas démontré que le nombre d’enfants vivant sous le seuil de faible revenu (SFR) avait diminué de deux pour cent entre 1999 et 2000 et que le revenu familial s’était amélioré? Comment les études du Conseil et de Statistique Canada peuvent-elles être toutes les deux justes?

Et pourtant c’est le cas. Peu importe comment on les compte, trop d’enfants se mettent au lit le ventre creux, ont de mauvais résultats scolaires, sont en mauvaise santé, ne participent pas à des activités récréatives organisées et vivent avec un parent souffrant de dépression. Ce sont ces messages qui ressortent clairement du sixième rapport annuel sur le progrès des enfants, publié récemment par le CCDS. Pour de nombreux enfants, la vie ne s’améliore pas et ce même en période de plein essor. Cela s’explique par le fait que, même si dans l’ensemble les plus récents chiffres qui montrent une légère amélioration, racontent un côté de la médaille, ils ne tiennent pas compte d’un aspect important de la pauvreté. Ce que l’étude du CCDS révèle, c’est que la profondeur de la pauvreté, c’est-à-dire le montant d’argent nécessaire pour se sortir de la pauvreté, est restée relativement inchangée à environ 8 500 $ en dessous du seuil de faible revenu. Autrement dit, ceux qui vivent dans la pauvreté vivent dans une pauvreté profonde.

Les changements dans la répartition de la richesse au pays sont tout aussi révélateurs. La richesse est définie par rapport aux avoirs de la famille moins ses dettes, les avoirs comprenant entre autres les habitations, les voitures, les actions boursières et les titres. On dit que les avoirs sont la clé de l’avenir de la famille, tandis que le revenu représente la situation actuelle. Les avoirs des 20% des couples les plus pauvres avec des enfants de moins de 18 ans ont chuté de 51,4% entre 1984 et 1999, tandis que ceux des 20% des couples les plus riches ont augmenté de 42,7%. L’écart entre les riches et les pauvres dans notre pays est ahurissant.

Et bien qu’un certain nombre de familles à faible revenu aient fait quelques gains, même si elles ne peuvent se permettre d’accumuler de vrais avoirs, elles sont durement touchées par le coût croissant de services et produits essentiels, l’éducation, les soins de santé et le logement. Entre 1992 et 1999, les dépenses familiales pour des articles comme les livres et les frais scolaires ont presque doublé pour passer à plus de 1 400 $. Les familles biparentales dépensaient environ 1 500 $ en soins de santé en 1999, une hausse considérable au cours de la décennie. De plus, les logements adéquats dans les grandes villes canadiennes sont hors de portée des familles pauvres, qui peuvent avoir à y débourser plus de 50% de leur revenu.

Ce que ces chiffres nous montrent, c’est qu’il faut reconnaître deux choses au sujet de la pauvreté des enfants : la situation ne s’améliore pas, et ces tendances auront des répercussions profondes sur notre prospérité. On ne peut quand même pas se féliciter, si le mieux qu’on puisse faire pour les familles et les enfants pauvres en période de plein essor économique est de réduire leur taux de pauvreté d’environ deux pour cent, de voir leur richesse familiale chuter considérablement et de leur faire payer davantage les choses dont ils ont un besoin essentiel. Nous ne pouvons pas non plus ignorer le fait qu’un segment important de la population risque de ne jamais avoir accès à des services de garde de qualité, des activités récréatives organisées, un logement sûr et à prix abordable ou à une alimentation adéquate.

Le comble de l’ironie, c’est le décalage entre la rhétorique de nos dirigeants politiques et les mesures qu’ils prennent pour assurer la prospérité du pays. D’un côté, on nous parle de l’importance de la productivité, des compétences et de l’innovation et du besoin d’améliorer notre rendement économique vis-à-vis des États-Unis. Et de l’autre côté, on refuse d’admettre que de trop nombreux enfants sont exclus et on refuse de prendre les mesures audacieuses qui sont nécessaires pour réduire le fossé entre riches et pauvres, pour permettre à tous nos enfants d’avoir une meilleure chance de réussir dans la vie.

Il est temps que tous les camps arrivent à la conclusion évidente que, même si les emplois et une forte économie sont des éléments essentiels pour combattre la pauvreté, ils ne sont pas suffisants. Le léger progrès enregistré dans la meilleure des périodes économiques devrait nous le faire constater. Il n’y a pas moyen d’éviter d’investir de manière plus substantielle dans nos soutiens sociaux : la Prestation nationale pour enfants doit mettre plus d’argent directement dans les poches des familles à faible revenu; l’Entente sur le développement de la petite enfance doit allouer de nouveaux fonds spécifiquement pour les garderies; et il faut mettre en place des programmes de logements sociaux pour donner à davantage de familles l’accès à un logement décent à prix abordable.

Les gouvernements considèrent maintenant l’investissement de milliards de dollars pour réparer l’infrastructure physique de nos villes. Ils doivent également réparer notre infrastructure sociale qui est en train de s’écrouler. Pendant les dernières dix années, ils ont concentré leurs efforts à l’élimination du déficit et aux coupures d’impôts. Cela a eu de lourdes conséquences sur les soutiens sociaux et nous en voyons les répercussions sur les enfants et les familles.

Il ne faut pas se faire d’illusions – il n’y aura pas de progrès sans de nouveaux investissements et sans un effort considérable de la part de tous les paliers de gouvernement. Quelle que soit la façon dont on calcule les chiffres, il y a bien trop de familles et d’enfants qui sont de plus en plus exclus. Nos gouvernements doivent faire tout en leur pouvoir pour aider à égaliser les chances. C’est le temps d’agir.

Marcel Lauzière, Président du Conseil canadien de développement social

Énoncés de politiques


Le Conseil canadien de développement social
190, rue O'Connor, Suite 100 Ottawa, Ontario, Canada K2P 2R3
Tél : 613-236-8977; Fax : 613-236-2750; Courriel : conseil@ccsd.ca