Répondre à la violence conjugale Réseau national sur la violence conjugale envers les femmes immigrantes et des minorités visibles
Bulletin électronique No 1 – octobre 2004
Bienvenue à notre premier bulletin électronique
Voici le premier de deux bulletins électroniques d’information qui sont développés spécialement pour les participantes au Réseau national sur la violence conjugale envers les femmes immigrantes et des minorités visibles. Ces bulletins présenteront des informations sur la recherche effectuée et les débats de politiques publiques (à l’échelon national et international), identifieront les ressources disponibles et exploreront les questions ayant trait à la compétence culturelle et les meilleures pratiques dans la prestation des services à cette population. Nous espérons que cette information sera également diffusée en dehors du réseau, afin que les bulletins puissent devenir un outil d’éducation du grand public sur ce sujet important de la violence conjugale envers les femmes immigrantes et des minorités visibles.
Dans ce premier numéro, nous présentons notre réseau national, nous explorons la compétence culturelle en tant qu’élément de la qualité des services, et nous faisons connaissance des meilleures pratiques du Sexuality Education Resource Centre à Winnipeg ainsi que d’un projet de tutorat par des pairs à Ottawa. En outre, nous présentons un profil d’une femme migrante, nous faisons ressortir le dilemme unique auquel font face les femmes immigrantes et des minorités visibles victimes de violence conjugale, et enfin nous incluons une liste de ressources à l’intention des prestataires de services. Alors, allons-y.
Le réseau :
Notre réseau national a été établi afin de créer un forum de discussion à l’intention des personnes qui prennent la défense des femmes immigrantes et des minorités visibles victimes de violence conjugale. Les participants à ce réseau espèrent améliorer leur propre capacité de répondre aux besoins uniques de cette clientèle spéciale, et aider la capacité d’intervenants dans d’autres agences de services. En partageant l’information sur les ressources et les meilleures pratiques, nous voulons promouvoir une prestation de services plus efficace et de meilleure qualité.
L’idée initiale du développement de ce réseau est venue d’une étude menée par le Conseil canadien de développement social (CCDS) avec le soutien financier du ministère de la Justice Canada. Les principales conclusions du rapport, intitulé Nulle part où aller, indiquent que les femmes immigrantes et des minorités visibles victimes de violence conjugale avaient moins tendance à rapporter les actes d’abus à la police et elles hésitaient à utiliser les services de soutien disponibles pour les aider à faire face au problème.
Par conséquent, parmi les recommandations clés de l’étude, il y avait le besoin de développer des services et des mécanismes de soutien culturellement appropriés à cette population, et d’établir des programmes de décèlement et d’intervention plus pertinents et plus efficaces pour cette clientèle. De plus, l’étude recommandait d’établir un réseau afin de permettre au personnel des services sociaux et des agences de continuer à collaborer et de se faire les porte-parole de ces femmes. On espérait qu’un tel réseau pourrait éventuellement atteindre des buts encore plus étendus, comme aider à faire la liaison entre différents prestataires de services et leur offrir des moyens de faire part de leurs connaissances et expertise à d’autres travailleurs de première ligne, et ainsi améliorer la compréhension de la nature et des causes de la violence conjugale envers les femmes immigrantes et des minorités visibles.
Les principales activités identifiées pour le réseau comprenaient ce qui suit :
a) promouvoir des politiques et des pratiques pertinentes et appropriées;
b) faire des activités d’éducation publique, visant à permettre l’émancipation des femmes et à leur éviter la violence conjugale;
c) développer une base d’information et de ressources, facile d’accès;
d) développer une base électorale, en vue d’action politique;
e) faire des activités d’éducation et de tutorat par des pairs pour avoir des intervenantes de première ligne bien informées et avec les compétences nécessaires;
f) créer des partenariats pour aider à coordonner les divers services pertinents.
Les participants à ce réseau incluraient :
- des intervenantes de première ligne dans plusieurs domaines, comme des intervenantes d’urgence, des infirmières, des médecins, des avocats, des travailleuses sociales et des conseillères pour l’adaptation au nouveau pays;
- les personnes qui travaillent dans le système de justice pénale, comme les policiers, les avocats et les conseillers de services aux victimes au tribunal;
- des experts dans ce domaine; et
- des personnes prenant la défense des victimes de violence conjugale.
Ce bulletin électronique représente un effort pour répondre à ces recommandations, et il vise à maintenir informés les membres travaillant dans ce domaine et à les garder en contact. Les participants au réseau auront accès à un forum de discussion électronique qui leur permettra de participer à des discussions par voie électronique au sujet des meilleures pratiques, des mesures de soutien efficientes et efficaces et de tout autre sujet pertinent à leur travail auprès des femmes immigrantes et des minorités visibles victimes de violence conjugale. Un répertoire des participants à ce réseau est aussi disponible, mais seulement aux autres membres du réseau. Le répertoire comprend un énoncé de mission et une description des services fournis par différentes organisations, ainsi que les noms et les coordonnées des participants au réseau. Il contient aussi les coordonnées de personnes clés concernées par ce domaine. Au fil du temps, on s’attend à voir le réseau s’agrandir et devenir un porte-parole bien en vue en défense des femmes immigrantes et des minorités visibles victimes de violence conjugale.
Colonne à la une :
La compétence culturelle ce n’est pas seulement la tolérance, c’est l’excellence des services.
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La compétence culturelle demande l’acquisition de compétences, d’attitudes et de valeurs qui permettront aux individus et aux institutions de répondre efficacement aux croyances, styles interpersonnels, attitudes, à la langue et au comportement de personnes de diverses origines culturelles. Marla Sutton, gestionnaire des initiatives auprès des patients à l’American Academy of Family Physicians, pense que la compétence culturelle ne consiste pas seulement à avoir une attitude politiquement correcte dans la fourniture des soins de santé, mais en fait c’est plutôt une bonne pratique de médicine. Elle définit la compétence culturelle en tant que combinaison de comportements, d’attitudes et de politiques qui permettent à un système, une agence ou un groupe de professionnels de travailler efficacement dans des contextes multiculturels.
Un énoncé de position récent par l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC, mars 2004) déclare qu’afin d’obtenir les meilleurs résultats possibles chez le patient, les infirmiers et infirmières doivent dispenser des soins avec une certaine sensibilité culturelle. L’AIIC définit la compétence culturelle comme l’application des connaissances, des compétences, des attitudes et des attributs personnels demandés aux infirmières et infirmiers pour dispenser les soins et services appropriés en relation aux caractéristiques culturelles de leurs patients. Selon l’Association, la valeur que l’on accorde à la diversité est cruciale à la compétence culturelle et ils considèrent que la responsabilité de soutenir des soins culturellement appropriés doit être partagée par les individus, les associations professionnelles, les organes régulateurs, les organismes de prestation des soins de santé, les établissements éducatifs et les gouvernements.
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La culture est définie comme une façon de vivre pour un groupe de population. Cela inclurait les valeurs, croyances, attitudes, habitudes, rituels et comportements communs au groupe. Les nouveaux immigrants au Canada conservent souvent leurs pratiques culturelles, mais ils adoptent graduellement divers attributs de la nouvelle culture, ce qui résulte en un processus continuel de changement culturel.
La compétence culturelle a trait à la capacité de fonctionner efficacement.
Un service en fonction de la population indique un service qui connaît et comprend la population qu’il dessert. Cela inclut une appréciation de la culture sans stéréotypage, et une notion du contexte socio-économique dans lequel vos clients évoluent. Donc dans ce contexte, la nécessité de compétence culturelle est évidente. |
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Par conséquent, quand on parle de compétence culturelle concernant les services de soutien à l’égard des femmes immigrantes et des minorités visibles victimes de violence conjugale, on fait référence à des services fournis de façon à refléter les croyances, attitudes, la langue et les actions de ces femmes. Dans ce contexte, les services doivent tenir compte de l’impact du statut d’immigration de la femme, de sa situation socio-économique, de son accès au système de justice pénale, de sa capacité à s’exprimer dans l’une des langues officielles, ainsi que de sa vulnérabilité au racisme et à la discrimination en général, et à un possible ostracisme et parti pris sexiste au sein de sa propre communauté ethnique.
Lors d’une présentation au Forum canadien sur le travail social qui s’était tenu à Montréal en 2001, Gilles Rondeau avait souligné qu’il était nécessaire que le travail social attire des étudiants de divers groupes ethniques pour devenir des praticiens, afin que [Trad.] «la réalité de la diversité de notre société soit reflétée dans la prestation de nos services sociaux». Il a aussi avancé que l’enseignement du travail social devrait faire en sorte que tous les travailleurs sociaux adoptent dans leurs pratiques des approches disant non au racisme et ouvertes au multiculturalisme.
Aux États-Unis, la National Association of Social Workers (NASW) déclare que l’intégration de normes de compétence culturelle dans la pratique aidera les travailleurs sociaux à répondre en connaissance de cause, avec tact et de manière compétente aux diverses populations qui ont recours à leur aide. Par conséquent, la NASW a développé des normes de compétence culturelle dans la pratique du travail social qui sont réceptives à des questions prioritaires, comme l’éthique, les valeurs, la prise de conscience, les connaissances et compétences d’une culture à l’autre, l’émancipation et la défense des droits, la diversité de la main d’oeuvre, la formation professionnelle, la diversité des langues, et le leadership multiculturel. (Pour d’autres informations sur les normes de la NASW, consultez leur site web à www.naswdc.org.)
Pour tout organisme ou système, la formation et le développement professionnel du personnel sont des composantes cruciales de la compétence culturelle. Il faut donner au personnel des occasions à la fois formelles et informelles d’explorer et de mieux comprendre leurs propres attitudes, convictions et valeurs; de clarifier comment ces convictions et attitudes ont un impact sur leur travail; et d’examiner les implications de leurs actions sur leur clientèle et sur l’efficacité des services rendus.
Afin de cultiver la compétence culturelle au sein de votre organisation ou système, il y a six éléments clés qui peuvent très bien servir de guide. Ils consistent à :
1. Valoriser la diversité comme une source de grand potentiel pour votre organisation.
2. Mener périodiquement une auto-évaluation sur la compétence culturelle (un exemple développé par Tawara D. Goode de Georgetown University’s Child Development Center, est cité dans la section des ressources de ce bulletin.)
3. Développer un plan d’action pour atteindre la compétence culturelle, avec des buts clairement définis et un calendrier de mise en application et d’évaluation.
4. Sensibiliser les autres personnes au sein de votre organisation ou système sur la manière de faciliter des échanges sains avec les personnes d’origine ethnique différente et sur la manière de minimiser les possibilités de malaise, de conflit et de division.
5. La connaissance culturelle doit être institutionnalisée dans les organisations et devenir une partie intégrale de la prestation de services. Les dirigeants de l’organisation ou du système doivent mettre l’accent sur son importance ; la connaissance et sensibilisation culturelles doivent être bien en vue dans les politiques et pratiques de l’organisation.
6. Explorer des modèles de prestation de services qui font preuve d’une bonne compréhension de la diversité culturelle et les adapter à votre organisation. Vos programmes et services devraient être dispensés d’une façon qui respecte la culture et les traditions de votre clientèle.
Le Recensement de 2001 a fait état du plus haut niveau jusqu’à date de population au Canada qui est née à l’étranger, et a indiqué que trois nouveaux immigrants sur quatre faisaient partie de minorités visibles. Près de 4 millions d’individus s’identifiaient comme membres d’une minorité visible, représentant 13,4% de la population totale au Canada. Ce qui était une augmentation substantielle par rapport à 20 années plus tôt, lorsque seulement 1,1 million d’individus, représentant 4,7% de la population, s’étaient identifiés comme membres d’une minorité visible.
L’un des résultats clés de l’étude du CCDS, Nulle part où aller, montrait que les femmes immigrantes et des minorités visibles avaient moins tendance que les autres femmes canadiennes à rapporter des incidents de violence conjugale. Elles étaient aussi moins susceptibles de chercher de l’aide des services disponibles, et l’une des principales raisons de leur réluctance était due au manque de compétence culturelle au sein de ces services et systèmes. Par conséquent, il y a un besoin urgent de développer la compétence culturelle dans les structures de soutien conçus pour venir en aide aux femmes immigrantes et des minorités visibles victimes de violence conjugale.
Références :
L'Association des infirmières et infirmiers du Canada. «Le développement des soins adaptés sur le plan culturel», énoncé de position. Ottawa : AIIC, Mars 2004.
National Association of Social Work. “NASW standards for cultural competence in social work practice,” Document préparé par le comité national de la NASW sur la diversité raciale et ethnique. Washington, D.C.: NASW, 2001.
Rondeau, Gilles. «La formation en travail social au Canada - des défis à surmonter», Présentation au Forum national sur le travail social à l’Université de Montréal, Octobre 2001.
Smith, Ekuwa. Nulle part où aller? Répondre à la violence conjugale envers les femmes immigrantes et des minorités visibles. Ottawa : Conseil canadien de développement social, 2004.
Statistique Canada. «Recensement de la population: immigration, lieu de naissance et lieu de naissance des parents, citoyenneté, origine ethnique, minorités visibles et peuples autochtones», dans Le Quotidien, mardi 21 janvier 2003.
Sutton, Marla. “Cultural competence: It’s not just political correctness. It’s good medicine,” dans Family Practice Management, Vol. 7, No. 9. Leawood, Kansas: American Academy of Family Physicians, 2000.
Meilleure pratique :
Women’s Action Against Violence Project (WAAV)
for Immigrant and Refugee Women
[Projet d’action des femmes contre la violence envers les femmes immigrantes et des minorités visibles]
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Équipe de recherche : Esther Blum et Tuula Heinonen, Faculty of Social Work, University of Manitoba; Paula Migliardi, Sexuality Education Resource Centre; Judy White, Faculty of Social Work, University of Regina; John Anchan, Department of Education, University of Winnipeg; Alexia Dyer, Sexuality Education Resource Centre; Marjorie Ramos et Viviana Sonneschein, membres de la communauté.
En nous concentrant sur une étude de cas d’une initiative d’éducation publique et de développement de capacité à Winnipeg, visant à faire connaître le problème, à fournir des soutiens et à augmenter l’intervention des communautés d’immigrants et de réfugiés en réponse à la violence conjugale, nous avons cherché à explorer les «meilleures pratiques» pour éduquer les femmes immigrantes et leur communauté au sujet de la violence conjugale. |
Le projet d’éducation
Le projet Women’s Action Against Violence (WAAV), qui a opéré de 1999 à 2003, a donné l’occasion aux femmes de divers milieux ethniques et nationalités d’explorer, dans le cadre d’ateliers, le problème de la violence conjugale. Le projet cherchait aussi à accroître la capacité des femmes immigrantes et réfugiées à Winnipeg de devenir des personnes-ressources au sein de leur propre communauté en matière de violence envers les femmes.
Le projet avait été élaboré par l’organisme Immigrant Women’s Counseling Services (IWCS) et le Sexuality Education Resource Centre (SERC) de Winnipeg. Un groupe consultatif communautaire (GCC) a été formé pour donner des conseils sur les objectifs du projet, son orientation, sa conception, ainsi que les besoins et intérêts communautaires. En plus des partenaires principales, le GCC comprenait aussi des participantes qui avaient déjà suivi une formation, des représentantes des communautés ethnoculturelles, des organisations de services aux immigrants, et des représentantes d’autres services sociaux et du gouvernement.
Les ateliers consistaient en 10 à 12 séances de deux heures avec des groupes de 10 à 15 immigrantes provenant de diverses communautés ethnoculturelles. Les séances de formation ont été offertes quatre fois, avec une participation d’environ 50 femmes dans 80% ou plus des séances d’éducation. Les principaux sujets des ateliers comprenaient la définition d’une situation abusive, le cycle de la violence, les attentes culturelles et sociales et les rôles selon le sexe, la sexualité, l’estime de soi, les relations saines et malsaines, les ressources communautaires, ainsi que les structures politiques, judiciaires et des services sociaux. D’autres volets y ont été rajoutés à mesure qu’ils étaient identifiés par des femmes ou des animatrices, par exemple l’information sur les organismes communautaires pour permettre aux participantes de fournir des informations et des aiguillages au sein de leur communauté; les conflits intergénérationnels; la violence conjugale et les répercussions de la guerre sur la famille.
Parfois, les participantes pouvaient organiser des ateliers pour les autres femmes en décidant des sujets à présenter et en développant des stratégies de dépistage pour leur communauté. Lorsque le financement le permettait, des participantes antérieures étaient invitées à des séances de suivi pour discuter des problèmes qu’elles avaient eu pour aborder le sujet de la violence conjugale dans leur communauté, et pour évaluer tout besoin supplémentaire en matière d’éducation.
Les séances étaient présentées par du personnel de SERC et IWCS, et par des membres d’autres organisations communautaires et de départements du gouvernement. Les ateliers étaient principalement donnés sous un format participatif afin d’encourager l’apprentissage coopératif. Ils consistaient en présentations, suivies de discussions en petit groupe et en groupe plus grand, et d’analyse de cas pour montrer des situations vécues réellement.
L’évaluation
L’évaluation de ce projet a mené au développement d’un partenariat entre le SERC et un certain nombre de professeurs de différentes universités – Université du Manitoba, Université de Winnipeg et Université de Regina – et comprenant des membres de la communauté et d’anciennes participantes au projet WAAV. En utilisant une approche de recherche qualitative, incluant des principes de recherche participative, l’évaluation cherchait à connaître les perspectives et les expériences des participantes, des animatrices et des membres du groupe consultatif communautaire. Six groupes de discussion ont été menés, y compris quatre avec des participantes aux ateliers. Deux interviews individuelles ont aussi été faites avec des participantes aux ateliers. Les membres des groupes de discussion représentaient une large diversité ethnique, religieuse et de statut civique.
Des pratiques prometteuses dans l’éducation des femmes immigrantes sur la violence conjugale
L’évaluation a aussi examiné l’impact des séances de formation. Elle a révélé que les femmes qui y avaient participé avaient acquis une compréhension plus approfondie de ces questions en réalisant les dimensions sociales et publiques de la violence conjugale et sa prévalence à travers les différences sociales et culturelles. Elles étaient aussi mieux en mesure de réagir dans certains aspects de leur vie privée et de relations intimes. L’évaluation a trouvé, par exemple, que les femmes qui avaient participé aux séances étaient capables d’avoir accès aux ressources, de communiquer leur situation sur la question à leur famille, et de défendre leurs droits. Les femmes ont aussi formé de nouvelles amitiés dans les groupes et trouvé du soutien social et émotionnel.
Grâce à ce projet et son évaluation, nous avons découvert certains facteurs qui facilitent ce processus d’émancipation et de prise de conscience. Au nombre de ces facteurs il y avait :
- la nature participative et flexible de l’élaboration et de la mise en application de la formation, en incluant constamment les préoccupations des participantes;
- la création d’un environnement sécuritaire et ne portant pas de jugement, dans lequel les femmes peuvent faire part de leurs propres expériences et points de vue sur la violence conjugale;
- la participation d’animatrices immigrantes avec qui les femmes peuvent s’identifier et trouver de l’inspiration;
- la participation de représentantes de plusieurs organisations et services du gouvernement comme présentatrices invitées. En raison de leur expertise, elles ont aidé à donner des informations correctes, particulièrement en matière juridique et d’immigration;
- l’utilisation d’une variété de méthodes d’enseignement, y compris des vidéos, des scénarios de cas, des discussions en petit groupe, et de la documentation écrite facile à lire;
- l’offre d’une rémunération pour défrayer les coûts de services de garde d’enfants et de transports et pour offrir un modique honoraire, ainsi que d’être situé dans un lieu central et d’offrir des séances en soirée.
Implications
Alors que l’évaluation a démontré les réussites de ce modèle, elle a aussi identifié d’autres besoins. Entre autres, il y avait le besoin d’attirer la communauté immigrante en général à s’intéresser au problème de la violence conjugale, par le biais de classes de français/anglais en langue seconde, le besoin d’avoir la participation directe des hommes, de traiter des questions d’éducation parentale, de faire participer les éducateurs immigrants, et de fournir un soutien et de la formation sur une base continue aux participantes antérieures. Au-delà des implications pratiques de cette évaluation pour le développement et la prestation de programmes éducatifs, les conclusions ont aussi plusieurs implications en matière de politiques publiques. Par exemple, l’analyse des répercussions de la politique d’arrestation automatique (c.à.d. tolérance zéro) serait utile, ainsi qu’un examen plus approfondi et une recherche à l’échelon fédéral et provincial sur la législation relative à l’immigration (par ex. le parrainage), et la législation concernant les enfants et la famille.
Une description de ce projet et de certaines de ses conclusions ont été publiées dans V. Agnew (ed.), Women’s Health, Women’s Rights: Perspectives on Global Health Issues, Toronto: Centre for Feminist Research, York University, et dans C. Ateah and J. Mirawaldt (eds.), Within Our Reach: Policies, Programs and Practices to Prevent Abuse Across the Lifespan, Nova Scotia and Manitoba: Fernwood/RESOLVE.
Pour d’autres informations sur le projet ou sur l’évaluation, veuillez contacter Martha Avilés (IWCS) au 204-940-1966 ou par courriel à avilesm@mts.net; Paula Migliardi (SERC) au 204-982-7813 ou paulam@serc.mb.ca; ou encore Esther Blum au 204-474-9203 ou blum@cc.umanitoba.ca. |
Rapports d’Ottawa :
Le Bridging Project:
Un programme de formation pour les femmes immigrantes, réfugiées et des minorités raciales dans la ville d’Ottawa
par Melissa Rowe, MSW, RSW,
Coordinatrice de projet,
Ottawa Rape Crisis Centre
[Trad.] «Les femmes ont clairement déclaré qu’elles ne savent pas où demander de l’aide parce qu’elles ne parlent pas la langue, et l’idée même de demander de l’aide est trop effrayante. D’un point de vue culturel, c’est honteux pour une femme de chercher de l’aide en dehors de sa famille». participante au Bridging Project
Le Bridging Project a été établi par le Ottawa Rape Crisis Centre (centre de réponse en cas de viol) dans le cadre de leur objectif de créer des liens et de collaborer avec des femmes immigrantes, réfugiées et des minorité visibles dans la ville d’Ottawa. Le projet consistait à identifier la disponibilité et l’accessibilité des services pour ces femmes, particulièrement des services liés aux problèmes de violence sexuelle, et à leur fournir une formation de base et du soutien de la part de consoeurs jouant un rôle de mentor afin de combler les lacunes dans leur communauté autour des questions de violence sexuelle.
[Trad.] «Malheureusement, elles sont très loin de leur famille et seules ici au Canada. Leur lutte est encore plus difficile parce qu’elles n’ont personne vers qui se tourner».
participante au Bridging Project
Le projet a identifié trois objectifs principaux :
- Émanciper les femmes et les jeunes des communautés immigrantes, de réfugiées et des minorités visibles au moyen d’une formation en rôle de mentor auprès de leurs pairs, et leur fournir du soutien concernant la violence et la violence sexuelle envers les femmes;
- Fournir un environnement sûr et réconfortant aux femmes de diverses origines culturelles pour discuter des problèmes de violence dans leur vie;
- Faire prendre conscience aux femmes immigrantes, réfugiées et des minorités raciales dans la région d’Ottawa qu’il existe des services de soutien et d’intervention communautaire en cas d’urgence.
Pour parvenir à ces objectifs, on a utilisé un cadre d’action participatif afin d’arriver à comprendre les expériences des femmes qui ont essayé d’avoir accès aux services répondant aux problèmes de violence et de violence sexuelle dans la région d’Ottawa. Ce cadre d’action a aussi aidé à identifier une communauté de femmes capables de jouer un rôle de mentor, qui fourniraient plus tard un soutien de mentor parmi leurs pairs au sein de leur communauté en matière de violence sexuelle et d’autres problèmes pertinents.
[Trad.] «Le projet a utilisé une excellente démarche pour encourager les femmes des communautés ethnoculturelles à participer au développement et à la mise en application du projet».
participante au Bridging Project
Des consultations communautaires et des ateliers ont été organisés dans différentes communautés culturelles en utilisant diverses méthodes. Les recommandations de bouche à oreille ont été l’un des outils les plus efficaces utilisé par les animatrices pour créer des liens et recruter dans ces communautés. Les discussions se tenaient dans la langue de choix de ces femmes, ce qui s’est traduit par une participation très active et très réussie de plus de 100 femmes de différentes communautés.
[Trad.] «Le projet a été une vraie réussite en faisant que les femmes de différentes communautés ethnoculturelles commencent à parler d’un problème qui a été considéré comme quelque chose de privé pendant si longtemps».
participante au Bridging Project
Malgré certains défis à surmonter – comme le temps limité pour terminer ce projet, et le manque de ressources disponibles et de matériel de formation culturellement approprié – le projet a atteint ses objectifs. Grâce aux consultations communautaires et aux ateliers, il a été possible de connaître de façon concrète les besoins des femmes réfugiées, immigrantes et des minorités visibles. Dans l’ensemble, il y a eu 27 consultations communautaires, et 13 femmes immigrantes et faisant partie des minorités visibles appartenant à 10 communautés ethniques différentes ont reçu une formation pour jouer un rôle de mentor parmi leurs pairs. Dans le cadre des séances de consultation, deux jeunes femmes (qui ont aussi reçu une formation de mentor) ont animé une séance pour des jeunes filles de 12 à 15 ans. La participation des jeunes au projet était très importante pour assurer que les jeunes prennent part à des discussions saines au sujet de la violence sexuelle.
Une recommandation clé du projet concernait la nécessité d’établir un centre plurifonctionnel, dans lequel des femmes de différentes origines culturelles et parlant différentes langues pourraient avoir accès à une variété de services visant à mieux répondre à leurs besoins familiaux. Il faudrait que ces services adoptent une approche holistique, et soient dispensés par des professionnels des communautés immigrantes et des minorités visibles.
Migrant Wives in Canada: Their Lives and Experiences
par Alba Féliz-Rodriguez, MSW, RSW
Centre for Cross-Cultural Counselling and Education, Ottawa
Des milliers de femmes de partout au monde viennent au Canada chaque année pour rejoindre leur mari. Plusieurs de ces femmes ont été mariées depuis de nombreuses années, mais ont vécu séparées de leur conjoint en raison de l’émigration. Dans d’autres cas, les femmes viennent pour se marier avec des hommes qu’elles connaissent à peine, des hommes qu’elles n’ont rencontré que brièvement alors qu’ils étaient en vacances dans leur pays d’origine, ou des hommes rencontrés par le biais des «services de correspondance internationale».
Il y a plusieurs catégories générales d’épouses émigrantes, y compris :
- épouses venant pour réunification
- épouses par correspondance
- épouses culturelles/ethniques
- épouses rencontrées en vacances
- épouses liées à l’emploi
Parmi les raisons courantes citées pour le mariage, on trouve :
chez les hommes :
- facteurs culturels
- recherche d’une femme traditionnelle
- pour secourir la personne
- premier ou second mariage raté
- difficultés à se lier à des femmes nord-américaines
- attraction initiale.
chez les femmes :
- en quête d’une meilleure vie
- croyance que les hommes nord-américains font de meilleurs maris que les hommes de leur propre pays
- attraction initiale.
Comment se sont-ils rencontrés :
- services de correspondance internationale («épouses commandées par courrier»)
- clubs de correspondants sur Internet
- réseaux informels de la famille et d’amis
- sur une plage, dans un restaurant ou un bar
- au travail.
Caractéristiques démographiques des épouses émigrantes :
- La majorité viennent d’Asie : Philippines, Thaïlande, Chine, Japon, Indonésie, Malaisie et Corée. Certaines viennent de Russie ou d’autres pays de l’ancienne Union Soviétique. Une petite proportion vient d’Amérique Latine ou d’Europe.
- La majorité des femmes venant d’Asie ont tendance à être très jeunes (de 16 à 26 ans); les femmes venant d’Amérique Latine ou de Russie ont tendance à être un peu plus âgées.
- Certaines des femmes ont un bon niveau d’éducation, tandis que d’autres n’ont qu’un niveau moyen ou moindre de scolarisation.
- Une petite proportion a travaillé dans des domaines professionnels. La majorité a travaillé dans l’industrie du tourisme ou comme domestiques dans leur propre pays ou un autre pays.
- Plusieurs de ces femmes ont été mariées au moins une fois, et plusieurs ont des enfants. Certaines n’ont jamais été mariées.
- Une grande proportion de ces femmes sont très pauvres. Une petite proportion vient d’un milieu de la classe moyenne.
Caractéristiques démographiques de leur mari :
- En prédominance d’Amérique du Nord, et de divers milieux ethniques.
- La majorité sont des hommes dans la quarantaine ou la cinquantaine, divorcés une ou deux fois, et avec des enfants de relations antérieures. Ils cherchent en général des femmes plus jeunes qu’eux.
- Une petite proportion des maris sont jeunes, de 30 à 40 ans, jamais mariés, et en général cherchant des femmes à peu près de leur âge.
- Les hommes ont tendance à être politiquement conservateurs et relativement aliénés socialement.
- Plusieurs de ces hommes ont un haut niveau d’éducation et un revenu élevé. Ils disent être désillusionnés par les «femmes libérées» d’Amérique du Nord et par les femmes immigrantes qui ont été élevées ici.
- Finances
- Emploi
- Modes de vie
- Différences culturelles
- Séparation et réunification de la famille
- Isolement
- Difficultés linguistiques
- Relations avec les beaux-parents
- Violence conjugale.
Conclusion : les services de soutien sont nécessaires pour ces femmes émigrantes, de préférence des services mis en place et opérés par des organisations de femmes immigrantes.
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Alba Féliz-Rodriguez est la fondatrice et directrice du Centre for Cross-Cultural Counselling & Education. Elle a une longue expérience de conseillère interculturelle avec les particuliers, les familles et les couples, et elle a développé et animé des services de formation interculturelle pour les professionnels de la santé mentale. Elle a reçu une formation à la Social and Trans-cultural Psychiatry Division de l’Université McGill, et a mené des recherches sur la séparation et la réunification des familles immigrantes, et sur le vécu des épouses émigrantes au Canada.
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Le coin des média
[Trad.] Le dilemne des femmes : subir la violence ou risquer la déportation
Cet article par Nicolas Kueng est reproduit (ici traduit) avec la permission du Toronto Star. Il décrit l’un des problèmes soulevés dans Nulle part où aller, un enjeu malheureusement trop bien connu des participantes à notre réseau. |
Une voisine bien intentionnée dans un motel de Scarborough a sauvé Ann Dilmohamed de coups et blessures, mais la bonne Samaritaine a aussi entraîné la Trinidadienne et sa fille dans les oubliettes de l’immigration.
Dilmohamed, qui avait vécu comme illégale au Canada avec son mari et ses enfants depuis 1987, venait juste d’obtenir son statut conditionnel d’immigrante reçue, dans l’attente de certificat médical et de vérification de son passé, lorsque la police est arrivée au motel de la route Kingston le 13 avril pour procéder à l’arrestation de son mari en raison de l’agression.
Tandis que cette femme de 44 ans dit qu’elle se sent «comme un oiseau libéré de sa cage après avoir vécu dans une relation abusive pendant 20 ans», elle fait maintenant face à la déportation – et à une éventuelle séparation de sa fille de 14 ans, née au Canada – à cause de l’arrestation.
Le mari de Dilmohamed a été accusé de voies de fait causant des lésions corporelles et son cas est encore devant les tribunaux.
Comme la plupart des femmes immigrantes, Dilmohamed dépend de son conjoint pour sa demande d’immigration. La vie de ces femmes est aux mains de leur mari. Si l’homme retire son parrainage ou est déporté pour une raison quelconque, sa femme et ses enfants n’ont d’autre choix que de quitter le pays.
«Certains hommes font exprès de se servir de l’immigration comme d’une arme dans les relations abusives. C’est un immense chantage parce qu’ils savent que leur épouse ne peut aller nulle part et doit rester dans la relation», dit Sudabeh Mashkuri, une avocate à la Barbra Schlifer Commemorative Clinic à Toronto, qui dessert les rescapées de violence conjugale.
La situation critique des immigrantes victimes de violence a été documentée dans une récente étude de deux ans menée par le Conseil canadien de développement social. Elle a révélé que les femmes immigrantes et des minorités visibles sont plus susceptibles d’être victimes de violence conjugale et ont moins tendance à le rapporter.
Selon l’analyse d’une enquête de 1999 par Statistique Canada, l’étude a révélé que 10,5% des femmes immigrantes avaient victimes d’abus émotionnel ou financier, et 4,2% avaient déclaré avoir souffert de violence physique ou sexuelle. Parmi les victimes, seulement 10% rapportaient l’abus à la police, et 17% cherchaient de l’aide ailleurs, comme dans des services de counselling et des maisons d’hébergement.
La clinique Schlifer a toujours eu un service de conseil juridique sur place pour s’occuper des cas de violence conjugale et de disputes pour la garde des enfants. Cependant, avec l’augmentation des dossiers passant au domaine de l’immigration, l’agence a embauché Mashkuri il y a cinq ans pour aider des femmes comme Dilmohamed.
La clinique a actuellement 856 dossiers de violence conjugale et Mashkuri dit que la moitié des cas couvre des victimes dont le statut d’immigration est mis à risque par leur conjoint abusif.
«Ces femmes ont peur d’être renvoyées dans leur pays d’origine, qui sont souvent ravagés par la guerre et la pauvreté» indique Mashkuri. «Leur vie dépend de leur conjoint abusif».
Dilmohamed s’est mariée en 1984 et le couple est venu au Canada trois ans plus tard avec leur deux fils, tous comme visiteurs. Après une tentative ratée d’être acceptés comme réfugiés au début des années 1990, ils sont devenus des illégaux à Scarborough. Pendant que Dilmohamed travaillait comme chef de cuisine d’un restaurant et comme aide domestique, son mari travaillait de façon intérimaire dans la construction.
Grâce à l’aide d’une amie, la famille a fait une demande pour d’immigrants reçus pour motifs d’ordre humanitaire en 1997. Ils ont par la suite été acceptés comme immigrants reçus à titre conditionnel parce qu’ils avaient prouvé être déjà établis dans le pays. (Les deux fils adultes de Dilmohamed ont été expulsés du Canada en décembre 2002, après avoir été condamnés pour vol).
Malgré l’escalade de la violence verbale aux agressions physiques, Dilmohamed dit qu’elle n’a pas appelé la police parce qu’elle n’avait aucun statut au Canada et qu’elle risquerait la déportation.
L’état d’ivresse de son agresseur présumé menait souvent à la violence, dit-elle.
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Ressources et liens :
Gouvernement de Colombie-Britannique, Ministère des enfants et de la famille : compétence culturelle
http://www.mcf.gov.bc.ca/publications/cultural_competency/assessment_tool/tool_index1.htm
Cultural Diversity Institute, University of Calgary, 2500 University Drive NW, Calgary, AB T2N 1N4 http://www.ucalgary.ca/cdi/
Cultural Competency: A Self-Assessment Guide for Human Service Organizations
http://www.ucalgary.ca/cdi/guides.htm
Exemples de «Liste pour auto-évaluation» destinés aux agences dispensant des soins de santé primaires et des services sociaux :
http://gucchd.georgetown.edu/nccc/nccc11.html
http://gucchd.georgetown.edu/nccc/nccc7.html
http://www.aafp.org/fpm/20001000/58cult.html
NASW standards of cultural competence:
http://www.n4a.org/datoolkit/NASW%20Standards%20II.htm
National Center for Cultural Competence, Georgetown University Center for Child and Human Development, 3307 M Street, NW, Suite 401, Washington, DC 20007-3935
http://gucchd.georgetown.edu/nccc/
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