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Perception | Volume 21, #4 (Spring 1998)


Une ressource inutilisée du marché du travail au Canada – les personnes handicapées

par Gail Fawcett

Cet article est une adaptation d'un document intitulé Untapped Potential: Disability Process and Environmental Barriers, qui a été présenté par l'auteure lors d'un atelier en janvier 1998, le National Workplace Equity Symposium for Persons with Disabilities.


Les 1,2 million environ de personnes handicapées d'âge moyen au Canada qui n'ont aucun emploi rémunéré représentent une source énorme de potentiel inutilisé sur le marché du travail. Une analyse de données recueillies en 1986 et 1991 par Statistique Canada et des groupes d'étude menés par le CCDS au cours des derniers mois indiquent que beaucoup de personnes handicapées souhaiteraient avoir un emploi, mais elles ont abandonné après un échec prolongé à trouver du travail.

En 1991, il y avait 2,3 millions de personnes handicapées en âge de travailler (de 15 a 64 ans) au Canada. Un peu moins de la moitié faisaient partie de la main d'oeuvre en 1986 – une proportion qui est passée à 56 p. cent au cours des cinq années suivantes. Pendant la même période, environ 80 p. cent des personnes en âge de travailler et sans handicap étaient dans la main d'oeuvre active.

Même si les personnes handicapées à divers degrés de gravité sont de plus en plus entrées dans la main d'oeuvre vers la fin des années 80, leur réussite à actuellement trouver et garder un emploi a été mitigée. Les personnes avec un handicap léger trouvaient plus facilement un emploi. Mais la plupart des personnes avec un handicap grave qui essayaient d'entrer dans la main d'oeuvre ne faisaient simplement que passer des rangs des chômeurs cachés aux rangs du chômage officiel. Le taux de chômage de cette catégorie est monté de 22 à 28 p. cent entre 1986 et 1991.

Les personnes handicapées pensent que leurs chances d'emploi ont diminué depuis le début des années 90. «Nous étions à la mode dans les années 80, mais les attitudes ont changé» a déclaré une des personnes handicapées du groupe d'étude du CCDS.

Bien que de nombreuses personnes handicapées soient découragées par l'attitude négative de certains employeurs, il est bien clair qu'elles voudraient trouver du travail rémunéré. Par exemple, une personne handicapée sur cinq qui n'était pas dans la main d'oeuvre en 1991 faisait du travail bénévole – une indication qu'elles veulent un emploi et en sont capables.

Les personnes handicapées disent qu'elles travaillent comme bénévoles pour acquérir des compétences, de la formation et le contact avec des employeurs éventuels. «Le travail bénévole est le seul moyen de montrer à un employeur ce dont je suis capable» a dit un participant du groupe.

Près de 20 p. cent des personnes handicapées qui n'étaient pas dans la main d'oeuvre en 1991 ont indiqué qu'elles avaient l'intention de chercher à nouveau du travail dans les prochains six mois. De toute évidence, elles espéraient que quelque chose allait changer dans un avenir proche, comme leur condition, leur accès à des mécanismes d'assistance ou le marché du travail en soi. D'autres ont dit qu'elles aimeraient travailler mais, après avoir été refusées si souvent, elles avaient perdu espoir.

Le milieu environnant est le principal obstacle

L'un des facteurs plus pertinents à la réussite des personnes handicapées à se trouver un emploi dépend de leur besoin (ou non) d'avoir une installation spéciale sur le milieu de travail ou pour se rendre au travail. Les personnes handicapées qui avaient besoin d'installation spéciale, comme un accès pour fauteuil roulant ou un ordinateur spécialement équipé, avaient le double de probabilités d'être au chômage à la fin des années 80 que les autres qui n'avaient pas besoin de ce type d'accommodation.

Près de la moitié des personnes handicapées qui n'étaient pas dans la main d'oeuvre en 1991 citaient au moins un obstacle du milieu environnant comme raison de ne pas chercher d'emploi. Parmi les obstacles signalés, on a relevé :

  • la crainte de perdre leur soutien du revenu au cas où elles trouveraient un emploi mais ne pourraient pas le garder.

  • la crainte de perdre des soutiens et services liés à leur handicap et fournis par les programmes d'assistance sociale – soutiens auxquels elles n'auraient plus droit en tant que personnes avec un emploi. Dans plusieurs cas, ces soutiens et services (comme des mécanismes d'assistance ou des médicaments) seraient encore nécessaires afin de pouvoir travailler, mais ces personnes ne croyaient pas être en mesure de trouver un emploi qui payerait suffisamment pour leur permettre d'assumer ces coûts supplémentaires.

  • le manque d'accès à un moyen de transport qui leur permettrait de chercher et de garder un emploi.

  • le manque de formation suffisante pour les emplois qui étaient disponibles.

Ces résultats suggèrent que beaucoup de personnes handicapées au chômage ne sont pas «impossibles à employer». Si leurs conditions environnantes étaient modifiées – comme l'accès au transport ou la formation – leur capacité à chercher et garder un travail s'en trouverait améliorée.

Le milieu environnant peut changer

Si les employeurs et les gouvernements prenaient plus sérieusement l'engagement d'aider les personnes handicapées à entrer dans la main d'oeuvre, bien plus de personnes auraient la chance de trouver un emploi payé. Parfois, même une installation simple peut faire une grosse différence. Par exemple, dans un des groupes d'étude du CCDS, une jeune femme en fauteuil roulant a raconté son expérience de demande d'emploi dans un magasin de détail. Elle était sûre que si la caisse était déplacée sur un comptoir plus bas qui était déjà en place, elle pourrait s'acquitter du travail. Mais l'employeur lui a dit «Ce n'est simplement pas possible», alors elle n'a pas eu l'emploi. Un changement d'attitude de la part de cet employeur lui aurait permis de participer au marché du travail.

Les parents seuls qui sont handicapées ont décrit les problèmes auxquels ils font face pour l'utilisation de transports publics, y compris les règlements qui interdisent de s'arrêter à plus d'une destination en route ou le transport de plus d'un enfant par adulte. Pour ces parents, déposer un enfant chez une gardienne signifie devoir être monté et descendu de l'autobus, puis d'attendre un second bus pour se rendre au travail. Ils sont épuisés avant même de commencer leur journée. Des changements aux règlements des services de transports publics pourraient faciliter grandement la vie aux personnes handicapées qui se rendent au travail..

Dans certains cas, nous devons changer la façon de fournir les services de soutien afin de permettre aux personnes handicapées de participer à la main d'oeuvre. Par exemple, une femme d'un groupe d'étude du CCSD a parlé de ses frustrations à obtenir de l'aide pour son hygiène personnelle. Elle vivait seule et avait besoin d'aide pour aller et sortir de la douche. Elle était impatiente de trouver un emploi et se sortir de l'assistance sociale. Après une longue attente, elle est devenue admissible aux soins à domicile subventionnés par le gouvernement, qui lui envoyaient une aide-soignante pour se baigner deux fois par semaine. Combien d'entre nous aimerait aller à une entrevue de travail après ne pas avoir pris de douche depuis trois ou quatre jours?

La recherche et les anecdotes personnelles montrent clairement qu'il y a un grand potentiel inutilisé parmi les personnes handicapées et que celles-ci ont un immense désir de travailler et de contribuer à la société. À tous les employeurs, syndicats, gérants et collègues, notre défi aujourd'hui est d'assurer qu'il y ait des installations adéquates pour les personnes handicapées – sur le milieu de travail, pour se rendre au travail et à domicile pour se préparer au travail.


Gail Fawcett est conseillère de recherche au CCDS et auteure de Vivre avec une incapacité au Canada : un portrait économique, publié par le Bureau de la condition des personnes handicapées, Développement des ressources humaines Canada, 1997. Elle a récemment animé des groupes d'études dans le cadre d'un projet de recherche du CCDS financé par la Fondation Trillium visant à mieux comprendre les obstacles qui empêchent les femmes handicapées de participer à la main d'oeuvre.


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