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Une bonne année vient couronner une décennie perdue : analyse préliminaire du CCDS sur les tendances du revenu au Canada jusqu’en 1999

 

Introduction

Le 6 novembre, Statistique Canada a publié ses données statistiques sur les revenus des ménages en 1999, basés d’après l’Enquête sur la dynamique du travail et du revenu, en portant surtout l’attention sur les changements dans le revenu familial avant et après impôt, la proportion des revenus de travail, des transferts et des impôts dans le revenu familial, les tendances de la répartition du revenu entre familles et les tendances du faible revenu. (pour des données plus approfondies, veuillez consulter le Cat. 75-202-XIF, Le revenu au Canada, 1999 de Statistique Canada).

Cet exposé a pour but de fournir un aperçu initial des principaux changements, avec un intérêt particulier sur les tendances de l’inégalité du revenu et de pauvreté. (Bien que Statistique Canada souligne que ses seuils de faible revenu – SFR - ne sont pas des mesures officielles de la pauvreté, le CCDS, comme plusieurs autres utilisateurs, considère que les personnes et les familles qui tombent sous le SFR sont pauvres, en ce sens qu’elles s’en sortent beaucoup plus mal que la moyenne et vivent dans des conditions précaires).

Nous avons examiné les changements de 1998 à 1999 et de 1989 à 1999 – toute une décennie de récession et de relance économique.

Dans l’ensemble, la période de 1989 à 1999 ressort comme une décennie perdue en ce qui est du progrès social des Canadiens. L’inégalité du revenu a augmenté, surtout en ce qui concerne la répartition du revenu du marché, c’est-à-dire le revenu avant de tenir compte de l’effet de l’impôt sur le revenu et des transferts gouvernementaux. La pauvreté s’est accrue puis a baissé pendant cette période, mais dans l’ensemble il n’y a eu de peu ou pas de progrès. La pauvreté chez les enfants a augmenté, même si les années 1990 devaient représenter la décennie pendant laquelle la pauvreté infantile aurait dû être éliminée.

Changements majeurs de 1998 à 1999

Revenu du marché

À l’instar de 1997 et 1998, 1999 a été une année de forte reprise économique et de croissance de l’emploi. Le produit intérieur brut (PIB), ajusté au taux d’inflation, s’est accru de 4,1% et le nombre d’emplois à plein temps au Canada a augmenté de 3,3%. De façon quelque peu surprenante, le revenu moyen du marché, ajusté à l’inflation, pour les familles de deux personnes ou plus n’a augmenté que d’un taux beaucoup plus modeste de 1,4% pour passer à 56 999 $. (Le revenu du marché est principalement composé de revenus de travail et de revenus de placements). Le nombre de bons emplois a augmenté, mais les salaires moyens semblent avoir augmenté beaucoup plus timidement.

La plupart des familles ont vu une augmentation de leur revenu de marché, à l’exception, à premier abord, des familles de mères monoparentales, dont le revenu moyen de marché a en fait diminué. Cependant, le revenu médian de ces familles, soit le revenu de marché d’une famille au point moyen précis de la répartition du revenu, a augmenté de près de 2 000 $, passant de 12 791 $ à 14 771 $. Ce qui suggère que plusieurs mères monoparentales qui n’avaient pas eu auparavant de revenus de travail ont vu quelques gains même si l’ensemble de leurs revenus de travail restaient très modestes.

Transferts gouvernementaux

La moyenne des transferts gouvernementaux aux familles a chuté de 3,3% de 1998 à 1999. Cela reflète probablement les conséquences positives d’un taux plus élevé d’emploi, et donc moins de travailleurs sans emploi réclamant des prestations d’a-e ou d’assistance sociale. Cependant, les prestations d’assistance sociale ont aussi probablement diminué en raison des modifications aux critères d’admissibilité et à cause de l’inflation. Les transferts aux familles avec enfants ont baissé un peu moins que la moyenne, reflétant quelques légères améliorations aux prestations pour enfants.

Impôt sur le revenu

En moyenne, les familles ont payé 2,8% de moins en impôt sur le revenu en 1999 par rapport à 1998, et le taux moyen d’impôt pour les familles a baissé de 20,1% à 19,3%. Les familles et personnes sur toute l’échelle des revenus ont bénéficié des coupures fiscales, en ayant à moins payer, bien que ceci ne tienne pas compte des autres coupures de transferts et de services publics nécessaires pour financer ces coupures fiscales. Les épargnes réalisées étaient plus importantes pour ceux qui avaient des revenus plus élevés. Que ce soit pour le quintile du bas ou le quintile du haut des familles, le taux d’impôt sur le revenu a baissé de 0,8 points de pourcentage. Ce qui a représenté des épargnes de 1 201 $ pour les 20% du haut, par rapport à 103 $ pour les 20% des familles du bas de l’échelle.

Revenu après impôt et transferts

Tant le revenu moyen que le revenu médian après impôt et transferts ont augmenté pour presque tous les types de familles de 1998 à 1999, à l’exception des familles de mères monoparentales. Leur revenu médian n’a seulement augmenté que de 105 $. Le revenu médian des familles biparentales n’a aussi étonnamment augmenté que très peu, de 271 $ soit juste 0,5% pour passer à 52 018 $.

Inégalité du revenu

Le tableau 1 montre la portion des revenus du marché et du revenu après impôt et transferts pour chaque quintile des familles économiques et des personnes seules, en 1989, 1998 et 1999. (Chaque quintile représente 20% de la population, allant du quintile le plus haut au plus bas).

L’année 1989 était l’année de pointe avant la récession des années 1990, et 1999 représente l’année la plus récente de forte reprise économique pour laquelle nous avons des données statistiques. Le changement de 1989 à 1999 est donc révélateur de la tendance à long terme, ou structurelle.

Veuillez noter que les tableaux français seront affichés sous peu.
Tableau 1 : Répartition des revenus du marché et après impôt, par quintile, Canada, 1989, 1998, & 1999
Portions des revenus du marché 198919981999
Familles économiques, 2 personnes ou plus    
Quintile du bas 3,8%3,1%3,5%
Deuxième quintile 11,5%10,0%10,2%
Quintile du milieu 17,9%17,0%17,1%
Quatrième quintile 24,9%24,8%24,9%
Quintile du haut 41,9%45,2%44,4%
Ratio du plus haut au plus bas 11,0%14,6%12,7%
 
Personnes seules    
Lowest quintile2.8%2.7%2.6%
Second quintile5.7%4.7%4.6%
Middle quintile14.8%12.6%12.5%
Fourth quintile27.2%26.1%25.6%
Highest quintile49.5%54.0%54.7%
Ratio Highest/Lowest17.7%20.0%21.0%
 
After-tax Income Shares198919981999
Economic families, 2 persons or more   
Lowest quintile7.6%7.2%7.4%
Second quintile13.6%12.8%12.9%
Middle quintile18.2%17.7%17.7%
Fourth quintile23.6%23.6%23.6%
Highest quintile37.0%38.7%38.3%
Ratio Highest/Lowest4.9%5.4%5.2%
 
Unattached individuals   
Lowest quintile6.9%6.0%5.8%
Second quintile12.2%12.0%11.8%
Middle quintile16.9%16.6%16.4%
Fourth quintile24.6%24.2%24.0%
Highest quintile39.4%41.1%41.9%
Ratio Highest/Lowest5.7%6.9%7.2%
Source: Statistics Canada, Income in Canada, 1998 and 1999.

Comme on le constate, la portion du revenu du marché du quintile du haut, tant pour les familles que les personnes seules, a grimpé en flèche de 1989 à 1999, surout après 1994, tandis que la portion du quintile du bas a légèrement baissé. Le ratio du revenu du marché du quintile du haut des familles par rapport au quintile du bas s’est élargi de 11,0 pour 1 en 1989 à 12,7 pour 1 en 1999. Autrement dit, en 1999 le quintile des 20% du haut avaient des revenus de travail et de placements de 12,70 $ pour chaque dollar de revenus de travail et de placements du quintile des 20% du bas, une hausse par rapport à 11,00 $ en 1989.

Ceci dit, contrairement à 1998, la portion du revenu du marché du quintile du haut des familles (mais pas des personnes seules) a baissé dans l’année la plus récente disponible. Quand on examine la décennie dans son ensemble, le marché a provoqué une plus grande inégalité et des écarts plus importants entre les familles et les individus. Mais sur une note plus positive, la tendance à une inégalité sans cesse croissante a changé dans l’année la plus récente. L’explication la plus plausible, à mesure que la reprise économique se poursuit, est que la plupart des personnes avec un emploi précaire ont fini par trouver un emploi régulier, et que les travailleurs à revenu moyen sont passés dans des emplois mieux rémunérés et plus sûrs.

Le tableau 1 montre aussi la portion des revenus après impôt et transferts allant à chaque quintile, pour les familles et les personnes seules. Cela représente le seuil final de la répartition des revenus, le résultat des mesures fiscales et de dépenses du gouvernement qui remodèle la répartition initiale des revenus de travail et de placements.

Comme on peut le voir, la portion de revenus après impôt du quintile des 20% du haut des familles a baissé légèrement de 1998 à 1999. Les familles du quatrième quintile et de celui du milieu n’ont vu aucun changement à leur portion de revenus après impôt de 1998 à 1999, tandis que ceux du quintile du bas et du deuxième quintile ont vu une légère hausse. Cependant, sur l’ensemble de la période de 1989 à 1999, la portion de revenus après impôt des 20% du haut s’est accrue de 37,0% à 38,3% aux dépens des 60% du bas de l’échelle.

Il est intéressant de spéculer sur les chiffres de 2000. L’année 2000 a marqué une forte croissance économique et d’emplois, mais pourrait bien être considérée comme la dernière année de la reprise économique qui s’était amorcée en 1993. Il semble peu probable que l’augmentation de l’inégalité du revenu du marché des années 1990 puisse être inversé.

Il est pourtant encore possible qu’il n’y aura pas eu de tendance à long terme d’inégalité accrue dans la répartition des revenus après impôt et transferts parmi toutes les familles canadiennes sur une longue période de récession et de reprise économique. Si c’est le cas, ce sera parce les avantages de la croissance d’emplois pendant la reprise auront fini par l’emporter sur les coupures de transferts gouvernementaux aux familles à faible revenu. (L’analyse des changements dans la répartition des revenus doit aussi tenir compte de nombreux autres facteurs, dont le changement de la composition des familles).

La pauvreté

Le tableau 2 montre le taux général de pauvreté au Canada en 1989, 1998 et 1999, tel que mesuré selon les SFR avant et après impôt. (Dans les deux cas, les familles et les personnes vivant sous le SFR dépensent un bien plus grand pourcentage que la moyenne pour les trois besoins essentiels de nourriture, logement et vêtements).

Veuillez noter que les tableaux français seront affichés sous peu.
Table 2: Poverty Rates in Canada
Pre- and Post-tax LICOs, 1989, 1998 and 1999
Pre-tax LICO198919981999
All persons14.0%16.8%16.2%
Under age 1815.2%19.0%18.5%
Aged 18 to 649.0%15.5%15.0%
Aged 65+18.9%19.6%17.7%
    
Post-tax LICO198919981999
All persons10.2%12.1%11.8%
Under age 1811.8%13.9%13.7%
Aged 18 to 647.0%12.1%11.8%
Aged 65+9.1%8.7%8.2%
Source: Statistics Canada, Income in Canada, 1999.

Quelle que soit l’exacte mesure utilisée, le taux de pauvreté pour toutes les personnes a diminué de 1998 à 1999. Ce qui n’est pas étonnant étant donné la force de la reprise en 1999. Ce qui est plus décevant, c’est que le taux de pauvreté parmi tous les Canadiens, à l’exception des personnes âgées, est encore beaucoup plus élevé qu’en 1989, la pointe du dernier cycle économique.

Le tableau 3 fournit davantage de détails sur la pauvreté chez les enfants. On remarque les mêmes caractéristiques. La pauvreté infantile a légèrement baissé de 1998 à 1999, mais demeure plus élevée qu’elle ne l’était en 1989, l’année où la Chambre des communes s’était engagée à éliminer la pauvreté chez les enfants au Canada.

Veuillez noter que les tableaux français seront affichés sous peu.
Table 3: Rate of Child Poverty in Canada by Family Type
Pre- and Post-tax LICOs, 1989, 1998 and 1999
Pre-tax LICO198919981999
All children15.2%19.0%18.5%
in two-parent families9.6%12.3%12.1%
in lone-parent families57.5%56.0%55.8%
 
Post-tax LICO198919981999
All children11.8%13.9%13.7%
in two-parent families7.0%8.5%8.3%
in lone-parent families48.0%43.6%45.1%
Source: Statistics Canada, Income in Canada, 1999.

En examinant les taux de pauvreté des ménages au tableau 4, on voit que les taux ont baissé pour les familles de 1998 à 1999, ainsi que pour les personnes seules. Dans les deux cas, les taux de pauvreté en 1999 étaient plus élevés que ceux enregistrés en 1989. En examinant au-delà des chiffres cumulés, on remarque que les familles biparentales ont vu peu de changement de 1998 à 1999, mais ont perdu du terrain du point de vue économique au cours de la décennie.

Au contraire, les familles de personnes âgées et les familles monoparentales ont vu une amélioration. Le taux de pauvreté des familles monoparentales a baissé de 1989 à 1999, de 49,0% à 46,4% selon le SFR avant impôt, et s’est nettement amélioré depuis sa hausse du milieu de la décennie en 1993. Toutefois, le taux de pauvreté des familles monoparentales demeure trop élevé, de façon inacceptable.

Ce tableau montre aussi la profondeur de la pauvreté par type de famille, c’est-à-dire l’écart entre le seuil de pauvreté et le revenu moyen des familles ou des personnes vivant sous ce seuil. La profondeur de la pauvreté pour toutes les familles et pour les personnes seules s’est accrue de 1989 à 1999, surtout pour les personnes seules et les couples mariés non-âgés. Cependant, on a vu une certaine réduction de la profondeur de la pauvreté chez les familles avec enfants. De 1998 à 1999, on a enregistré les principaux gains pour les familles biparentales et monoparentales.

Veuillez noter que les tableaux français seront affichés sous peu.
Table 4: Incidence and Depth of Poverty in Canada, by Family Type
Pre- and Post-tax LICOs, 1989, 1998 and 1999
 Incidence (%)Depth (1999 $)
Pre-tax LICO198919981999198919981999
All economic families11.1%13.0%12.2%$7,783$8,241$8,089
Elderly families10.1%9.6%6.9%$3,811$4,405$3,981
Non-elderly married couples7.2%8.3%8.6%$6,816$7,025$7,515
Two-parent families8.6%10.7%10.4%$8,975$9,044$8,712
Lone-parent families49.0%47.8%46.4%$8,715$8,878$8,480
Unattached individuals37.0%39.2%38.9%$5,782$6,212$6,352
 
 Incidence (%)Depth (1999 $)
Post-tax LICO198919981999198919981999
All economic families7.7%8.9%8.6%$6,058$6,690$6,262
Elderly families3.6%3.5%2.2%$3,950$5,053$4,097
Non-elderly married couples5.0%5.5%6.1%$5,112$5,972$6,288
Two-parent families6.3%7.4%7.3%$7,050$7,333$6,904
Lone-parent families39.5%36.7%36.9%$5,772$6,268$5,569
Unattached individuals27.8%30.1%29.9%$4,544$6,934$6,548
Source: Statistics Canada, Income in Canada, 1999

Conclusion

Les gains positifs du revenu en 1999 sont appréciés. Il semblerait que l’économie a rehaussé le niveau de vie de beaucoup plus de familles en 1999 qu’en 1997 et 1998. Mais il est aussi évident que les taux de pauvreté ne vont probablement pas retourner aux taux d’avant la récession. Et les chiffres sur le nombre de personnes vivant dans la pauvreté même en période de pleine relance, soit une estimation d’une personne sur quatre au Canada pendant la période de 1993 à 1998, servent d’avertissement important. L’inégalité économique continue de poser une menace significative au bien-être d’un très grand nombre de Canadiens.

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