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La pauvreté dans les agglomérations urbaines du Québec

 

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Annexe 30 - Remarques sur la mesure du SFR

Lorsqu’il s’agit de mesurer la pauvreté, il faut reconnaître d’emblée qu’il n’y a pas une façon unique et objective de réaliser un tel objectif. Toutes tentatives visant à mesurer ce phénomène sont nécessairement partielles et subjectives; elles sont basées sur les habitudes de vie, ainsi que les opinions et préjugés qui prévalent dans une société à une époque donnée. La meilleure preuve en est la vaste disparité existant entre les mesures de pauvreté offertes par différents organismes au Canada.

Le CCDS, pour sa part, utilise le Seuil de faible revenu (SFR) comme indicateur de pauvreté non pas parce qu’il est parfait mais parce qu’il constitue la moins pire des alternatives disponibles. À notre avis, c’est le seul seuil qui passe trois tests importants de validité :

  1. Contrairement aux autres mesures de pauvreté, le SFR a le mérite de posséder une méthodologie objective basée sur les habitudes de consommation réelles de la moyenne des Canadiens, et leur évolution dans le temps. Le SFR est établi à partir du pourcentage du revenu dépensé par la moyenne des Canadiens sur les biens dits essentiels (logement, vêtements, nourriture), auquel Statistique Canada ajoute 20% (un pourcentage bien arbitraire, notons-le au passage). La méthode, si elle a le désavantage de ne pas être transparente, permet cependant d’ajuster le niveau du seuil aux habitudes réelles de consommation des Canadiens et à leur évolution dans le temps.
  2. Un deuxième test de validité d’un indicateur est celui de sa résonance avec les principaux intéressés, c’est-à-dire monsieur et madame tout-le-monde. Le seuil défini correspond-il à ce que les Québécois conçoivent comme étant le strict minimum pour assumer leurs besoins essentiels? Il va s’en dire que si les seuils identifiés par Statistique Canada étaient constamment au-delà du seuil subjectif moyen, il y aurait lieu de remettre en question la méthodologie du SFR. Or, lorsqu’il est interrogé sur la question par des firmes de sondages privées, le public donne généralement des seuils qui correspondent presque parfaitement aux SFR (Graphique 1).

    Des sondages réalisés par Statistique Canada ont relevé essentiellement la même chose. En fait, dans leur analyse des résultats de ces sondages, des chercheurs de Statistique Canada ont trouvé que les réponses aux sondages donnaient des montants nettement supérieurs aux seuils de faible revenu pour les personnes seules et les familles de petite taille, mais que les montants avaient tendance à converger pour les familles plus grandes.

    Plus récemment, le CCDS a lui-même procédé à un sondage sur le sujet, et a également soumis la détermination d’un seuil de pauvreté aux discussions de groupes-témoins. Ces exercices ont généré un seuil d’à peu près 35 000 $ pour une famille de quatre personnes vivant à Montréal, ce qui est un peu plus élevé que le seuil de faible revenu de Statistique Canada. C’est donc dire que loin d’être exagéré aux yeux du public, les SFR correspondent en gros à l’idée qu’il se fait du seuil de pauvreté.

     

  3. Finalement, un autre test de validité est celui des impacts sociaux liés au seuil. Alors qu’il est généralement reconnu que l’incidence des problèmes sociaux et l’accès aux opportunités de développement personnel et social sont intimement liés au niveau des revenus, les seuils de pauvreté sont-ils associés à des fluctuations notables dans l’incidence de ces phénomènes? Une étude récente du CCDS, sur les répercussions du niveau de revenu sur les problèmes de développement des enfants et les opportunités qui leur sont ouvertes, démontre que le revenu familial pour une famille de quatre personnes joue un rôle important jusqu’à un seuil de 30 000 $ à 40 000 $, au-delà duquel les répercussions tendent à se niveler. Autrement dit, le SFR correspond à un niveau désirable de revenu familial si l’objectif poursuivi est celui du nivellement des chances pour tous.

L’utilisation du seuil de faible revenu de Statistique Canada comme mesure de pauvreté a souvent été remise en question sur la base des trois critiques suivantes : l’effet de la révision du niveau de consommation; l’utilisation du revenu brut plutôt que du revenu net (après impôt); l’absence de considération des différences régionales du coût de la vie.

La première critique s’en prend au caractère « relatif » de la mesure de faible revenu. En gros, on dit que la méthodologie utilisée fait en sorte qu’il y aura toujours des « pauvres », quel que soit le niveau de bien-être général atteint. Ceci découle en partie du fait que les seuils sont ajustés périodiquement pour refléter la part du revenu dépensée par les ménages moyens sur les biens essentiels. Pour le CCDS, le caractère relatif de la méthodologie est en fait une des forces du SFR. Il est normal que la définition de la pauvreté évolue suivant l’état de la société. Il est faux par ailleurs d’affirmer que la méthodologie utilisée générera toujours plus de pauvres. Les progrès notables enregistrés dans la lutte contre la pauvreté chez les aîné(e)s depuis trente ans en font d’ailleurs la preuve.

Au-delà de ces considérations, il faut se garder d’accorder une importance indue au fameux «seuil». Si le pourcentage de personnes sous le seuil de faible revenu est un indicateur en soi, l’écart entre le revenu de ces personnes et ce seuil est une dimension tout aussi importante du problème car elle permet d’en mesurer l’ampleur. Malheureusement, les média s’en tiennent trop souvent aux seuils. Pourtant, il va de soi qu’il est moins problématique, par exemple, d’avoir 20% de la population sous le seuil de pauvreté plutôt que 10% si, dans le premier cas, les personnes ont des revenus qui sont en moyenne de 100 $ sous le seuil au lieu de 10 000 $ dans le deuxième cas.

De même, l’accès à de nouvelles sources de données longitudinales devrait bientôt permettre de suivre le cheminement des ménages sous le seuil de faible revenu et d’examiner l’élément dynamique du problème. Il est évident que de savoir si la pauvreté est un état temporaire ou permanent permettra de mieux circonscrire l’ampleur et les solutions au problème.

Les critiques portant sur l’utilisation du revenu brut et le fait que la méthodologie ne prend pas en compte les différences interprovinciales dans le coût des biens essentiels sont justes, mais elles ne sont pas incontournables. Déjà Statistique Canada produit des SFR  après impôt. Par exemple, on sait que la proportion de personnes vivant sous le seuil de faible revenu après impôt au Québec est de 15,8%. Quant aux différences régionales, rien n’empêche, en principe, Statistique Canada de générer des SFR spécifiques à chaque région du pays. L’utilisation de seuils pan-canadiens semble davantage dérivée d’un choix politique que méthodologique. Dans la présente étude sur la pauvreté dans les agglomérations urbaines du Québec, les différences régionales dans le coût des biens essentiels existent aussi, mais elles semblent moins importantes que celles qui existent entre Montréal et Toronto ou Vancouver. De plus, ces différences font déjà l’objet d’un ajustement grâce à l’établissement de seuils différents en fonction de la taille des agglomérations étudiées.

À notre avis, une critique plus pertinente de la méthode du SFR  serait qu’elle ne tient pas compte des disparités grandissantes dans les coûts de certains services publics, comme l’éducation ou la santé, entre régions du pays. Pourtant, la provision de services publics gratuits ou à faible prix (tel celui de services de garderie à cinq dollars ou le régime d’assurance-médicament au Québec) est un paramètre important des opportunités offertes aux citoyens et aux familles. Mais dans le cadre de cette étude, le coût de l’accès à ces services est généralement le même, partout au Québec, ce qui contribue à éliminer la limitation du SFR en ce qui concerne les disparités des coûts entre services publics.

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