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Les jeunes immigrants au Canada - autres documents

LES SERVICES COMMUNAUTAIRES
RÉPONDENT-ILS AUX BESOINS DES NOUVEAUX IMMIGRANTS?

 

Même si plusieurs des participants aux groupes témoins n’étaient pas très au courant des services sociaux à leur disposition, les organismes de services et les agences communautaires jouent un rôle important dans l’adaptation des enfants, des jeunes et des familles qui immigrent au Canada. Comme il a été démontré lors d’études récentes, la plupart de ces organismes sont au courant de la diversité culturelle au sein de leur communauté et la plupart ont un mandat pour répondre aux besoins des nouveaux arrivants10. Mais la fourniture de services culturellement appropriés et l’accès aux différentes communautés culturelles représentent souvent un défi. Dans les dernières années, beaucoup d’organismes ont aussi subi des pressions pour réorganiser leurs services et réduire leurs dépenses.

Afin d’évaluer les expériences et les perceptions des fournisseurs de services, le Conseil canadien de développement social a enquêté auprès de 88 agences à travers le Canada, qui offrent des services aux enfants, aux jeunes et leur famille ayant immigré au Canada dans les cinq dernières années. L’enquête a été menée pendant l’été 1999. Les agences étaient situées dans les 13 villes canadiennes où vivent 85% de tous les enfants et les jeunes immigrants11. Parmi ces agences, il y avait des commissions scolaires (15), des centres de santé communautaires (15), des services sociaux et agences de protection de l’enfance (14), des postes de police (9), des bureaux de santé publique et des CLSC (11), des agences communautaires desservant les enfants et les familles d’immigrants (22), et d’autres agences (2)12.

Graphique 9 : Combien de vos clients sont nés hors du Canada?
Type d'organismeJusqu'à la moitiéPlus de la moitiéNe sait pas/
sans réponse
Total
Commissions scolaires141-15
Agences communautaires desservant les immigrants-21122
Centres de santé communautaires95115
Services sociaux/agences de protection de l'enfance121114
Postes de police5-49
Dépt. de santé publique/CLSC61411
Source: Conseil canadien de développement social, enquête des services pour les enfants, les jeunes et les familles immigrants, menée en 1999.

Plus d’un tiers des agences estimaient que jusqu’à 25% de leurs clients étaient nés hors du Canada. Un organisme sur cinq estimait que de 26% à 50% de leurs clients était nés à l’étranger. La taille des organismes variait de moins de 10 employés à plus de 150 employés. Près de la moitié (47%) avaient plus de 150 employés à temps plein. Presque tous les organismes avaient aussi des bénévoles – la majorité d’entre eux avaient recours à plus de 50 bénévoles actifs.

Difficultés d’accès aux services sociaux

Huit sur 10 de ces organismes disaient avoir identifié les obstacles à l’accès aux services pour les immigrants. Les trois obstacles les plus couramment cités étaient la langue, les différences culturelles et le manque de connaissance de l’existence des services chez les utilisateurs éventuels.

La langue était l’obstacle le plus couramment cité. Près de la moitié des organismes interrogés avaient estimé que jusqu’à 25% de leurs clients ne parlaient pas français ni anglais comme première langue. Une autre portion de 17% des organismes de services disaient qu’environ la moitié de leur clientèle avait comme première langue une autre langue que le français ou l’anglais. La plupart des organismes disaient que leur personnel n’avait pas les capacités linguistiques pour servir tous les clients immigrants dans leur langue maternelle, qu’il n’avaient pas d’interprètes culturels et linguistiques, ni de ressources imprimées disponibles dans toutes les langues requises.

Étant donné la diversité linguistique des immigrants récents, il ne serait pas réaliste de s’attendre à ce qu’une agence ait la capacité de fournir des services dans toutes les langues parlées par ses clients – surtout dans les grands centres urbains avec une large diversité culturelle. Même si les services d’interprétation pourraient être utiles, certaines agences ont indiqué l’absence de financement pour ce type de services. La livraison de tels services nécessiterait l’embauche d’un interprète culturel qualifié, qui serait familiarisé avec le système canadien et le pays d’origine de l’immigrant. Dans certaines villes, par exemple, un interprète culturel peut aller chercher dans les 40 $ à 45 $ de l’heure.

En plus des obstacles linguistiques, les organismes ont relevé des obstacles culturels qui empêchent les nouveaux immigrants d’avoir accès à leurs services. Ces obstacles se présentaient sous diverses formes. Le genre de services qui étaient fournis dans le pays d’origine, la façon de fonctionner de ces services, et la base de leurs valeurs et de leurs normes étaient souvent très différents de ce qui existe au Canada. C’était particulièrement vrai en ce qui concerne les services dans les domaines de l’éducation, de la protection de l’enfance et des services de police. Une étude antérieure auprès d’étudiants d’Asie du Sud-Est a montré que la plupart des étudiants, étant venus du système scolaire asiatique, qui était considéré autoritaire, avaient à présent du mal à s’adapter au système scolaire canadien, qui met l’accent sur la participation en classe. Ce genre d’incertitudes était cause de stress pour les étudiants face à leur environnement scolaire et social13.

L’enquête du CCDS auprès des fournisseurs de services a indiqué que beaucoup d’immigrants récents n’étaient pas au courant de la façon dont les services fonctionnent au Canada. Ce manque de familiarisation entraînait souvent des malentendus et même des craintes et des soupçons de la part des bénéficiaires. Comme l’a dit un fournisseur de services «Nos clients n’ont pas un système formel de protection de l’enfance qui soit comparable dans leur pays. Ils ne comprennent pas notre rôle législatif. Ils ont peur du régime de protection de l’enfance». Un autre fournisseur a écrit : «Nos clients n’ont pas confiance dans la police, car elle était très redoutée dans les pays d’où ils viennent. Ils ne comprennent pas le rôle de la police». D’autres services, comme les groupes de soutien ou de loisirs, tout simplement n’existent pas dans le pays d’origine de certains immigrants.

Les agences de services ont fréquemment remarqué que la composition de leur personnel constituait un autre obstacle pour les immigrants. Certaines agences se rendaient compte que la composition de leur personnel ne reflétait pas la diversité culturelle de leurs clients. Elles réalisaient aussi que souvent le personnel n’avait pas une très bonne compréhension des différences culturelles de leurs clients, ni de leur vie ou de leurs expériences. Même quand des immigrants viennent dans une agence, ils risquent de ne pas recevoir la qualité de services désirée à cause du manque de services dans leur langue maternelle ou d’un manque de personnel avec qui ils peuvent établir un contact. Selon un fournisseur de services «Bien qu’il y ait plusieurs services de soutien pour les immigrants dans notre communauté, il semble qu’il y a un nombre insuffisant de professionnels appartenant à divers milieux ethnoculturels et travaillant dans des domaines comme le counselling et les soins de santé. Les immigrants récents ont besoin de recevoir des services dans la langue qu’ils comprennent le mieux et ils doivent être en mesure de communiquer avec des intervenants qui comprennent leur culture».

Les fournisseurs de services ont aussi souligné que bien souvent les immigrants récents ne sont même pas au courant des services qui existent dans leur communauté.

La plupart des organismes ont fait des efforts pour faciliter l’accès

Tout en reconnaissant qu’il y a des obstacles qui entravent l’accès des immigrants aux services destinés à les aider, presque tous les organismes interrogés ont dit qu’ils avaient entrepris des mesures pour réduire ces obstacles en utilisant une série d’approches. Les plus courantes étaient des activités d’information sur le terrain à l’intention des immigrants récents. Ces activités d’information incluaient la promotion des programmes de services par l’intermédiaire des média et d’autres agences, des consultations avec les membres de la communauté pour déterminer quels étaient les besoins, et des activités de développement communautaire au travers desquelles les membres de diverses populations immigrantes pouvaient définir leurs besoins. D’autres approches comprenaient le recours à des interprètes linguistiques et culturels, la traduction des brochures de l’organisme dans la langue de la population immigrante, et l’embauche de personnel et de bénévoles parmi les divers groupes ethnoculturels desservis par l’organisme. Plusieurs organismes ont aussi signalé qu’ils avaient développé des ressources et des programmes spécifiques pour répondre à des questions particulières. Entre autres exemples, il y avait des programmes parentaux, des programmes de formation à l’emploi, des classes de français ou d’anglais en langue seconde et des célébrations d’événements culturels, le tout adapté au milieu ethnique et à la langue de ce milieu.

Des initiatives spécifiques à l’intention des immigrants

Plus des deux tiers des organismes interrogés (72%) avaient développé des initiatives spéciales pour améliorer la compréhension entre les communautés d’immigrants et les organismes sociaux desservant l’ensemble de la population. Les genres d’initiatives développées dépendaient du type d’agence de services sociaux. Tandis que les deux tiers des commissions scolaires et des centres de santé communautaires avaient mis en place ce genre de programmes, moins de la moitié des agences de services sociaux et des postes de police avaient entrepris ce genre d’initiatives.

Les agences communautaires qui fournissaient des services spécifiquement aux immigrants offraient toutes des programmes visant à aider les nouveaux arrivants à s’intégrer à la société canadienne. Certaines agences fournissaient de l’information sur les communications interculturelles, l’histoire du Canada, les services de transport, l’alimentation, l’habillement et les ressources communautaires. D’autres donnaient l’occasion aux immigrants récents de se rassembler et de parler des valeurs entre différentes sociétés, de l’intégration, du racisme et de la discrimination. Certaines agences offraient aussi des ateliers de recherche d’emploi, de la formation en emploi, de la réadaptation technique, des logements et des cours de français ou d’anglais en langue seconde. Certains organismes communautaires s’adressant à des groupes culturels spécifiques fournissaient des centres d’accueil pour les enfants et les jeunes. Ces centres avaient plusieurs objectifs, y compris la socialisation et le développement de soutiens sociaux; des activités récréatives; l’encouragement à apprendre la langue locale; et la distribution d’information sur des sujets comme la santé et les affaires sociales.

Les initiatives spécifiques qui ont été relevées par les commissions scolaires comprenaient principalement les cours de français ou d’anglais en langue seconde pour les élèves du cours primaire et secondaire et pour les adultes, ainsi que les classes de formation continue et d’éducation communautaire. Dix des 15 commissions scolaires interrogées ont indiqué qu’elles offraient ce genre de services. Les centres de santé communautaires ont déclaré qu’ils fournissaient des programmes de promotion de la santé pour les parents et les jeunes immigrants, qui comprenaient des activités comme des classes prénatales, des groupes d’éducation parentale, des cuisines communautaires, des programmes de nutrition, des centres d’accueil pour les jeunes femmes, et des groupes de soutien. Les départements de santé publique ont déclaré qu’ils avaient des services d’interprétation et des services pour les jeunes mères. Les services offerts par les centres de santé semblaient plus souvent destinés aux jeunes familles plutôt qu’aux enfants et aux jeunes.

Certains bureaux de services sociaux offraient des services dans une langue autre que le français ou l’anglais. Ces services comprenaient, entre autres, des cours sur les techniques de recherche d’emploi, des cours de français ou d’anglais en langue seconde, des techniques parentales interculturelles, et des réunions de nouveaux amis. Pour communiquer avec les immigrants dans leur communauté, certains postes de police avaient mis en place des services de liaisons avec divers groupes d’immigrants.

Formation du personnel

Plusieurs agences de services sociaux ont déclaré qu’elles avaient fait des efforts afin d’avoir un personnel mieux préparé pour servir la population immigrante. Ces efforts incluaient la formation du personnel sur la diversité culturelle, le recrutement de personnel parmi les divers milieux culturels et la mise en place d’un mécanisme pour recueillir les commentaires de leurs clients sur les services reçus.

Neuf organismes interrogés sur 10 fournissaient à leur personnel une formation sur la diversité culturelle. La moitié de ces organismes (53%) ont dit que la formation était exigée de tout le personnel, et 15% ont dit que la formation n’était obligatoire que pour certains membres du personnel. Un tiers des organismes ont dit que cette formation était facultative.

Parmi les commissions scolaires interrogées, 14 sur 15 offraient une formation en diversité culturelle au moins une fois par an. La formation comprenait des ateliers sur la lutte au racisme et la sensibilisation culturelle, ainsi que des cours de développement professionnel pour les enseignants de cours de français ou d’anglais en langue seconde. Les 15 centres de santé communautaires interrogés fournissaient tous des ateliers sur la diversité culturelle et des séminaires sur la lutte au racisme, avec certains centres qui offraient cette formation tous les trois ans, et d’autres presque tous les mois. En ce qui est des postes de police interrogés, huit sur neuf offraient une certaine formation interculturelle, bien que certains des bureaux aient déclaré avoir abandonné leur programme à cause de coupures de financement. Cinq des postes de police exigeaient que tous les nouveaux recrutés suivent cette formation dans le cadre de leur formation de base.

En plus d’accroître la sensibilisation culturelle, plusieurs organismes de services ont fait des efforts pour assurer que la composition culturelle de leur personnel reflète celle de leurs clients. Près de la moitié des organismes interrogés ont dit que certains membres de leur personnel faisaient partie des mêmes communautés ethniques que leurs clients; près de la moitié (45%) ont dit que la plupart de leur personnel était du même milieu ethnique que leurs clients; et 6% ont dit que tout leur personnel était du même milieu ethnique que leurs clients. La majorité de ces organismes communautaires offraient des services spécifiquement aux immigrants.

À l’écoute des clients

Près des deux tiers (61%) des organismes ont indiqué qu’ils recueillaient systématiquement les commentaires de leurs clients afin d’assurer l’amélioration de leurs services au fil du temps. La plupart des organismes (80%) le faisaient de façon formelle, et 20% de façon informelle. Les organismes communautaires desservant les immigrants étaient ceux qui avaient le plus tendance à demander des commentaires à leur clientèle, suivis des centres de santé communautaires et des départements de santé publique. Les bureaux de services sociaux, les postes de police et les commissions scolaires avaient le moins tendance à recueillir de façon formelle ce genre de commentaires – seulement un tiers d’entre eux le faisaient.

Le moyen le plus courant de recueillir des commentaires était de remplir des questionnaires sur la satisfaction de la clientèle, soit par téléphone soit par écrit (dans les langues appropriées), ou encore par l’intermédiaire de groupes témoins. D’autres agences de services demandaient des commentaires régulièrement et cela faisait partie de la fourniture de leurs services. Par exemple, on demandait aux enfants pris en charge de donner leurs opinions à la fin de leur placement. Une commission scolaire avait un comité sur la lutte au racisme et l’équité ethnoculturelle, composé d’enseignants et de membres de la communauté.

Graphique 10 : Nombre d'organismes qui signalent que les immigrants récents ont des besoins non comblés
Commissions scolaires11 sur 15
Agences communautaires desservant les immigrants21 sur 22
Centres de santé communautaires15 sur 15
Services sociaux / agences de protection de l'enfance9 sur 14
Postes de police3 sur 9
Dépt. de santé publique / CLSC11 sur 11
Source: Conseil canadien de développement social, enquête des services pour les enfants, les jeunes et les familles immigrants, menée en 1999.

Graphique 11 : Nombre d'organismes qui indiquent avoir des stratégies pour répondre aux besoins non combiés des immigrants
Commissions scolaires11 sur 15
Agences communautaires desservant les immigrants19 sur 22
Centres de santé communautaires10 sur 15
Services sociaux / agences de protection de l'enfance5 sur 14
Postes de police1 sur 9
Dépt. de santé publique / CLSC4 sur 11
Source: Conseil canadien de développement social, enquête des services pour les enfants, les jeunes et les familles immigrants, menée en 1999.

Défis pour répondre aux besoins des immigrants récents

Malgré ces efforts, plusieurs organismes de services se rendaient compte qu’ils ne répondaient pas à tous les besoins identifiés par les nouveaux immigrants. Plusieurs de ces organismes signalaient aussi une augmentation du nombre d’immigrants essayant d’avoir accès aux ressources communautaires. C’était spécialement le cas des agences communautaires desservant les immigrants, des centres de santé communautaires et des commissions scolaires. En même temps, plusieurs agences indiquaient une baisse de leurs ressources financières et humaines – limitant davantage leur capacité de répondre aux besoins non remplis.

Lorsque qu’on a demandé aux fournisseurs de services quels étaient les besoins qui n’étaient pas actuellement remplis chez les immigrants récents au sein de leur communauté, ils ont le plus fréquemment identifié des besoins liés aux relations familiales, aux troubles de santé mentale, à l’emploi, à la formation linguistique, des besoins essentiels de nourriture et de logement, l’accès aux soins de santé et la disponibilité d’intervenants professionnels.

Le besoin de services de soutien pour les familles et les individus, dans le domaine de la santé affective, le fonctionnement familial et les connaissances parentales, était beaucoup plus grand que les services existants pour traiter de ces questions. Les services de santé mentale et affective ont été identifiés comme des besoins critiques par les fournisseurs de services. «Il y a un besoin de services de soutien affectif. Et les services psychologiques – écouter les craintes, l’angoisse de l’adaptation, les préoccupations d’argent. Ces besoins augmentent et les services n’existent pas». «Les services de counselling individuel et familial n’existent pas dans la langue des populations immigrantes». On considérait ces besoins particulièrement importants pour les réfugiés qui s’étaient enfuis de situations pénibles dans leur pays d’origine. «Il n’y a pour ainsi dire pas de services pour les enfants et les jeunes qui font une névrose post-traumatique après avoir fui une guerre civile». «Il y a un besoin de soutien, culturellement et linguistiquement approprié, aux familles dont les enfants sont en détresse».

Le soutien dans le rôle parental a aussi été identifié comme un besoin non rempli. Les besoins de formation parentale, d’apprendre comment élever un enfant et ce qui constitue une discipline acceptable au Canada, et l’aide pour communiquer avec le système scolaire, constituent des secteurs de services nécessaires mais absents qui ont été identifiés par les fournisseurs de services. «Il y a un accès insuffisant à l’information en ce qui a trait aux méthodes parentales au Canada, au système de protection de l’enfance, et au rôle et services fournis par les agences de protection de l’enfance». Ces besoins qui ne sont pas remplis s’expriment souvent sous forme de conflit entre générations. «L’intégration sociale des immigrants dans la population générale – c’est un problème considérable pour les enfants et les adolescents qui s’assimilent dans la société, mais pas leurs parents». «Ils y a des questions sociales relatives aux étudiants dans leur communauté. Ils sont pris au piège entre les traditions à la maison et la diversité dans la communauté». «Il y a un besoin de programmes de soutien familial, comme des programmes parentaux, sur les différences culturelles et le conflit entre générations».

Une autre question importante relevée par les fournisseurs de services était d’aider les nouveaux immigrants à trouver un emploi. «Il existe un besoin d’accès à un emploi valable et à des compétences en demande sur le marché». Les fournisseurs de services ont souligné que cela représentait plus que de simplement trouver un emploi. L’acceptation des diplômes, des références, de la formation et de l’expérience venant de l’étranger en est une composante importante. «La reconnaissance de leur éducation antérieure, de la certification de leur profession, et l’obtention d’équivalences académiques constituent des obstacles majeurs». «Le besoin de formation en emploi augmente». Les problèmes d’emploi étaient reconnus comme des problèmes courants parmi les immigrants parents de jeunes enfants et parmi les jeunes. «L’emploi des jeunes est un besoin croissant, à cause du manque de ressources et du manque d’expérience canadienne».

Les fournisseurs de services ont identifié l’accès à la formation linguistique comme un autre besoin crucial qui n’était pas rempli. Comme il y a davantage d’immigrants dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais, la demande de cours de français et d’anglais en langue seconde a augmenté. Ces cours jouent un rôle clé pour permettre aux étudiants immigrants de participer pleinement aux classes à l’école, pourtant le financement pour ces programmes n’a augmenté que très peu au cours des dernières années. «Les programmes de français ou d’anglais en langue seconde pour les enfants et les jeunes ont diminué, alors que les besoins se sont accrus». «On a mis une limite à ce type de cours dans les écoles. Pour conserver l’instruction de base, on voit une déprofessionalisation de l’enseignement».

On considérait aussi comme un problème important l’accès aux services de santé adéquats pour les immigrants. Les problèmes s’étalaient du manque de connaissance des services existants, à la compréhension limitée de ces services, et l’impossibilité d’avoir accès à des services culturellement et linguistiquement adaptés. «L’accès aux soins médicaux est un problème». «Il y a un manque d’information et d’éducation sur le système canadien des soins et des services de santé». «Il y a un besoin d’information sur la prévention et la promotion de la santé, par exemple en ce qui concerne les tests pour le cancer du cervix».

Un certain nombre de fournisseurs de services ont souligné que les immigrants récents se débattent avec des besoins humains essentiels – avoir un revenu suffisant, de la nourriture et un logement.

Les fournisseurs de services ont fréquemment signalé qu’il n’y avait pas assez de professionnels appropriés pour s’occuper de la population des immigrants récents, surtout à cause du petit nombre de professionnels provenant de divers milieux ethnoculturels qui travaillent dans des domaines comme le counselling et la santé. «Les immigrants récents ont besoin de recevoir des services dans la langue qu’ils comprennent le mieux et ils doivent être en mesure de communiquer avec des intervenants qui comprennent leur culture».

Stratégies pour répondre aux besoins non comblés

Près des deux tiers des organismes interrogés (60%) ont dit qu’ils avaient développé des stratégies pour répondre à ces besoins non comblés.

La stratégie la plus courante était de former un partenariat entre divers fournisseurs de services et organismes communautaires. Certains centres de santé communautaires, par exemple, ont dit qu’ils avaient formé des partenariats avec d’autres fournisseurs de services . Les commissions scolaires ont dit qu’elles allaient maintenir et renforcer leurs partenariats avec les centres multiculturels et les services d’installation des immigrants. Certains organismes ont aussi indiqué qu’ils faisaient pression auprès du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux pour obtenir davantage de financement. «Nous développons des partenariats avec le gouvernement fédéral et les provinces, les fondations et d’autres agences en ce qui a trait aux programmes multiculturels afin d’améliorer les services culturellement appropriés». «Par le biais de notre coalition locale, les organismes desservant les immigrants développent des programmes». Une autre stratégie consistait à chercher des fonds supplémentaires. «Nous faisons pression auprès du gouvernement provincial pour rajuster le système de financement». «Nous cherchons des fonds pour une importante initiative communautaire visant à accroître les choix et les possibilités pour les enfants et les jeunes immigrants». «Nous continuons à envoyer des demandes de financement de projet».

Manque de ressources

Même si la plupart des organismes interrogés désiraient répondre aux besoins des nouveaux immigrants, 87% ont dit qu’ils n’avaient pas les ressources suffisantes pour servir ce groupe. Ils avaient à la fois un manque de ressources financières et de ressources humaines, comme en témoignent les réponses suivantes.

«Nous n’avons pas assez d’employés en liaison multiculturelle pour certains des principaux groupes ethniques. Nous n’avons pas assez d’argent pour financer l’étendue de la coopération entre organismes qui est nécessaire».

«Nous manquons de professionnels qualifiés qui représentent les divers milieux des gens dans la communauté dans tous les domaines liés aux soutiens éducatifs».

«Nous manquons de personnel clinicien qui parle d’autres langues – les infirmières et les docteurs avec des diplômes de l’étranger ont d’énormes obstacles pour pouvoir pratiquer ici».

«La charge de travail du personnel leur laisse peu ou pas de temps pour communiquer avec les communautés ethniques afin de fournir des renseignements aux parents et aux jeunes».

«Les besoins de classes de français en langue seconde semblent augmenter dans notre région. Chaque année il y a de l’incertitude quant au financement de ce service».

«Typiquement, les services aux immigrants sont mal financés et ne sont pas une priorité pour aucun des trois niveaux de gouvernement».

«Les services nécessaires sont les services ‘d’installation’, mais nous sommes un centre général de ressources communautaires, pas spécialisé comme ‘agence de mutation’ et par conséquent, nous n’avons pas accès aux fonds nécessaires».

«Pas d’augmentations de salaires, d’avantages sociaux, de sécurité d’emploi ou de régimes de retraite».

Dans le domaine des ressources financières et humaines, près de la moitié (46%) des organismes interrogés ont dit que leurs ressources financières avaient diminué et plus d’un tiers (35%) ont dit qu’ils avaient subi une baisse en ressources humaines au cours des cinq dernières années.

Les commissions scolaires et les postes de police se sont sentis particulièrement touchés par les coupures en matière de ressources financières et humaines. Sur les 15 commissions scolaires interrogées, 10 ont déclaré avoir diminué leurs ressources humaines et 11 ont déclaré une baisse de leurs ressources financières au cours des cinq dernières années. Dans une étude sur la lutte au racisme, on a trouvé qu’en période de manque de personnel, la formation sur la diversité culturelle était souvent mise de côté par les organismes tels les commissions scolaires. Par exemple, s’il y avait un poste vacant pour un responsable en diversité culturelle dans une commission scolaire et que les finances étaient serrées, ce poste n’était pas toujours occupé immédiatement14.

Les deux tiers des postes de police interrogés ont aussi signalé qu’ils avaient subi une baisse de ressources financières au cours des cinq dernières années. Certains postes de police ont aussi déclaré qu’ils n’étaient pas en mesure d’envoyer assez de personnel dans la communauté, de payer une formation pour suffisamment de leur personnel, ou de recruter assez de personnel parmi les communautés ethniques.

Trois fournisseurs de services ont résumé la complexité de ces questions multiples :

«Les immigrants nouveaux ou récents ont des besoins spéciaux pour s’installer et ils font face à des obstacles supplémentaires à cause du manque de services et d’information disponibles dans leur langue maternelle. L’immigration dans une nouvelle société peut représenter une transition difficile pour les jeunes parents et ceux en charge d’une famille, surtout les femmes. Elles ont souvent du mal à s’en sortir en tant que chefs de famille, en essayant de fournir à leurs enfants le soutien émotionnel, financier et psychologique adéquat, d’habitude sans l’aide de la famille élargie qu’elles avaient dans leur pays».

«Beaucoup de familles émigrant au Canada ont de multiples problèmes qui constituent des obstacles à leur objectif de s’adapter à une nouvelle culture. Pour cela il faut des facteurs psychosociaux stables».

«Il n’y a pas de services pour les familles et les enfants. Les gouvernements ignorent aussi que certains immigrants peuvent avoir des besoins spéciaux dans les domaines de la santé, du logement, du rôle parental, de la vie familiale, des compétences pour une vie autonome et des questions d’intégration à long terme».

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