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Les jeunes immigrants au Canada - autres documents

Préface

The GAP


(article sur le conflit des générations)
par Sharmila Biswas

«N’oublies jamais d’où tu viens» ainsi commençait presque tous les sermons dans la maison des Biswas – une phrase que je ne connais que trop bien et à laquelle je répondais avec ironie : «Papa – coucou – je suis de Winnipeg». En toute honnêteté, cependant, je n’étais pas toujours réellement convaincue. Je savais que mes parents voulaient que ma soeur et moi guardions nos racines d’Inde, mais pour moi, mon patrimoine c’était aussi le Canada – qui après tout était mon pays de naissance.

Comme plusieurs Canadiens de première génération, en tant qu’enfant de parents immigrants, je me sentais prise au piège : forcée de choisir entre l’adoption de la culture de la société canadienne dominante ou les valeurs et traditions de mes parents. Après m’être débattue avec ce problème pendant des années, je crois que j’ai atteint un certain équilibre, mais le conflit entre générations est une réalité quotidienne qui pour beaucoup de personnes peut être une source d’aliénation.

Sunita Das* est arrivée à Winnipeg en provenance d’Inde avec sa famille en 1977. Elle avait cinq ans à l’époque. Aujourd’hui, elle est dentiste à Toronto, et bien qu’elle ait profité de plusieurs des mêmes libertés que les autres, les questions de fréquentations amoureuses et de copains sont encore des sujets tabous chez ses parents. «Mes parents ont quitté l’Inde il y a presque 25 ans et leurs valeurs de là-bas sont restées intactes. Mais même en Inde, les valeurs ont évolué depuis ce temps-là», dit Das.

Les décisions sur les fréquentations, le choix de carrière, l’éducation et le mariage sont d’habitude des décisions individuelles en Occident. Cependant, dans plusieurs cultures orientales – en Chine et en Asie du Sud, en particulier – les parents font ces décisions vitales pour leurs enfants. Par conséquent, plusieurs parents immigrants trouvent la culture occidentale trop libérale et ne peuvent pas comprendre – et trouvent que c’est un manque total de respect – que leurs enfants remettent en question ou refusent leurs décisions. Certains jeunes fréquentent leurs petits amis dans le dos de leurs parents, dit Das. «On ne le fait pas pour offenser ses parents, et on sait qu’on ne fait rien de mal. Mais on sait aussi qu’ils ne comprendront jamais».

Des manières différentes de penser, le besoin continu de remettre l’autorité en question, l’ouverture aux sujets tabous (comme le sexe) et le besoin de devenir indépendant sont tous des facteurs qui contribuent au conflit entre générations. Sima Komeilinejad, une éducatrice à CultureLink, une agence de services pour l’établissement des nouveaux arrivants à Toronto, s’occupe de ce genre de problèmes en particulier.

La différence dans le degré d’acculturation peut créer des problèmes au sein des familles, dit Komeilinejad. Tandis que cela prend aux enfants environ un an pour être à l’aise et intégré à la vie canadienne, cela peut prendre trois ans ou plus à leurs parents, ce qui ne fait qu’élargir le conflit et exacerber l’aliénation. «Ce qui ne veut pas dire que ce sont de mauvais parents», insiste Komeilinejad, «ils ont juste besoin de temps pour s’adapter».

Bien qu’ils aient envie d’être intégrés à la société canadienne, les enfants d’immigrants se trouvent quand même confrontés à des problèmes liés à une faible estime de soi, au racisme, à l’isolement, au fait de ne pas avoir le sentiment d’appartenance et parfois de langue. Le manque de soutien à la maison aggrave ces problèmes, et parfois entraîne une attitude et un comportement aggressifs ou dépressifs. Pourtant les parents se sentent souvent accablés et isolés eux-mêmes. Leurs cultures du «vieux monde» placent souvent les besoins individuels et l’autonomie en fins des priorités; les besoins et les demandes de la famille passent d’abord et on considère infaillible l’autorité parentale. Les parents ont le défi supplémentaire d’essayer de s’établir économiquement et socialement dans un nouveau pays, tout en conservant leur autorité traditionnelle sur la famille.

«Je sentais que je ne pouvais m’identifier avec mes propres enfants», dit Natalie Perez*, qui est arrivée au Canada dans les années 1970 comme réfugiée du Chili. Avec 15 $ en poche, elle a commencé une nouvelle vie, pour elle et ses deux filles, mais «j’avais un sentiment d’impuissance». Élever ses enfants au Canada «c’était comme d’aller dans une cuisine inconnue et quelqu’un vous dit de préparer quelque chose, mais vous ne savez où rien se trouve. Et on vous laisse vous débrouiller seule».

Elsie Lam, une Sino-canadienne, a immigré au Canada en 1988 de Hong Kong à l’âge de 12 ans. Son plus gros obstacle, dit-elle, était d’essayer de garder le contrôle sur son choix de carrière. «Ma mère voulait que j’aie une profession ‘acceptable’, comme pharmacienne, mais j’avais la passion de l’art» dit-elle. Après que Lam ait passé une année misérable à essayer de remplir les désirs de sa mère, celle-ci s’est rendue compte à quel point sa fille était déprimée et n’avait aucun atout pour une carrière pharmaceutique. Elle lui a éventuellement donné son soutien pour devenir graphiste.

La compétence en anglais ou en français et l’accès à l’information sont aussi deux facteurs qui affectent beaucoup de parents immigrants. «Le statut de parent est en général dégradé quand votre enfant de 11 ans doit traduire pour vous» dit Komeilinejad. Selon le rapport Enhancing Intergenerational Communication for Healthier Communities, produit en 1999 par le Sexuality Education Resource Centre (SERC) à Winnipeg, «quand les parents ont moins de connaissances en anglais que leurs enfants, ils se sentent encore plus menacés et pas à la hauteur de faire face aux défis parentaux». Leurs incertitudes sont multipliées du fait qu’ils ne connaissent souvent rien à la culture canadienne, ce qui embarrasse fréquemment leurs enfants, dit-elle.

Avec sa base de connaissances et son intérêt dans les programmes pour les jeunes, Komeilinejad dit «c’est impossible d’aider les étudiants avec des conflits entre générations sans la participation des parents. Je mets la plus grande partie de la faute sur les parents – ils sont d’habitude responsables à 99% des conflits entre générations». Elle dit que les parents doivent être plus compréhensifs, ils doivent faire confiance aux aptitudes de leurs enfants et apprendre à écouter avant d’interdire par impulsion.

Même si ça n’a pas toujours été le cas, aujourd’hui je me considère comme une réussite d’acculturation, surtout parce que j’ai des parents ouverts, compréhensifs et une soeur aînée qui a défoncé quelques portes pour moi. Mais cela a été une route longue et difficile. Cela a ses avantages d’être une Canadienne de première génération : j’ai eu la chance d’avoir le meilleur des deux mondes. Je fais encore face à de nouveaux défis tous les jours, mais le vrai succès a été possible en bâtissant des fondations solides – et pour moi, ça a commencé à la maison.

* Les noms de famille ont été modifiés.

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