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Les jeunes immigrants au Canada - autres documents

DANS LEURS PROPRES MOTS

 

Les sections I et II ont présenté un profil statistique des jeunes immigrants au Canada, donnant ainsi au lecteur une idée de qui ils sont, d’où ils sont venus et de certaines de leurs habitudes de mode de vie. Mais pour mieux comprendre la vie des jeunes immigrants au Canada, le CCDS a organisé des groupes témoins de jeunes immigrants afin de leur demander de parler de leurs propres perspectives de leur vie ici. Même si les expériences dont parlent ces jeunes ne peuvent pas être généralisées à tous les jeunes immigrants, leurs perceptions illustrent l’expérience de leur vie au Canada.

Nous avons en tout mené six groupes de discussion, à Toronto, Montréal et Vancouver. On a choisi ces villes parce qu’elles sont le lieu de résidence de plus des deux tiers de tous les jeunes immigrants de 15 à 24 ans. Tous les participants aux groupes témoins étaient arrivés au Canada dans les cinq ans précédents. On a divisé les jeunes de ces groupes témoins selon leur âge – ceux de 15 à 19 ans et ceux de 20 à 24 ans. Dans chaque groupe il y avait un ou deux jeunes venus comme réfugiés au Canada. Les proportions de jeunes dans les groupes reflétaient aussi les proportions d’immigrants au Canada par pays d’origine. À Montréal, les groupes de discussion ont été menés en français. De plus, on a mené des entrevues avec deux immigrants parlant anglais, afin d’avoir un certain point de vue sur les difficultés éventuelles que pourraient avoir les immigrants ne parlant pas français et vivant au Québec. En tout, 50 jeunes ont participé aux discussions des groupes témoins9.

Dans l’ensemble, les participants avaient l’air d’être bien intégrés à la société canadienne. Dans certains cas, les participants avaient appris à parler la langue en moins de deux ans, et racontaient leurs péripéties et leurs victoires avec seulement un très léger accent et habillés à la dernière mode des jeunes. La rapidité et le succès avec lesquels la plupart des jeunes immigrants semblent s’être adaptés à leur nouveau pays sont un témoignage de la volonté et de la capacité d’adaptation des individus.

L’apprentissage de la langue était le premier défi cité par la plupart des jeunes. Les participants plus jeunes parlaient aussi des difficultés qu’ils avaient eues à s’intégrer à l’école secondaire, tandis que les plus âgés disaient que leur principal obstacle était de trouver un emploi. Même si la majorité des participants avaient l’air bien adaptés au Canada, il était clair que leur sentiment d’appartenance au pays était faible, érodé par un profond sentiment d’attachement à leur pays d’origine. D’une manière générale, les participants décrivaient le Canada en termes positifs, quoique sans ferveur, en soulignant les avantages économiques qu’il leur offrait, tout en indiquant que leur famille et leurs amis «là-bas, à la maison» leur manquaient.

«C’est juste si différent ici. Tout est différent». La grande majorité de jeunes immigrants pensaient qu’ils ne pourraient jamais «se sentir Canadiens». Pour certains, c’était une décision consciente. «Je ne veux pas cesser d’être Chinoise; c’est mon identité». D’autres pensaient que le fait de parler avec un accent et de ne pas être nés au Canada ferait qu’ils ne se sentiraient jamais vraiment Canadiens.

Parmi les participants aux groupes témoins, il y avait une utilisation inégale des services conçus pour aider les immigrants. Certains disaient que ces services n’étaient pas nécessaires, alors que d’autres disaient ne pas être au courant que ce type de services existait et qu’ils avaient plutôt eu recours aux réseaux naturels d’amis et de membres de la famille qui vivaient déjà au Canada. Ceux qui avaient eu accès aux services de soutien officiels, cependant, en parlaient très positivement.

Perceptions générales du Canada

Les participants ont le plus souvent identifié «la liberté» et «les possibilités» comme ce qu’il y avait de mieux dans la vie au Canada. Pour certains jeunes immigrants, la liberté représentait une plus grande indépendance de leurs parents, qu’ils avaient acquise en venant vivre dans une société plus permissive. «Dans mon pays, les jeunes de mon âge n’ont pas de fréquentations amoureuses, mais ici c’est normal. Ma mère n’aime pas ça, mais elle comprend qu’on est au Canada maintenant». Pour d’autres, la liberté est plus liée aux droits de la personne et à la liberté de l’oppression de l’État. «Ici, on peut faire tout ce qu’on veut et personne ne s’en mêle. On n’est pas persécuté pour ses croyances ou ses opinions».

En général, tout le monde était d’accord que le Canada offrait de plus grands débouchés économiques – «Il y a plus d’emplois ici». Plusieurs des participants plus jeunes parlaient de ce qu’ils considéraient un accès relativement facile à l’éducation postsecondaire. «Ici, on peut obtenir des prêts-étudiants». Les participants aimaient aussi ce qu’ils décrivaient comme une société multiculturelle et relativement tolérante au Canada, dans laquelle on ne faisait pas pression sur les immigrants pour qu’ils abandonnent leurs racines. «Quand j’ai envie d’être Pakistanais, je peux être Pakistanais et quand je veux être Canadien, je peux l’être aussi, mais je n’ai pas l’impression que je dois être Canadien tout le temps. C’est accepté ici».

Il était plus dur pour les participants d’identifier des aspects de la société canadienne qu’ils n’aimaient pas. Étant donné que la plupart de ces jeunes avaient grandi dans des pays avec une histoire beaucoup plus ancienne que celle du Canada (voir Appendice 1), ce n’est pas étonnant que quelques participants regrettaient ce qu’ils percevaient comme un manque d’histoire et de culture au Canada. «Ce pays date de combien, une centaine d’années?» De manière peut-être un peu surprenante, plusieurs participants ont dit qu’ils n’aimaient pas les impôts élevés au Canada.

Il y avait un aspect de la société canadienne que la plupart des participants n’aimaient pas : la culture de la consommation et la poursuite effrénée de la fortune et des symboles de prestige. «Ici, tout revient à l’argent. Dans mon école, si on a de l’argent et des vêtements à la mode, on est cool. En Pologne, les gens décident si quelqu’un est cool ou non en fonction du caractère de la personne». Il ressortait des discussions que plusieurs jeunes immigrants pensaient que la société de consommation avec laquelle ils étaient aux prises au Canada était un aspect particulièrement cruel de la société, étant donné que leur famille n’avait pas beaucoup d’argent.

Intégration

Les participants ont parlé d’un vaste éventail d’expériences après leur arrivée au Canada. La mesure dans laquelle ils ont trouvé ces expériences difficiles semble directement liée à leur capacité de parler l’une des langues officielles à leur arrivée. La majorité des jeunes immigrants ont indiqué que leur première année au Canada avait été «très difficile». En outre la magnitude des défis auxquels beaucoup ont fait face en n’étant pas capables de bien s’exprimer dans la langue locale – ou souvent pas du tout – les participants ont dit qu’ils avaient souvent le mal du pays et qu’ils se sentaient socialement isolés au Canada. «Je me souviens, la première année était très dure. J’avais laissé tous mes amis et quand je suis arrivé ici, je restais beaucoup à la maison. Je ne connaissais personne. Je me rappelle que j’avais envie de retourner, mais je ne pouvais pas parce que mes parents avaient décidé qu’on vivrait au Canada». «J’ai encore honte de la façon dont je parle anglais. Je sais que j’ai un accent et cela m’empêche de parler aux gens».

Pour les jeunes participants, la maison représentait souvent un refuge, tandis que l’école pouvait être une expérience traumatisante. «Au début quand j’allais à l’école, les autres se moquaient de moi et de mon ami polonais. Ils nous appelaient des ‘Polacks’. Mais maintenant ça va mieux». Certains participants dans les groupes de discussion de Toronto ont parlé de la manière dont leurs écoles étaient parfois divisées en groupes ethniques. «Dans notre école, il y a les enfants grecs et latino-américains, et puis il y a les enfants blancs. Les groupes ne s’aiment pas, alors il y a tout le temps des bagarres». Les jeunes immigrants qui sont arrivés au Canada avec une bonne maîtrise de l’anglais, ou du français pour ceux vivant à Montréal, semblent s’être adaptés beaucoup plus facilement. «Je n’ai vraiment eu aucun problème à m’adapter. Je parlais anglais, parce que ma mère était professeure d’anglais en Croatie».

Plusieurs jeunes immigrants suivent des trajectoires semblables d’intégration dans la société canadienne. Généralement, quelques amis ou membres de la famille qui étaient déjà installés au Canada leur ont servi de guides, en leur faisant connaître la vie canadienne et des gens de divers milieux ethniques, y compris des ‘Canadiens’. «Au début, j’avais juste des amis Grecs, mais ils m’ont présenté à des jeunes Canadiens et nous avons commencé à sortir ensemble». Les cours d’anglais ou de français en langue seconde ont aussi été un important moyen d’intégration. Là, les nouveaux arrivants se sentaient plus à l’aise avec d’autres jeunes qui partageaient le même type d’expériences et de difficultés. Dans certains cas, les participants décrivaient comment ils gravitaient autour d’autres jeunes qui venaient de leur pays d’origine. «Le premier jour que mon frère et moi sommes allés à l’école, le bruit a couru qu’il y avait des nouveaux petits Russes à l’école, alors tous les autres enfants russes sont venus dans ma classe pour voir qui j’étais. J’ai commencé aussitôt à faire partie de leur groupe».

C’est quoi un Canadien?

Pour un certain nombre de jeunes immigrants dans les groupes témoins, un Canadien c’était une personne blanche d’origine anglo-saxonne, qui était née au Canada. De la même façon, dans les groupes témoins au Québec, les immigrants du groupe plus âgé s’entendaient à penser qu’un vrai Québécois était une personne avec des ancêtres français et qui était née au Québec. En fait, les participants des groupes témoins à Montréal étaient généralement d’avis qu’il était probablement plus difficile pour les immigrants de sentir qu’ils faisaient partie de la société québécoise que pour les immigrants ailleurs au pays de se sentir Canadiens.

La majorité des jeunes immigrants ont indiqué qu’ils se sentaient maintenant à l’aise au Canada et ils s’attendaient à continuer de s’adapter à mesure que leurs compétences à s’exprimer dans la langue locale s’amélioraient. La plupart, cependant, ont dit qu’ils ne se «sentaient pas Canadiens» et ils ne s’attendaient jamais à se sentir vraiment Canadien. Plusieurs participants ont commencé cet aspect de la discussion en remarquant qu’ils n’étaient pas très sûrs de ce que cela signifiait d’être Canadien. «C’est quoi un Canadien, vraiment?» Plusieurs pensaient que le pays de naissance déterminait pour la vie l’identité d’une personne. Selon ce point de vue, seulement les gens nés au Canada étaient vraiment Canadiens. D’autres voyaient la question plus en fonction de la capacité de s’intégrer. «Tant que j’aurai un accent, je ne pense pas que je pourrai me sentir vraiment Canadien».

Pour certains participants, il était moins important de se sentir Canadien que de se sentir à l’aise avec qui ils voulaient être pendant qu’ils vivaient au Canada. La plupart pensaient que cela était acceptable aux Canadiens nés ici. «Ce n’est pas important pour moi. Je dis que je suis Gréco-canadien et les gens n’ont pas de problème avec ça».

C’est plus dur pour mes parents

La plupart des participants aux groupes témoins qui avaient immigré avec leurs parents étaient d’accord qu’il était beaucoup plus difficile pour leurs parents de s’intégrer à la société canadienne. Une part des difficultés venait du manque de facilités à s’exprimer en français ou en anglais, tandis que d’autres problèmes avaient trait à obtenir la reconnaissance de leur formation ou des diplômes reçus dans leur pays d’origine. Apprendre à parler français ou anglais était, de loin, le défi le plus difficile pour leurs parents. «Mon père a vécu à Vancouver depuis cinq ans et il ne peut toujours pas parler anglais». Ils disaient aussi que trouver un emploi était un énorme obstacle auquel leurs parents faisaient face. «Cela a pris beaucoup de temps à ma mère pour trouver un emploi. Même maintenant, elle ne travaille encore qu’à temps partiel». En fait, quelques participants ont dit que l’un de leurs parents était retourné dans leur pays d’origine parce qu’ils trouvaient la vie trop dure au Canada, surtout quand il s’agit de trouver un emploi. Certains participants se plaignaient aussi du fait que leurs parents étaient obligés de prendre ce qu’ils considéraient des tâches serviles, soit parce leur maîtrise du français ou de l’anglais était insuffisante, soit parce que leurs diplômes universitaires et leur expérience de travail ne comptaient pour pas grand chose au Canada. «En Algérie, mon père était un entrepreneur. Ici, il est au chômage». «Dans notre pays, mon père était ingénieur. Ici, il ne peut que trouver des petits boulots divers».

Même si les jeunes immigrants étaient en général réticents à discuter en détail des difficultés qu’ils vivaient à la maison, il était clair que les frustrations ressenties par leurs parents avaient eu un effet significatif sur les jeunes. «Mon père était très déprimé pendant longtemps. Il n’arrive toujours pas à trouver un emploi, mais il sait que ma mère et moi sommes en sécurité et cela semble être assez pour lui».

Pour la majorité des jeunes immigrants, la culture nord-américaine était à la fois une bénédiction et un fléau. Comme nous l’avons signalé plus tôt, ce qu’ils considéraient l’obsession de la société canadienne à la réussite matérielle gênait la plupart d’entre eux. L’importance accordée par les jeunes au Canada aux signes extérieurs de richesse – comme les vêtements, les voitures, les téléphones cellulaires et les bijoux – rendait l’intégration des immigrants plus difficile, étant donné que la plupart d’entre eux avaient très peu de revenu disponible. D’un autre côté, presque tous disaient apprécier la liberté relative des jeunes au Canada et plusieurs comptaient dessus. «Mes parents n’aiment pas que je sorte et ils veulent toujours savoir avec qui je suis, ou bien ils veulent que j’emmène mon frère, mais je ne le fais pas. Je sors avec mes amis et ils l’acceptent».

Alors que beaucoup de participants aux groupes témoins ont reconnu que la consommation de drogues et d’alcool était assez répandue chez les jeunes, la plupart ne se sentaient pas mis en danger par cela. «Je viens du Pakistan et pour mes parents, la drogue c’est la pire des choses. Ils veulent que je m’en tienne à l’écart et je le fais». Certains immigrants ont remarqué que la drogue, l’alcool et le sexe faisaient partie de la culture de la jeunesse dans plusieurs pays, y compris leur pays d’origine. Quelques-uns pensaient même que leur pays de naissance était plus permissif que la société canadienne. «En Croatie, les enfants font ce qu’ils veulent. Ici, il y a plus de règles».

On est toujours les terroristes dans les films

Beaucoup de jeunes immigrants avaient l’impression que les gens de leur pays étaient souvent dépeints de façon négative dans les films, à la télévision et dans les nouvelles. Les Noirs et les Latino-américains, disaient-ils, avaient le rôle de gangsters et de criminels, et les Russes étaient des «buveurs de vodka» et des contrebandiers d’armement. Les immigrants d’Algérie pensaient que les Musulmans et les Nord-africains étaient présentés comme des terroristes; les Haïtiens et les Africains avaient le stéréotype d’être dans la misère et sans éducation. «On dirait que tout le monde en Afrique meurt de faim et vit dans des huttes. Ce n’est pas le cas. Dans les villes, par exemple, nous avons des réseaux de transport en commun». On disait que les gens d’Inde et du Pakistan étaient décrits comme des marchands serviles. «Eh bien, on a Apu dans les Simpsons». Tandis que les participants aux groupes témoins pensaient nettement que l’usage de stéréotypes pour dépeindre les immigrants, les étrangers et les minorités visibles était un triste commentaire de l’état d’esprit de la culture nord-américaine, la plupart n’étaient pas affectés outre-mesure par ces stéréotypes. En fait, plusieurs participants rigolaient en exprimant leur point de vue à ce sujet.

Si vous oubliez vos racines, vous oubliez qui vous êtes

Presque tous les jeunes immigrants ont dit qu’il était très important pour eux de conserver leur culture, leur patrimoine et leur langue. Plusieurs avaient du mal à s’imaginer autrement. «C’est ce que je suis». «Cela fait partie de moi». Les jeunes étaient d’accord que la langue, la culture et les traditions de leur pays formaient une partie importante de leur identité personnelle. «Si vous oubliez vos racines, vous oubliez qui vous êtes». Une bonne partie d’entre eux ont aussi dit qu’ils avaient bien l’intention de passer leur patrimoine culturel à leurs enfants.

Les participants faisaient l’effort de conserver leur culture et leur langue de façon très variée. La plupart ne faisait aucun effort supplémentaire autre que de parler avec leurs parents et leurs amis dans leur langue maternelle et de lire un livre ou un magazine de temps à autre de leur pays d’origine. D’autres faisaient l’effort d’assister aux services religieux. «La Mosquée est le lieu où nous nous rappelons de nos racines». Certains ont dit participer aux activités communautaires, comme les fêtes ou réceptions au cours desquelles on pratiquait leurs traditions et on parlait leur langue, tandis que quelques-uns prenaient des cours dans leur langue maternelle.

L’accès des participants aux média de leur pays d’origine était aussi assez inégal. Ceux qui faisaient partie de certains des plus grands groupes d’immigrants au Canada – comme les Chinois ou les Indiens – avaient un accès facile à une variété de produits culturels, y compris des programmes de télévision. À l’autre extrémité, certains participants devaient avoir recours à de la famille pour leur envoyer des CD ou de la lecture de leur pays d’origine. «De temps en temps, mon oncle nous envoie un paquet de journaux». Dans l’ensemble, les participants n’avaient pas l’air préoccupés de ne pas pouvoir conserver leur culture et leur langue.

Le racisme

La question du racisme a été soulevée spontanément dans tous les groupes témoins. Elle est souvent apparue dans le cadre de discussions sur les aspects négatifs du Canada. Les participants plus jeunes en particulier avaient l’impression que la police et, encore plus significatif, les enseignants pouvaient être racistes. Même les participants qui n’ont pas soulevé la question eux-mêmes et ceux qui n’ont pas subi de racisme de la part des enseignants, étaient d’accord que certains enseignants et administrateurs scolaires avaient l’air de faire des exceptions avec certains élèves ou groupes d’élèves en leur attribuant un traitement plus sévère à cause de leur appartenance ethnique. «J’ai un professeur qui hait les enfants latino-américains». «Les enseignants ne m’aiment pas parce que je suis Grec». «J’ai un professeur qui a déduit 20 points de ma présentation orale à cause de mon accent. Elle a dit qu’elle notait tout le monde pour leur diction et qu’elle allait me traiter comme les autres parce que c’était la seule façon dont j’allais jamais apprendre». «Si un enfant blanc fait quelque chose et que je fais la même chose, il n’y a aucun doute que je vais me retrouver dans une situation bien pire. En fait, les enseignants ne prennent même pas la peine avec moi. Je suis envoyé au bureau du directeur pour la moindre bêtise».

Certains participants avaient le sentiment que la police les «harcelaient» parce qu’ils avaient «la peau foncée». «Mon ami et moi nous nous faisons tout le temps arrêter, pour rien. Il a la même apparence que moi, il est grand, noir et a les cheveux en ‘dreadslocks’». «J’ai l’impression que la police nous regarde toujours avec soupçon, mais moi et mes amis, nous ne faisons rien de mal». Les participants étaient d’accord qu’il était difficile de déterminer si la discrimination qu’ils percevaient chez les personnes en position d’autorité se basait sur leur situation d’immigrants ou parce qu’ils appartenaient à une minorité visible. «Je pense que c’est probablement les deux».

Les immigrants plus jeunes étaient d’accord que le racisme était aussi un problème parmi les élèves au secondaire. Plusieurs participants relataient comment d’autres élèves les avaient accablés de railleries, surtout au début, à leur arrivée. «Mon accent était vraiment terrible quand je suis arrivé et certains enfants me disaient ‘retournes donc en Russie’». À Vancouver, les participants plus jeunes qui avaient émigré de Chine disaient que les Canadiens de descendance chinoise se moquaient souvent d’eux ou les mettaient à l’écart. «Ces jeunes sont Chinois, mais ils sont nés ici. Ils nous appellent des ‘Chintoks’». Il semblerait que dans un certain nombre d’écoles secondaires, des cliques se sont développées en fonction de différentes races.

Certains jeunes immigrants dans la deuxième tranche d’âge ont parlé de la discrimination et de la xénophobie auxquelles ils faisaient face en essayant de trouver un emploi. Cela semblait être une préoccupation particulièrement parmi les participants des groupes témoins de Montréal.

La principale réaction des jeunes immigrants au racisme et à la xénophobie qu’ils rencontraient était de l’ignorer. Il était aussi clair que le racisme et le rejet qu’ils ressentaient de la part des gens nés au Canada, poussaient certains immigrants à se retrancher dans leur communauté ethnique et à renforcer leurs liens avec des gens du même milieu ethnique.

Alors que la plupart des participants aux groupes témoins – et presque tous ceux qui appartenaient à une minorité visible – avaient fait l’expérience de racisme ou de xénophobie au Canada, il est important de remarquer que seulement quelques-uns pensaient que c’était un problème très sérieux. La plupart prenait cela d’un côté plutôt philosophe, en remarquant qu’il y a du racisme et de la xénophobie dans tous les pays et toutes les cultures, et que par conséquent on ne pouvait s’attendre à ce que le Canada fasse exception à la règle. Plusieurs ont aussi indiqué que, par rapport à d’autres pays, la composition multiculturelle du Canada faisait que le racisme était probablement moins un problème ici. En termes de solutions, plusieurs participants pensaient qu’il faudrait concentrer sur les écoles les efforts pour promouvoir la tolérance et la compréhension et les orienter tant aux enseignants qu’aux étudiants.

À l’école

Les participants plus jeunes, ainsi que certains de la deuxième tranche d’âge qui avaient fait leur cours secondaire au Canada, décrivaient l’école comme le point de mire de leur vie. D’après eux, l’école peut être un lieu pas mal traumatisant pour les immigrants. Ils ont aussi parlé du rôle crucial que les écoles peuvent jouer dans le processus d’intégration. Plusieurs d’entre eux disaient avoir été jetés dans une situation de «nager ou se noyer» – en devant apprendre la langue et se faire des amis rapidement.

Même si presque tous les participants étaient d’accord que l’expérience scolaire pouvait être frustrante et difficile au début, la plupart croyaient que cela les aidait à s’adapter rapidement à la société canadienne, beaucoup plus vite que leurs parents, par exemple. «On m’a mis dans une classe et je ne parlais pas un mot d’anglais. Je ne pouvais pas suivre en classe, sauf pour les mathématiques, et je ne pouvais parler à personne, mais j’ai travaillé dur et j’ai rattrapé le niveau de la classe». Les immigrants qui sont venus au Canada avec peu ou pas de connaissances en français ou en anglais ont le plus souvent été placés dans des classes de français ou d’anglais en langue seconde. La grande majorité des participants qui avaient suivi ces classes étaient d’accord que cette méthode les avait énormément aidés, tant pour apprendre le français ou l’anglais que pour se faire des amis. Ces nouveaux amis étaient souvent du même milieu ethnique, ou étaient des immigrants récents d’un autre pays. D’une façon ou d’une autre, les participants ont dit que cela les aidait d’être avec d’autres jeunes dans une situation semblable.

Dans l’ensemble, les participants aux groupes témoins pensaient que le système scolaire les avait placés au niveau de classe approprié. La plupart ont dit qu’on leur avait fait passer des tests sur leurs besoins et capacités et que leur dossier scolaire avait fait partie de l’évaluation faite par l’école. Quelques participants ont dit qu’ils n’avaient pas été placés au bon niveau scolaire, la plupart du temps il semblerait, parce qu’ils n’avaient pas les documents nécessaires. «Je n’avais que deux documents, mais l’école voulait tous les bulletins remontant jusqu’au cours primaire. Ils m’ont aussi fait passer un test, mais je n’étais pas préparé et je n’ai pas eu de bons résultats. Je crois qu’en fin de compte j’ai fini par être placé deux niveaux au-dessous d’où j’aurais dû être».

Les services publics

Dans les discussions des groupes témoins, on a demandé aux jeunes de parler de leurs expériences avec les services dans leur communauté. Par services, on entendait au sens large les services scolaires (comme consulter un conseiller d’orientation); les soins de santé; les services de l’assistance sociale; les services pour les jeunes, les clubs ou organismes; et les services aux immigrants, tant à base communautaire que ceux fournis par le gouvernement. L’utilisation de ces services variait de manière significative d’un participant à l’autre. Tandis que la plupart des participants indiquaient avoir eu accès à un service donné depuis qu’ils étaient au Canada, il semble que seulement quelques-uns y avaient eu recours de façon intensive.

Presque tous les participants avaient fait une visite médicale et un certain nombre de leur famille avait touché des prestations d’assistance sociale. Très peu avaient vu un conseiller d’orientation scolaire et, en fait, un assez grand nombre ont dit qu’ils ne verraient «jamais» un conseiller d’orientation parce qu’ils ne leur faisaient pas confiance. «Ils parlent au directeur. Je suis allé en voir un et il a raconté toute mon histoire au directeur». Il semblerait qu’à l’instar des enseignants, de la police et des administrateurs d’école, les conseillers d’orientation étaient considérés comme peu dignes de confiance et on les percevait comme faisant partie du système pour surveiller et contrôler les jeunes, pas pour les aider. Comme dans une autre recherche sur les jeunes menée par la firme Ekos, les jeunes immigrants de ces groupes témoins ont dit que s’ils se trouvaient face à un problème grave, ils demanderaient de l’aide à un ami.

Plusieurs participants ont indiqué que les professionnels de la santé avec qui ils avaient eu affaire faisaient partie de leur propre groupe ethnique. Dans la plupart des cas, leurs parents en avaient fait le choix. Les jeunes disaient qu’ils étaient contents d’être en mesure de voir des professionnels de la santé qui parlaient leur langue d’origine, car cela rendait la communication plus facile. «Pour des problèmes médicaux et des trucs de ce genre, on aime être à l’aise et ça aide d’être capable de parler sa propre langue».

Plusieurs jeunes immigrants ont dit qu’eux-mêmes et leur famille comptaient beaucoup sur le soutien et l’orientation d’autres membres de la famille et d’amis, ainsi que de la part d’autres personnes appartenant au même groupe ethnique qui vivaient déjà au Canada. «Quand je suis arrivée ici, je suis allée dans un magasin d’alimentation japonaise. Il y avait une annonce pour partager un appartement. Il s’est trouvé que l’autre fille était Japonaise aussi. Elle m’a beaucoup aidée au début». «Ce n’était pas trop mal pour nous, car nous avions déjà de la famille ici en arrivant. Nous avons beaucoup compté sur eux».

D’autres participants ont expliqué comment ils avaient reçu de l’appui grâce à des programmes et des groupes de bénévoles qui viennent en aide aux immigrants. «Ma mère va à un endroit qui est dirigé par des femmes qui aident les immigrants. À Noël, elles offrent de la nourriture et des cadeaux, comme du chocolat pour les enfants». D’autres participants aux groupes témoins avaient utilisé des services comme l’assistance sociale ou avaient fait partie de clubs de recherche d’emploi et d’ateliers pour préparer des CV – services destinés au grand public, pas seulement aux immigrants.

Comme nous l’avons indiqué auparavant, les services scolaires destinés aux élèves immigrants étaient en général regroupés dans le cadre de cours de français ou d’anglais en langue seconde et autres activités de classe de langue. La plupart des jeunes immigrants qui avaient participé à ces classes reconnaissaient que leurs programmes constituaient une bonne manière d’apprendre la langue et facilitaient leur intégration à l’école et dans la société. «C’est vraiment bien. Je ne pense pas qu’ils peuvent faire beaucoup mieux que ça». Il semblerait pourtant que le niveau de services et de programmes offerts aux élèves immigrants varie d’une école à l’autre.

Le meilleur exemple peut-être, d’un service qui à l’air d’aider les jeunes immigrants à s’intégrer à la société canadienne, a été décrit par plusieurs des participants dans les groupes témoins plus jeunes de Montréal et de Vancouver. Identifié par un participant en tant que «programme de copain», on le décrivait comme un genre de club social pour les jeunes immigrants. Les jeunes membres de l’organisme se rencontraient régulièrement, surtout semble-t-il pour faire des sorties ensemble. «Parfois on va nager, parfois voir un film. Tout est gratuit». Tous ceux qui avaient participé à ce type de programme pensaient que cela marchait très bien. Les groupes leur donnaient la chance de s’amuser et de se faire des amis avec d’autres jeunes qui partageaient la même expérience d’avoir immigré au Canada. Les groupes donnaient aussi l’occasion à ces jeunes de profiter d’activités qu’ils n’auraient peut-être pas pu se permettre autrement, et de pratiquer leur français ou leur anglais avec d’autres qui étaient gênés de s’exprimer avec des jeunes nés au Canada. Il est important de remarquer que certains participants des groupes témoins de Montréal ont signalé que leur classe de français en langue seconde leur offrait des occasions similaires, y compris des sorties de groupe de temps à autre.

La plupart des autres jeunes immigrants dans les groupes témoins qui n’avaient pas entendu parler de ce genre de programmes communautaires ont dit qu’ils auraient été intéressés d’y participer et peut-être seraient encore intéressés maintenant. Étant donné que l’isolement social est un obstacle majeur dès le début auquel la plupart des jeunes immigrants se confrontent, ce genre de programmes semble représenter une réponse à la fois appropriée et efficace à ce problème particulier.

Relativement peu de participants aux groupes témoins étaient actifs dans des organismes communautaires ou culturels. La plupart des participants ont dit qu’eux-mêmes et les membres de leur famille rencontraient des gens de leur groupe ethnique lors de services religieux, dans des restaurants ethniques ou pour un événement social à l’occasion. «Nous nous réunissons pour le jour de l’indépendance du Chili. Nous mangeons des mets traditionnels, nous dansons et nous parlons du pays». «Nous allons à ce restaurant russe. Un grand nombre de Russes y vont».

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