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Rapport préliminaire de recherche

juin 1999

La pauvreté dans les régions métropolitaines du Québec

par Sylvain Schetagne

Introduction

Le phénomène de la pauvreté au Québec a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. L’action combinée de la croissance économique, de l’augmentation de l’emploi et de l’accroissement des transferts au cours des années soixante-dix et au milieu des années quatre-vingt ont grandement contribué au recul de la pauvreté1. Mais, depuis le début de la présente décennie, les différentes mesures de pauvreté indiquent qu’on assiste à une recrudescence de la pauvreté au Québec.

Le nombre de personnes vivant sous le seuil de faible revenu2 atteint 23%3 en 1995, une progression de quatre points de pourcentage depuis 1990. Aucune amélioration n’a été enregistrée pour les familles monoparentales, les jeunes familles, les femmes, les jeunes et les enfants. Seules les personnes âgées de 65 ans et plus sont en moins grande proportion à vivre sous le seuil de faible revenu.

Au Québec, la grande majorité de la population vit dans des centres urbains. Plus de trois Québécois sur quatre habitent les 25 plus grandes agglomérations urbaines. L’importance des centres urbains dans l’économie québécoise n’est plus à démontrer. Ils sont à la fois centres industriels, centres de services, sièges des gouvernements et des services gouvernementaux, centres de formation, de recherche et d’innovation. Ils sont le moteur de l’activité économique et ils fournissent la vaste majorité des emplois. Par conséquent, ils sont au coeur des restructurations de l’économie, mais aussi des interventions de l’État et de différents groupes communautaires.

L’environnement que constitue un centre urbain peut, en ce sens, être un facteur déterminant de la pauvreté. Dans cette étude, nous cherchons à comprendre le phénomène de la pauvreté au Québec de manière plus détaillée en prenant en compte l’environnement que peut représenter un centre urbain. Pour ce faire, nous comparons les taux de pauvreté de cinq régions métropolitaines4 du Québec, soit Montréal, Québec, Chicoutimi/Jonquière, Sherbrooke et Trois-Rivières, en vue de mesurer l’importance et le développement de la pauvreté dans chacune de ces régions.

L’objectif de cette étude est de mettre en lumière l’évolution de la pauvreté dans ces agglomérations depuis le début de la décennie. Nous présentons, pour différentes caractéristiques d’individus et différents types de familles, un portrait de la pauvreté dans chacune de ces régions métropolitaines. Nous comparons aussi les régions métropolitaines entre elles pour voir leurs ressemblances et leurs différences en ce qui a trait à l’importance et au développement de la pauvreté. Finalement, nous regardons la progression de la pauvreté dans ces régions mé-tropolitaines en relation avec celle de l’ensemble du Québec dans le but d’établir quelles régions s’améliorent et quelles régions se détériorent lorsqu’il s’agit de pauvreté.

 

Méthodologie

Pour réaliser cette étude, nous utilisons deux outils. Le premier se compose des données du recensement de 1991 et de 1996 de Statistique Canada. L’utilisation des données de recensement est préférable à d’autres sources de données statistiques lorsqu’il s’agit d’étudier à un niveau détaillé la pauvreté dans des régions du pays. Ces recensements nous donnent accès à des informations relatives aux revenus et à l’emploi durant l’année précédente. Le deuxième outil est le seuil de faible revenu de Statistique Canada. Dans cette étude, la pauvreté est mesurée à partir des seuils de faible revenu (SFR). Même si Statistique Canada ne prétend pas que ces seuils mesurent la pauvreté, plusieurs personnes traitent ces seuils en tant que limites de la pauvreté.5 Ces seuils varient selon la taille de l’unité familiale et de la région.

Les seuils de faible revenu sont basés sur le pourcentage des revenus que consacre en moyenne l’ensemble des ménages canadiens à l’alimentation, au logement et à l’habillement, soit 34,7% des revenus avant impôt en 1992, auquel on ajoute 20%. Pour trouver le seuil applicable à un type particulier d’unité familiale d’une région, on estime le revenu auquel ces unités familiales dépensent le pourcentage total estimé, soit 54,7% du revenu avant impôt en 1992, en frais d’alimentation, de logement et d’habillement. Toute unité familiale dont le revenu annuel avant impôt est inférieur au SFR est considérée à faible revenu.

Comme les SFR ne sont pas établis chaque année par Statistique Canada, des SFR calculés pour une année donnée peuvent servir de base à l’estimation des SFR pour des années antérieures ou suivantes; il s’agit simplement d’ajuster les seuils selon l’Indice des prix à la consommation. Pour cette étude, deux années de base ont été utilisées pour évaluer l’importance de la pauvreté dans les régions métropolitaines du Québec, soit le SFR de 1986 ajusté pour les données du recensement de 1991 et le SFR de 1992 ajusté pour les données du recensement de 1996. Le Tableau 1 présente les seuils ajustés de faible revenu pour les types de famille et les régions à l’étude en fonction des années de base et des années de recensement.

Tableau 1 : Seuils de faible revenu de Statistique Canada pour les régions de 100 000 habitants et plus

Seuil de faible revenu 1990* (base de 1986)

Seuil de faible revenu 1995 (base de 1992)

Montréal et Québec

Autres RMR au Québec

Montréal et Québec

Autres RMR au Québec

1 personne

15,482 $

13,598 $

16,874 $

14,473 $

2 personnes

20,985 $

18,434 $

21,092 $

18,091 $

3 personnes

26,675 $

23,429 $

26,232 $

22,500 $

4 personnes

30,712 $

26,973 $

31,753 $

27,235 $

5 personnes

33,555 $

29,471 $

35,494 $

30,445 $

6 personnes

36,424 $

31,989 $

39,236 $

33,654 $

7 personnes ou +

39,175 $

34,409 $

42,978 $

36,864 $

*Les seuils de faible revenu pour 1990 ont été ajustés et sont présentés en dollars de 1995.

 

La pauvreté au Québec

Une vue d’ensemble

Au Québec en 1995, 23% de la population vit avec des revenus inférieurs au seuil de faible revenu de Statistique Canada (Annexe 1). Dans l’ensemble, une plus grande proportion de femmes que d’hommes vit dans la pauvreté; 25% des Québécoises vivent sous le seuil de faible revenu par rapport à 22% des Québécois. Les personnes de 65 ans et plus sont aussi en plus grande proportion à vivre dans la pauvreté : 27% des personnes âgées de 65 ans et plus vivent dans la pauvreté en 1995 (Tableau 2).

Tableau 2 : La pauvreté au Québec en 1995, selon l'âge et le sexe

Total

Pauvres

Répartition totale

Répartition chez les pauvres

Taux de pauvreté

1995

1995

1995

1995

1995

Nombre de personnes

7 000 000

1 600 000

100%

100%

23%

Par âge

Moins de 15 ans

1 350 000

350 000

19%

21%

26%

15 - 34 ans

2 010 000

510 000

29%

31%

25%

35 - 64 ans

2 850 000

570 000

41%

35%

20%

65 ans et +

770 000

210 000

11%

13%

27%

Par sexe

Hommes

3 400 000

740 000

49%

45%

22%

Femmes

3 500 000

890 000

51%

55%

25%

Source : Classifications spéciales des recensements de 1991 et 1996.

Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

Plus précisément, les personnes vivant seules sont moins à l’abri de la pauvreté. En tout, 50% des personnes vivant seules au Québec en 1995 vivent sous le seuil de faible revenu (Tableau 3). Les personnes âgées de 65 ans et plus et les femmes seules sont plus touchées par la pauvreté que les personnes de moins de 65 ans et les hommes vivant seuls au Québec. Les risques de vivre dans la pauvreté sont beaucoup moins grands lorsqu’on vit dans une famille. Au Québec, 19% de toutes les familles québécoises vivent dans la pauvreté en 1995.

Cependant, les familles ne sont pas toutes affectées de la même façon par la pauvreté. Les couples sans enfant ont moins de probabilité de se retrouver dans la pauvreté : 13% d’entre eux, quel que soit leur âge, vivent dans la pauvreté au Québec (Annexe 1). Par contre, les familles avec enfants, en particulier les jeunes familles, ont plus tendance à vivre dans la pauvreté; la proportion de jeunes familles biparentales vivant sous le seuil de faible revenu est de 30% en 1995. La situation est encore plus difficile pour les familles monoparentales; 55% de l’ensemble des familles monoparentales et 87% des jeunes familles monoparentales du Québec vivent avec des revenus qui sont sous le seuil de faible revenu en 1995.

   

Tableau 3 : La pauvreté des personnes seules et des familles au Québec en 1995

Total

Pauvres

Taux de pauvreté

Nombre de personnes

7 000 000

1 600 000

23%

Personnes seules

980 000

490 000

50%

Familles

1 970 000

380 000

19%

Source : Classifications spéciales des recensements de 1991 et 1996.

Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

Bref récapitulatif depuis 1990

Depuis 1990, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté a progressé au Québec. Le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté s’est accru de 18% entre 1990 et 1995 (Tableau 4). Les jeunes ont connu la plus forte croissance de la pauvreté. Malgré la diminution relative du nombre de personnes de moins de 35 ans en raison du vieillissement de la population, le taux de pauvreté a progressé de 34% pour les personnes de moins de 15 ans et de 33% pour les personnes de 15 à 34 ans entre 1990 et 1995, alors qu’il a régressé pour les personnes âgées de 65 ans et plus (Annexe 1).

Ces chiffres sur l’accélération de la pauvreté des jeunes Québécois se confirment dans l’étude de la pauvreté dans les familles. Les jeunes familles biparentales ont connu une forte augmentation de la pauvreté; leur taux de pauvreté a augmenté de 45% entre 1990 et 1995, par rapport à 37% pour l’ensemble des familles biparentales (Annexe 1). 

La progression de la pauvreté dans les jeunes familles monoparentales est aussi plus rapide que dans l’ensemble des familles monoparentales, mais à un rythme plus lent que chez les jeunes familles biparentales.

Tableau 4 : Variation des taux de pauvreté au Québec entre 1990 et 1995

Taux de pauvreté

Variation

1990

1995

Population totale

19%

23%

18%

Personnes seules

43%

50%

16%

Familles

16%

19%

18%

Sources : Classifications spéciales des recensements de 1991 et 1996.

Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

  En somme, les personnes âgées, les femmes et les personnes vivant seules sont en plus grande proportion à vivre dans la pauvreté au Québec. Cependant, en étudiant le développement de la pauvreté depuis le début de la décennie, on constate que la pauvreté au Québec progresse beaucoup plus rapidement chez les jeunes, et en particulier dans les jeunes familles.

 

Les régions métropolitaines du Québec

La région métropolitaine de Montréal

La région métropolitaine de Montréal est très touchée par la pauvreté. Alors que la région de Montréal représente 47% de la population du Québec, elle accueille 56% des personnes vivant dans la pauvreté au Québec; 890 000 des 1 600 000 personnes vivant sous le seuil de faible revenu au Québec habitent l’agglomération de Montréal en 1995 (Annexe 2). Le taux de pauvreté dans la région métropolitaine de Montréal atteint 27% en 1995, quatre points de pourcentage au-dessus de la moyenne québécoise. Comme dans le reste du Québec, les personnes vivant seules, les femmes et les personnes âgées de 65 ans et plus sont en plus grande proportion à vivre dans la pauvreté; 52% des personnes seules, dont 60% des personnes seules de 65 ans et plus, vivent sous le seuil de pauvreté.

Les familles de la région montréalaise sont également plus affectées par la pauvreté que celles du reste du Québec; 23% des familles à Montréal vivent dans la pauvreté par rapport à 19% de l’ensemble des familles du Québec. Comme dans le reste du Québec, les jeunes familles monoparentales et biparentales ont plus de probabilité de se retrouver dans la pauvreté; 35% des jeunes familles biparentales et 85% des jeunes familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté dans l’agglomération de Montréal en 1995.

La pauvreté progresse plus rapidement dans la région métropolitaine de Montréal que dans le reste du Québec. Entre 1990 et 1995, le taux de pauvreté y a augmenté de 26% par rapport à 18 % pour l’ensemble du Québec. Ce sont surtout les jeunes de 15 à 34 ans qui ont connu une recrudescence de la pauvreté, leur taux de pauvreté ayant augmenté de 34% en cinq ans. Les familles biparentales de la région métropolitaine de Montréal ont été plus affectées que les autres familles par l’augmentation de la pauvreté.

Alors que les couples sans enfant de 65 ans et plus de cette région connaissent une diminution de 16 % du taux de pauvreté, les jeunes familles biparentales ont vu leur taux de pauvreté augmenter de 40% en cinq ans.

La région métropolitaine de Québec

Le portrait de la pauvreté dans la région métropolitaine de Québec ressemble à celui de l’ensemble du Québec (Annexe 3). En 1995, 23 % des personnes habitant cette région vivent dans la pauvreté, une progression de 4 points de pourcentage en cinq ans, avec 51% des personnes seules et 19% des familles vivant dans la pauvreté en 1995. La pauvreté progresse aussi beaucoup plus rapidement chez les jeunes de 15 à 34 ans, en particulier dans les jeunes familles bipartentales.

La région métropolitaine de Chicoutimi/Jonquière

L’importance et le développement de la pauvreté dans la région de Chicoutimi/Jonquière ne correspondent pas à celui de Montréal et de Québec. Cette région a un taux de pauvreté inférieur à toutes les régions de l’étude et à l’ensemble du Québec en 1990 et en 1995. En 1995, 21% de la population de cette région vivent dans la pauvreté, soit 2 points de pourcentage de moins que la moyenne québécoise (Annexe 4). Cette région se démarque néanmoins des autres régions par la rapidité de la progression de sa pauvreté en cinq ans. Même si cette région a le plus faible taux de pauvreté des régions métropolitaines à l’étude, c’est celle qui a connu la plus forte progression de la pauvreté, soit une augmentation de 34% de son taux de pauvreté depuis 1990.

La progression de la pauvreté affecte toute la population, incluant les personnes âgées de 65 ans et plus. Comme dans les autres régions, les jeunes, en particulier les jeunes familles, sont plus affectés par la recrudescence de la pauvreté. Les jeunes de moins de 15 ans ont connu une augmentation de 36% de leur taux de pauvreté. Et la pauvreté des jeunes familles biparentales a augmenté de 71% en cinq ans, passant de 18% à 30% entre 1990 et 1995.

Les régions métropolitaines de Sherbrooke et de Trois-Rivières

Finalement, le portrait de la pauvreté dans les régions métropolitaines de Sherbrooke et de Trois-Rivières est comparable à celui du Québec. Le taux de pauvreté atteint 22% à Sherbrooke et 24% à Trois-Rivières (Annexes 5 et 6). Les taux de pauvreté des personnes seules et des familles correspondent à celui de l’ensemble du Québec. Par contre, l’évolution de la pauvreté dans ces régions est très différente de celle du Québec et d’autres régions métropolitaines à l’étude. Alors que la pauvreté a progressé de 18% dans l’ensemble du Québec, elle n’a progressé que de 7% à Trois-Rivières et de 8% dans la région métropolitaine de Sherbrooke entre 1990 et 1995. Toutefois, la pauvreté dans ces régions était déjà très élevée en 1990, plus élevée que dans l’ensemble du Québec.

En somme, la pauvreté progresse dans toutes les régions métropolitaines à l’étude. Cependant, cette pauvreté ne progresse pas au même rythme que l’on soit à Chicoutimi/Jonquière ou à Trois-Rivières. Certains groupes ont été plus affectés que d’autres par la progression de la pauvreté. Les jeunes, notamment les jeunes familles, ont connu une progression plus rapide de la pauvreté dans toutes les régions métropolitaines à l’étude. On peut donc conclure que la pauvreté augmente au Québec.

Le déficit des pauvres

Mais, est-ce que la situation des pauvres se détériore ou s’améliore? Même s’il y a plus de pauvres, les pauvres sont-ils plus pauvres ou moins pauvres en 1995 qu’en 1990? Une autre façon de mesurer l’ampleur de la pauvreté est de regarder si l’écart entre les revenus des personnes pauvres, incluant les transferts gouvernementaux, et le seuil de faible revenu se rétrécit ou s’accentue. D’une certaine manière, il s’agit d’évaluer combien il faudrait, en moyenne, de revenus supplémentaires aux personnes seules et aux familles pauvres pour passer au-dessus du seuil de faible revenu.

À l’étude du Tableau 5, on constate que la moyenne de l’écart de la pauvreté6 est de 7 300 $ au Québec pour les personnes vivant seules et de 10 300 $ pour les familles en 1995. Les personnes seules et les familles des régions de Montréal et de Québec ont les déficits les plus élevés, la situation étant moins grave dans les régions comme Sherbrooke et Trois-Rivières. Entre 1990 et 1995, le déficit des personnes seules a augmenté de 26% en moyenne pour les régions métropolitaines à l’étude, en particulier à Trois-Rivières. Pour les familles, il a progressé en moyenne de 16%, mais de 20% pour la région métropolitaine de Chicoutimi/Jonquière. En somme, il n’y a pas que la proportion de personnes qui vit dans la pauvreté qui a augmenté, l’écart entre les revenus des pauvres et le seuil de faible revenu s’est également accru. Autrement dit, il y a plus de pauvres et ceux-ci sont plus pauvres qu’ils ne l’étaient en 1990.

Tableau 5 : Moyenne de l'écart de pauvreté au Québec et dans les RMR

Moyenne de l'écart de pauvreté

Variation

Pour les personnes seules

1990

1995

Québec (province)

5,700.00 $

7,300.00 $

28%

Montréal

6,300.00 $

8,000.00 $

27%

Québec

6,300.00 $

8,000.00 $

27%

Chicoutimi/Jonquière

5,700.00 $

6,800.00 $

19%

Sherbrooke

5,200.00 $

6,500.00 $

25%

Trois-Rivières

5,100.00 $

6,600.00 $

29%

Variation moyenne des RMR

26%

Pour l'ensemble des familles

Québec (province)

8,700.00 $

10,300.00 $

18%

Montréal

9,900.00 $

11,400.00 $

15%

Québec

8,300.00 $

9,800.00 $

18%

Chicoutimi/Jonquière

8,000.00 $

9,600.00 $

20%

Sherbrooke

7,700.00 $

8,700.00 $

13%

Trois-Rivières

7,800.00 $

8,800.00 $

13%

Variation moyenne des RMR

16%

Source : Classifications spéciales des recensements de 1991 et 1996.

Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

   

Des pistes d’explication

La pauvreté progresse dans toutes les régions du Québec. Elle ne progresse cependant pas de la même façon entre les régions. Des régions moins pauvres comme celle de Chicoutimi/Jonquière voient leur taux de pauvreté augmenter rapidement alors que d’autres régions plus pauvres connaissent une progression moins rapide de la pauvreté. Le développement de la pauvreté affecte généralement plus les jeunes depuis le début de la décennie, en particulier les jeunes familles. En plus, les pauvres sont encore plus pauvres. À quoi peut-on attribuer les différences dans l’importance et le développement de la pauvreté entre ces régions métropolitaines? La composition démographique et le marché du travail d’une région peuvent être des facteurs explicatifs des variations de la pauvreté entre les régions.

La composition démographique des régions métropolitaines

Le vieillissement de la population est sans doute le facteur le plus déterminant de l’évolution démographique en cette fin de siècle. Comme nous pouvons l’observer au Tableau 6, la proportion de personnes de 35 ans et plus au Québec et dans les régions métropolitaines augmente de 1990 à 1995, alors que celle de personnes de moins de 35 ans diminue. Historiquement, le vieillissement entraînait une grande partie de la population dans la pauvreté, cependant, depuis quelques années, cela est de moins en moins vrai grâce à une meilleure planification de la retraite et au soutien de l’État. Les personnes âgées de 65 ans et plus connaissant actuellement un recul de leur pauvreté au Québec.

Tableau 6 : Composition démographique du Québec et des RMR en 1990 et en 1995

Québec (province)

Montréal

Québec

Chicoutimi/Jonquière

Sherbrooke

Trois-Rivières

1990

1995

1990

1995

1990

1995

1990

1995

1990

1995

1990

1995

Population totale

Par âge

Moins de 15 ans

21%

19%

19%

19%

19%

18%

23%

20%

21%

19%

20%

18%

15 - 34 ans

31%

29%

32%

30%

32%

30%

31%

29%

33%

31%

31%

28%

35 - 64 ans

37%

41%

39%

40%

39%

42%

38%

42%

37%

39%

39%

42%

65 ans et +

10%

11%

10%

11%

10%

10%

8%

10%

10%

11%

11%

12%

TOTAL

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

Par sexe

Hommes

49%

49%

48%

49%

48%

48%

50%

49%

49%

49%

48%

49%

Femmes

51%

51%

52%

51%

52%

52%

50%

51%

51%

51%

52%

51%

TOTAL

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

Personnes seules

Par âge

Moins de 65 ans

76%

74%

76%

76%

78%

77%

74%

74%

78%

78%

76%

74%

65 ans et +

24%

26%

24%

24%

22%

23%

26%

26%

22%

22%

24%

26%

TOTAL

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

Par sexe

Hommes

47%

47%

46%

47%

44%

44%

46%

46%

46%

46%

45%

44%

Femmes

53%

53%

54%

53%

56%

56%

54%

54%

54%

54%

55%

56%

TOTAL

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

100%

Type de familles

Couples sans enfant

43%

45%

44%

44%

44%

45%

38%

42%

42%

45%

45%

46%

65 ans ou +

26%

28%

26%

29%

23%

25%

21%

28%

26%

26%

23%

28%

Biparentales

40%

38%

37%

36%

39%

37%

47%

42%

40%

37%

38%

36%

30 ans et moins

9%

7%

9%

7%

8%

7%

10%

6%

12%

11%

9%

7%

Monoparentales

8%

10%

9%

10%

8%

9%

8%

8%

11%

12%

9%

11%

30 ans et moins

18%

16%

19%

18%

15%

14%

14%

14%

20%

20%

18%

17%

Autres familles

8%

8%

10%

9%

9%

9%

8%

8%

8%

7%

8%

7%

Familles avec enfants de 0 à 17 ans

0 - 5 ans

43%

45%

41%

38%

40%

39%

6 - 17 ans

57%

55%

59%

62%

60%

61%

TOTAL

100%

100%

100%

100%

100%

100%

Source : Classifications spéciales des recensements de 1991 et 1996.

Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

Lorsqu’on observe la composition démographique de chacune des régions métropolitaines à l’étude, on constate que les populations de ces régions ne diffèrent pas radicalement (Tableau 6). Cependant, il y a des variations qui peuvent avoir un effet sur leur taux de pauvreté respectif. Par exemple, la région de Chicoutimi/Jonquière compte une plus grande proportion de personnes de moins de 15 ans et une moins grande proportion de personnes âgées de 65 ans et plus que dans le reste du Québec.

Comme les personnes de moins de 15 ans ont généralement moins tendance à vivre dans la pauvreté que les personnes de 65 ans et plus, il est possible que le taux de pauvreté inférieur de cette région soit en partie attribuable à ce fait. Cette région compte également moins de familles monoparentales. Étant donné que la majorité des familles monoparentales vivent dans la pauvreté, une région comptant moins de ce type de familles, comme celle de Chicoutimi/Jonquière, risque également d’avoir un taux de pauvreté inférieur aux autres régions. Quand à la progression de la pauvreté, comme nous savons que les jeunes et les familles biparentales ont été plus affectées par la progression de la pauvreté de 1990 à 1995, le fait qu’une région comme celle de Chicoutimi/Jonquière compte une plus grande proportion de jeunes et de familles biparentales qu’ailleurs au Québec explique sûrement en partie la croissance plus rapide de la pauvreté dans cette région.

Le marché du travail

La composition démographique d’une région n’explique pas toutes les variations des taux de pauvreté. La détérioration du marché du travail a un impact important sur la pauvreté. Le début de la présente décennie a été marqué par une récession qui a entraîné un grand nombre de personnes au chômage et dans la pauvreté. Dans l’étude de la variation du taux de chômage et du taux de pauvreté de 1990 à 1995 (Graphique 1), il semble y avoir un lien entre la croissance du taux de chômage et la croissance du taux de pauvreté. À l’exception de la région métropolitaine de Montréal, la croissance du taux de chômage semble engendrer une croissance proportionnellement comparable du taux de pauvreté au Québec.

En plus de la récession, le marché du travail subit des transformations de fond. Depuis deux décennies, les emplois créés sont de plus en plus précaires. La qualité des emplois a également un effet important sur les conditions de vie et la pauvreté des personnes. Au Québec en 1995, seulement 8% des personnes travaillant à temps complet toute l’année vivent dans la pauvreté. Le taux de pauvreté augmente à 17% pour les personnes qui ont travaillé toute l’année à temps partiel et à 21% si elles n’ont pas travaillé toute l’année (Tableau 7).

Tableau 7 : Taux de pauvreté par catégorie d'emploi en 1995, au Québec et dans les RMR

Plus de 49 semaines

Moins de 49 semaines

Sans travail

À temps complet

À temps partiel

Québec (province)

8%

17%

21%

38%

Chicoutimi/Jonquière

5%

16%

19%

33%

Québec

7%

19%

22%

39%

Sherbrooke

7%

19%

23%

37%

Trois-Rivières

6%

17%

21%

37%

Montréal

9%

19%

25%

44%

Source : Classifications spéciales des recensements de 1991 et 1996.

Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

La variation des caractéristiques du marché du travail local peut également avoir un impact important sur la progression ou le recul de la pauvreté. Au Tableau 8, on observe que le nombre de personnes ayant un emploi à temps complet toute l’année a diminué de 6% dans l’ensemble du Québec. La région de Chicoutimi/Jonquière se démarque des autres régions par la diminution du nombre de personnes ayant un emploi à temps plein durant toute l’année; une diminution de 10% de 1990 à 1995. Étant donné que l’emploi à temps plein est garant d’une certaine sécurité financière, la détérioration plus rapide de l’emploi à temps plein durant toute l’année peut expliquer, en partie, la progression rapide de la pauvreté dans la région de Chicoutimi/Jonquière.

La progression de l’emploi à temps partiel et des sans emploi explique aussi une grande partie de la progression de la pauvreté au Québec et dans les RMR de 1990 à 1995 puisque ces groupes sont également plus vulnérables à la pauvreté.  

Tableau 8 : Variation par catégorie d'emploi de 1990 à 1995, au Québec et dans les RMR

Plus de 49 semaines

Moins de 49 semaines

Sans travail

À temps complet

À temps partiel

Québec (province)

-6%

17%

4%

15%

Chicoutimi/Jonquière

-10%

20%

3%

14%

Québec

-6%

11%

9%

18%

Sherbrooke

1%

22%

6%

15%

Trois-Rivières

-6%

19%

3%

12%

Montréal

-6%

17%

5%

20%

Source : Classifications spéciales des recensements de 1991 et 1996.

Remarque : Se reporter au glossaire pour les définitions.

Depuis le début de la présente décennie, certains groupes ont été plus affectés que d’autres par la détérioration du marché du travail. C’est notamment le cas des jeunes. L’augmentation et le maintien du taux de chômage chez les jeunes de 1990 à 1995 ont certainement contribué à l’augmentation plus rapide de la pauvreté chez les jeunes, en particulier dans les jeunes familles. Malgré le fait que les jeunes soient de plus en plus scolarisés et en moins grand nombre à essayer d’entrer sur le marché du travail, ils réussissent de moins en moins à obtenir des emplois de qualité qui leur permettent de vivre au-dessus du seuil de faible revenu.

Conclusion

Dans cette étude, nous avons observé l’importance et la progression de la pauvreté au Québec et dans cinq régions métropolitaines du Québec. De 1990 à 1995, les taux de pauvreté de l’ensemble des personnes ont augmenté, sauf pour ce qui est des personnes âgées de 65 ans et plus. Les jeunes, en particulier les jeunes familles, ont connu une augmentation plus rapide de leur taux de pauvreté. Alors que nous constatons que la pauvreté est importante à Montréal, il est apparu qu’une région comme celle de Chicoutimi/Jonquière connaît une croissance rapide de la pauvreté.

Une grande partie de la détérioration de la situation est attribuable au marché du travail. La récession du début de la décennie est venue affecter le nombre et la qualité des emplois au Québec et dans les régions à l’étude. Certains groupes ont été plus affectés que d’autres par le développement récent de la pauvreté au Québec et dans les régions métropolitaines. La reprise très lente de l’emploi entre la fin de la dernière récession et le dernier recensement et la détérioration de la qualité des emplois expliquent vraisemblablement en partie la progression rapide de la pauvreté chez les jeunes familles. À l’aube d’un débat sur la redistribution des surplus budgétaires et d’un Sommet sur la jeunesse au Québec, ne serait-il pas opportun de mettre l’élimination du déficit des pauvres, notamment celui des jeunes familles, au centre des discussions?

Bien des facettes de la pauvreté n’ont pu être observées dans cette étude : l’impact de la migration sur la pauvreté à Montréal; la pauvreté chez les minorités visibles, les personnes handicapées et les Autochtones dans les régions métropolitaines; l’impact de la structure industrielle d’une région sur son taux de pauvreté; les effets sur la pauvreté au Québec des mesures actives de soutien à l’emploi et l’accès moins coûteux aux services de garde.

Dans les prochains mois, le Conseil canadien de développement social (CCDS) poursuivra ses études autour de la problématique de la pauvreté. Il publiera au cours de l’automne 1999, un état de la pauvreté dans 25 régions urbaines du Canada. Le CCDS entend également poursuivre son étude de la pauvreté au Québec. Il est actuellement en quête de partenaires pour partager les coûts d’une étude détaillée de la pauvreté dans 23 centres urbains du Québec. L’intérêt du CCDS est de mieux comprendre le phénomène de la pauvreté pour être mieux en mesure de le combattre.

 

Notes explicatives

1Pour plus d’information sur l’évolution de la pauvreté au Québec, voir La pauvreté au Québec : bref historique et situation actuelle (1973-1994), Ministère de la Sécurité du revenu, Gouvernement du Québec, novembre 1996.

2Tous les chiffres dans ce rapport ont étés arrondis, ce qui peut engendrer de petites variations dans l’établissement des pourcentages.

3Tout au long de ce document, la pauvreté est mesurée d’après les seuils de faibles revenu (SFR) de Statistique Canada, qui pour sa part ne prétend pas que ces seuils mesurent la pauvreté. Ces seuils permettent néanmoins de mesurer le nombre de personnes qui s’en sortent moins bien que la moyenne.

4L’étude de la pauvreté à l’aide des données du recensement peut être abordée à différents niveaux géographiques. Le niveau choisi dans cette étude correspond aux régions métropolitaines de recensement telles que définies par Statistique Canada. Une région métropolitaine de recensement (RMR) est composée d’une très grande agglomération urbaine (appelé noyau urbain) ainsi que de régions urbaines et rurales adjacentes (appelées banlieues urbaines et régions rurales) dont le degré d’intégration économique et sociale avec le noyau urbain est élevé. La population du noyau urbain d’une RMR compte au moins 100 000 habitants, d’après les résultats du recensement précédent. Le Québec compte six RMR, soit Montréal, Québec, Hull/Ottawa, Chicoutimi/Jonquière, Sherbrooke et Trois-rivières. Pour des raisons de disponibilité et d’accès aux données, nous avons été contraints de retirer de cette étude la RMR de Hull/Ottawa.

5Voir le chapitre 1 de Données de base sur la pauvreté au Canada, (1994) et Le bien-être de l’enfant et le revenu familial : un nouveau regard au débat sur la pauvreté (1999), publiés par le Conseil canadien de développement social.

6Le calcul moyen de l’écart de pauvreté effectué dans cette étude est différent de celui de Statistique Canada. Contrairement à ce que Statistique Canada fait dans son calcul, les revenus négatifs des personnes n’ont pas été rapportés à zéro dans l’établissement du déficit moyen des pauvres en 1990 et en 1995.

 

Glossaire

Âge : les catégories d’âge pour les familles se basent sur l’âge du chef de famille ou du conjoint (si présent) le plus âgé.
Écart de pauvreté : la somme d’argent qui serait nécessaire pour élever le revenu d’une famille ou d’une personne seule pauvre au niveau du seuil de pauvreté. Par exemple, une famille de 4 personnes qui a un revenu total de 25 000 $ de toutes sources et vivant dans une région avec un seuil de 27 500 $ a un écart de pauvreté de 2 500 $.
Famille : un groupe de personnes vivant sous le même toît et avec des liens de sang, de mariage (y compris les unions de fait) ou d’adoption. Toutes personnes apparentées vivant ensemble au moment de l’enquête sont considérées comme une famille, quels que soient le degré de lien familial.
Ménage pauvre : toute famille ou personne seule dont le revenu total tombe sous le de faible revenu de Statistique Canada.
Moyenne de l’écart de pauvreté : la somme égale au total de l’écart de pauvreté divisée par le nombre de ménages pauvres.
Personne seule : une personne qui vit seule dans un ménage sans lien de parenté avec les autres personnes du ménage.
Type de famille : les familles avec enfants (couples ou familles monoparentales) correspondent aux familles dont l’enfant le plus jeune vivant dans le ménage a moins de 18 ans.

Autres documents


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