CONSEIL CANADIEN DE DÉVELOPPEMENT SOCIAL
Sauter les liens de navigation
Logo du CCDS Photo de deux jeunes femmes Photo d'une famille Photo d'Anna et son amie Photo d'Emily Photo de Grand-père et Adam
Recherche :

Autres documents

Sommaire exécutif

 

Le travail à temps partiel

par Grant Schellenberg

On remarque un consensus croissant chez les analystes du marché du travail indiquant une tendance prédominante de l'économie vers une hausse des qualifications d'emploi au lieu de déqualification. Même si les emplois peu qualifiés sont encore très répandus, la croissance de l'emploi a été la plus forte dans les secteurs de l'économie avec une demande plus marquée pour des travailleurs hautement qualifiés et avec des connaissances spécialisées. Ce rapport examine si l'horizon se développe pour l'emploi à temps partiel du «bon» côté, bien qualifié, de l'alternative entre les «bons» et les «mauvais» emplois. Les résultats ne soutiennent que modestement cette opinion.

Une proportion croissante des travailleurs à temps partiel ont des occupations professionnelles, reflétant la croissance générale de cette catégorie. Chez les femmes de 25 ans et plus par exemple – qui détiennent en gros la moitié de tous les emplois à temps partiel – la proportion travaillant dans un domaine professionnel a augmenté d'environ un quart à un tiers depuis le milieu des années 80. Cependant la majorité des travailleuses à temps partiel ont encore des emplois de bureau, de vente et de services, les trois secteurs où les emplois à temps partiel ont traditionnellement été concentrés.

Une revue de l'évolution de la répartition des salaires chez les travailleurs à temps partiel montre aussi quelques améliorations. Entre 1986 et 1993, la proportion des travailleurs à temps partiel gagnant moins de 7,50$ de l'heure a baissé de presque sept points de pourcentage (en passant de 47 à 40 p. cent) et la proportion gagnant 15$ de l'heure ou plus a augmenté de cinq points de pourcentage. Toutefois on ne doit pas exagérer les avancées accomplies dans l'ensemble par les travailleurs à temps partiel étant donné que la plupart d'entre eux sont encore concentrés au bas de l'échelle des salaires.

Malgré de modestes améliorations depuis la moitié des années 80, la vaste majorité des travailleurs à temps partiel est encore exclue de l'accès aux avantages sociaux. En 1995, moins d'un cinquième des employés à temps partiel étaient couverts par des régimes de retraite, des assurances maladie ou dentaire ou des congés de maladie payés, par rapport aux deux tiers des employés à temps plein. Parmi les travailleurs à temps partiel syndiqués, l'accès aux avantages sociaux s'est amélioré vers la fin des années 80, mais peu de gains ont été faits par la suite.

Une revue d'autres caractéristiques du travail à temps partiel, comme la sécurité de l'emploi, les horaires de travail, les demandes de qualifications et l'utilisation de nouvelles technologies indique aussi qu'en général la situation des travailleurs à temps partiel est précaire.

Une façon de mesurer la sécurité du travail est d'évaluer le nombre de travailleurs qui disent que leur emploi n'est «pas permanent». À l'aide de ce critère on trouve qu'il y a beaucoup plus d'insécurité de l'emploi chez les travailleurs à temps partiel que chez ceux à temps plein. Plus d'un quart de tous les travailleurs à temps partiel (28 p. cent) ont indiqué que leur emploi n'était pas permanent, par rapport à seulement un dixième des travailleurs à temps plein.

Environ la moitié de ces travailleurs à temps partiel non permanent ont décrit leur emploi comme «occasionnel». Même si certains de ces travailleurs étaient des jeunes encore aux études, plusieurs étaient des travailleurs plus âgés et ils considéraient peut-être leur emploi comme occasionnel parce qu'ils espéraient trouver un emploi mieux payé à temps plein. Un autre tiers des travailleurs à temps partiel décrivaient leur emploi comme non permanent parce qu'ils étaient engagés à contrat ou pour une durée fixe. L'emploi à contrat a souvent des conséquences négatives pour les travailleurs, y compris l'exclusion des avantages sociaux et l'incertitude sur l'avenir de leur emploi.

Les horaires de travail des travailleurs à temps partiel ont soulevé d'autres inquiétudes sur la qualité de leur emploi. Alors que la grande majorité des travailleurs à temps plein (74 p. cent) étaient employés dans un horaire de jour régulier, ce n'était le cas que pour une minorité des travailleurs à temps partiel (41 p. cent). La plupart des travailleurs à temps partiel ont des postes à roulement; plus d'un tiers ont des horaires irréguliers ou par appel téléphonique. Par conséquent, leurs heures de travail et leurs gains varient d'une semaine sur l'autre. Ce n'est peut-être pas un problème pour les jeunes encore à l'école, mais c'est certainement une source d'insécurité pour environ un quart des adultes qui travaillent à temps partiel (25 ans et plus) et doivent faire face à des horaires irréguliers et des gains variables. La grande majorité des travailleurs à temps partiel qui ont des horaires irréguliers disent qu'ils n'ont pas le choix car c'est dans la nature de leur emploi.

On a aussi remarqué que les travailleurs à temps partiel sont souvent engagés dans des postes qui ont moins de demandes de qualifications. Et donc ils risquent d'être laissés à l'écart du processus de formation continue qui est actuellement en cours. Dans le recensement de 1991, on a développé un classement des qualifications basé sur l'éducation, la formation, et la compétence nécessaire pour prendre un poste et les fonctions à y remplir. Dans les secteurs de ventes et de services, près de la moitié des emplois les moins qualifiés étaient occupés par des travailleurs à temps partiel, par rapport à moins d'un cinquième des emplois au deuxième rang de qualifications. La même courbe apparaît dans d'autres catégories professionnelles, bien que les différences ne soient pas aussi marquées. Les travailleurs à temps partiel ont aussi tendance à avoir un niveau scolaire moins élevé que leurs collègues à temps plein dans le même type d'occupations. Et moins de travailleurs à temps partiel que de travailleurs à temps plein déclarent que leur poste demande un haut niveau de compétences.

Il y a aussi des différences étonnantes dans l'impact des nouvelles technologies entre les emplois des travailleurs à temps partiel et de ceux à temps plein. Plus de la moitié des travailleurs à temps plein ont dit que leur emploi avait été en partie ou beaucoup touché par l'introduction d'ordinateurs ou de technologies automatisées au cours des cinq dernières années; seulement un tiers environ des travailleurs à temps partiel ont dit que c'était le cas pour leur emploi. D'importantes différences sont même visibles selon les catégories professionnelles. Chez les professionnels par exemple, les deux tiers des travailleurs à temps plein ont dit que leur emploi avait été affecté par la technologie, mais moins de la moitié (42 p. cent) des travailleurs professionnels à temps partiel ont indiqué ce fait. Une raison importante pour laquelle beaucoup de travailleurs à temps partiel n'apprennent pas de nouvelles compétences technologiques est qu'ils sont sur-représentés dans les petites entreprises. On a tendance à trouver ces entreprises dans des secteurs de l'économie où le changement technologique a été moins rapide, comme la vente au détail et les services personnels. Les petites entreprises ont aussi plus de probabilités que les grandes d'essayer de rester compétitives en coupant les frais de personnel et autres dépenses plutôt que d'investir dans les nouvelles technologies.

Enfin, une revue des préférences d'emploi au Canada révèle un écart considérable entre le type d'emplois disponibles et le type d'emplois recherchés. Une bonne moitié de tous les travailleurs à temps partiel ont déclaré qu'ils préféreraient travailler plus d'heures pour avoir un salaire plus élevé. Cela représente un énorme problème de sous-emploi chez les travailleurs à temps partiel et qui est courant pour les deux sexes, dans tous les groupes d'âge, d'occupations et de niveau de salaires.

Entre 1975 et 1994, la proportion des travailleurs à temps partiel qui désiraient un emploi à temps plein sans pouvoir en trouver a augmenté de 11 à 35 p. cent. Cette incidence de travail à temps partiel involontaire a augmenté dans tous les secteurs y compris les postes professionnels. Et la proportion a monté considérablement chez les mères qui élèvent des enfants, ce qui indique que pour beaucoup de femmes avec des enfants l'emploi à temps partiel est plus le résultat d'un manque de choix qu'une décision délibérée sur la façon de concilier au mieux leur travail rémunéré et non rémunéré.

En somme, les données relevées jusqu'à 1995 indiquent que les avancées dans la qualité de l'emploi dues à la révolution technologique ont en grande partie exclu les travailleurs à temps partiel. C'est particulièrement inquiétant étant donné la croissance du nombre des travailleurs à temps partiel par rapport à ceux à temps plein. Il semble que la polarisation de la main d'oeuvre s'aggrave – avec un groupe de travailleurs qui ont de bons salaires, des avantages sociaux et la sécurité de l'emploi pendant qu'un autre groupe, comprenant la plupart des travailleurs à temps partiel, ont des salaires bas, pas d'avantages sociaux et peu de sécurité d'emploi.

- 30 -


Le Conseil canadien de développement social
190, rue O'Connor, Suite 100 Ottawa, Ontario, Canada K2P 2R3
Tél : 613-236-8977; Fax : 613-236-2750; Courriel : conseil@ccsd.ca