CONSEIL CANADIEN DE DÉVELOPPEMENT SOCIAL
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Perception: Volume 27, No. 1 & 2, 2004

Des services de garde pour tous!

par Marcel Lauzière

La conférence nationale du CCDS sur les services de garde en novembre prochain à Winnipeg est un signe des temps qui courent.

Plus de 600 personnes vont se réunir pour discuter et débattre d’une question qui est pour la majeure partie restée en marge de l’agenda politique, sauf au Québec et au Manitoba. Cette conférence aura des répercussions sur l’avenir des familles canadiennes.

Mais cela n’a pas été facile d’en arriver là.

À Ottawa, le récent discours du Trône a peut-être reconnu l’importance des services de garde et d’éducation de la petite enfance, mais pendant plus de deux décennies, les politiciens et les stratèges fédéraux ont été réticents à prendre la question au sérieux.

Il s’est écoulé plus de 20 ans depuis la dernière conférence d’envergure sur la politique des services de garde au Canada. C’est une occasion parfaite de poser une question très directe : «Qu’est-ce qui a changé depuis?»

Dans les années 1980, les parents vociféraient pour avoir accès à des services de garde de qualité à prix abordable pour leurs enfants. Maintenant, ces enfants qui ont grandi ont à leur tour des enfants – ou envisagent d’en avoir. On aurait pu penser qu’ils n’auraient pas à faire face aux mêmes problèmes. Mais ce n’est pas le cas.

Malgré des promesses électorales répétées et une flopée de rapports gouvernementaux, la situation des services de garde dans la plupart des régions du Canada n’a pas beaucoup changé depuis le début des années 1980. Cette année, nous marquons le 20e anniversaire de la première annonce fédérale d’une stratégie nationale de services de garde – et pourtant, alors que j’écris cet article, aucune stratégie n’est encore en place. Martha Friendly, fondatrice et coordinatrice de Childcare Resource and Research Unit, ne mâche pas ses mots : «On peut dire qu’on a gaspillé deux décennies en matière de services de garde au Canada».

Il est vrai que certaines places de services de garde ont été créées au fil des ans. Mais les chiffres sont loin d’être comparables aux places de services de garde qui se sont quadruplées dans les années 1970. La croissance a ralenti dans les années 1980, puis s’est pratiquement arrêtée vers la moitié des années 1990, lorsque le Régime d’assistance publique du Canada (RAPC) a été démantelé. La seule exception a été au Québec, qui a pris avantage du nouveau régime fédéral d’équivalence de financement pour bâtir son programme de services de garde, tandis que les autres provinces en ont profité pour faire des coupures.

C’est-à-dire que les parents en dehors du Québec doivent encore se démener pour trouver des places en services de garde réglementés pour leurs enfants. En 1981, il n’y avait assez de places en services de garde réglementés que pour 10% des enfants de mères sur le marché du travail. En 2001, les places en services de garde réglementés desservaient environ 12% des enfants de mères sur le marché du travail.

Les obstacles financiers n’ont pas diminué non plus au cours de ces 20 années – bien au contraire. Les niveaux d’admissibilité aux subventions ont été réduits dans sept provinces, et dans plusieurs autres, ils n’ont pas été ajustés à l’augmentation du coût de la vie. Une enquête en 2001 a trouvé que le fardeau financier des services de garde représentait 14% du revenu ménager moyen à Terre-Neuve et 20% en Colombie-Britannique.

De plus la situation économique est devenue beaucoup plus difficile pour la plupart des parents de jeunes enfants. C’est la génération des «moins de 35 ans» qui est entrée sur le marché du travail à la fin des années 1980 et durant les années 1990 – et ils gagnent moins en moyenne que leurs homologues des années 1970. Ils sont aussi plus susceptibles d’avoir davantage de dépenses, à mesure que les coupures aux programmes sociaux ont résulté en tarifs d’utilisation pour nombre de services auxquels ont recours les jeunes familles.

«Le déclin des salaires chez les jeunes travailleurs est citée comme l’une des principales explications pour leur délai à fonder une famille» conclut Katherine Scott, vice-présidente de la recherche au CCDS.

Pour ceux qui choisissent de devenir parents, les coûts des services de garde peuvent les faire passer au-dessous du seuil de pauvreté. Les difficultés financières sont particulièrement criantes pour un nombre croissant de familles monoparentales, qui ont augmenté de 8,2% à 12,5% de toutes les familles canadiennes avec des enfants de 1980 à 2002. Les familles d’immigrants sont également vulnérables. Le taux de pauvreté chez les enfants de familles biparentales d’immigrants était de 39% en 2001 – plus du double de la moyenne nationale de 18%. Cela à une époque où plusieurs pays européens ont réussi à garder leurs taux de pauvreté bien inférieurs aux nôtres.

Le bon côté de ce scénario plutôt sombre est que le gouvernement fédéral a finalement reconnu qu’il est temps d’agir. Les services de garde avaient une place prépondérante dans le budget fédéral et tout au long de la récente campagne électorale. Puis le dernier discours du Trône a promis «un véritable régime national de services de garde et d’éducation de la petite enfance». La nomination de l’ancien joueur de hockey vedette Ken Dryden comme ministre du développement social a créé des attentes élevées.

Le gouvernement fédéral a plus de raisons que jamais d’investir dans les services de garde, et le besoin de participation provinciale est tout aussi important.

D’abord, il y a un consensus croissant national et international dans ce domaine. Un sondage effectué en 2001 par la Fédération canadienne des services de garde à l’enfance a indiqué que 90% des Canadiens étaient d’accord ou tout à fait d’accord que nous devrions avoir un régime national de services de garde. De plus, 86% étaient d’accord ou tout à fait d’accord qu’il devrait y avoir un régime de services de garde financé par l’État qui rende les services de garde accessibles à tous les enfants canadiens. Cela représente un fort contraste avec un sondage Gallup mené en 1982 dans lequel près de la moitié des Canadiens interrogés (49%) pensaient que les mères sur le marché du travail et leur famille devraient assumer la responsabilité de leurs propres arrangements de services de garde pour leurs enfants; seulement 41% pensaient que le gouvernement devrait partager cette responsabilité.

Deuxièmement, il y a l’exemple du Québec. Sur le plan international, la Suède et la France ont été reconnues pour la création de services de garde de qualité à prix abordable. Maintenant, le Québec a réussi à établir un régime universel et abordable de services de garde, malgré les contraintes fiscales qui sont familières à toutes les provinces.

À l’échelle internationale, tous les membres de l’Assemblée générale de l’ONU se sont engagés en 2002 à l’élaboration et à la mise en place de politiques et de programmes nationaux de développement de la petite enfance. De nombreux pays industrialisés sont déjà très avancés dans ce domaine : une enquête sur 12 pays par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2001 montre que tous ces pays ont pour but de financer publiquement au moins deux années de programme préscolaire. Dans les pays participant à l’enquête, les gouvernements payaient typiquement la plus grande portion des coûts du programme, tandis que les parents en assumaient de 25% à 30%.

Finalement, il y a une mine de résultats de recherche qui démontrent comment les services de garde et d’éducation de la petite enfance profitent à l’ensemble de la société. Deux participants à la prochaine conférence du CCDS, l’économiste Michael Krashinsky de l’Université de Toronto et son collègue Gordon Cleveland, ont calculé 2 dollars de profit pour chaque dollar que le gouvernement investit pour améliorer les services de garde. La moitié du profit de l’investissement provient de la participation accrue des mères au marché du travail. Ce genre d’indicateurs aide à appuyer la cause et les décideurs commencent à tendre l’oreille. Les Canadiens ont fini par comprendre que les services de garde et d’éducation de la petite enfance apportent une contribution inestimable au développement de leurs enfants. Une étude après l’autre a démontré que la qualité des services de garde et d’éducation de la petite enfance améliore le développement tant à court terme que pour l’avenir. Plus les enfants reçoivent d’attention, d’éducation et sont bien encadrés, plus l’effet est positif. Les services de garde et d’éducation de la petite enfance de qualité facilitent particulièrement le développement des enfants qui font face à des conditions néfastes chez eux. On a même montré qu’ils aident à faire diminuer les taux éventuels de criminalité et à augmenter le revenu potentiel.

Avec la disponibilité de ce genre de résultats, les décideurs commencent à prêter plus attention. Il y a une vingtaine d’années, ils savaient que les services de garde pouvaient aider les femmes à participer au marché du travail et augmenter leurs chances d’égalité. On comprend mieux aujourd’hui que les services de garde et d’éducation de la petite enfance peuvent contribuer à répondre aussi à d’autres objectifs souhaitables. La conférence sur les services de garde qui est organisée par le CCDS est une occasion de célébrer les grandes avancées faites par les chercheurs et les défenseurs de cette cause. Cette vaste réunion de décideurs politiques, d’activistes sociaux, d’intervenantes de première ligne et de chercheurs est un témoignage de l’enthousiasme et de la détermination des Canadiennes et des Canadiens qui croient fermement que les enfants représentent notre avenir.

Marcel Lauzière est président-directeur général du Conseil canadien de développement social.


Le Conseil canadien de développement social
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