CONSEIL CANADIEN DE DÉVELOPPEMENT SOCIAL
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Perception: Volume 26, No. 1 & 2, 2003

Pour passer du risque au développement humain :
L’inclusion sociale au coeur du bien-être individuel et collectif

par Christa Freiler

Après deux ans d’études et d’exploration, la Fondation Laidlaw a adopté l’année dernière l’inclusion sociale comme orientation stratégique et conceptuelle de son programme de financement pour le Children’s Agenda. L’inclusion sociale est le successeur logique du programme Children at Risk (CAR) de la Fondation, qui a fourni son soutien pour Campagne 2000 et Le Progrès des enfants au Canada. Le programme CAR a aidé à créer des perspectives positives sur le bien-être des enfants, il a identifié des politiques publiques et des pratiques communautaires nécessaires pour assurer que tous les enfants s’épanouissent et il a transformé la politique publique d’une approche de «victimes» concernant le bien-être des enfants pour passer à mettre l’accent sur les forces, les atouts et les capacités.

L’inclusion sociale nous pousse encore plus avant – d’une «orientation de risque» à une approche de développement humain; de l’accent mis sur la marginalisation et le ciblage à une lutte pour la solidarité et l’universalité; de la préoccupation à inclure les exclus ou les marginalisés à un examen de ce à quoi on veut les inclure.

L’intérêt politique pour l’inclusion sociale a débuté en Europe, où elle était limitée à la présence des adultes sur le marché du travail. Le concept de la Fondation Laidlaw est à la fois différent et plus profond – nous considérons l’inclusion sociale comme le téléobjectif contemporain à travers lequel nous pouvons comprendre le bien-être social, l’égalité et la citoyenneté. La reconnaissance est centrale à ce nouvel entendement, comme le sont les notions antérieures de proximité sociale et économique.

Il y existe différentes perspectives sur le sens et le pouvoir de l’inclusion sociale.

Certains pensent que la question centrale est : L’inclusion sociale aide-t-elle à créer un terrain d’égalité pour que tous puissent participer au jeu, ou bien parle-t-on de changer les règles du jeu? Nous croyons que c’est les deux. Dans le même ordre d’idées, l’inclusion sociale encourage-t-elle la valorisation de la diversité et des différences, ou met-elle l’accent sur les points communs des expériences et des aspirations humaines – en tant que parents, que travailleurs et que voisins? Ici à nouveau, nous pensons que c’est les deux. Finalement, l’inclusion sociale n’est-elle rien d’autre qu’une nouvelle élucubration ou est-ce une nouvelle façon de penser et d’agir?

Traduire la nouvelle façon de penser en action

Voici quelles étaient les questions posées en novembre 2001 lors d’une conférence nationale coparrainée par la Fondation Laidlaw et le Conseil canadien de développement social. La réunion a mis les participants au défi de se demander si l’inclusion sociale mène à une nouvelle façon de penser et d’agir. D’importantes perspectives sont ressorties de ces discussions. Par exemple :

  • On peut considérer que l’inclusion sociale est une nouvelle façon de penser si elle nous inspire à concevoir de nouvelles approches pour confronter des problèmes sociaux et économiques complexes. Elle peut apporter une contribution importante à trois niveaux : a) législatif : un agenda sur les droits peut établir une base solide, mais nous avons aussi besoin d’un agenda sur les relations; b) en politique publique : elle peut servir de téléobjectif ou de filtre pour évaluer les décisions de politiques; et c) quant au processus : elle peut aider à assurer un véritable engagement civique, et non simplement des consultations de cinq minutes (de Sherri Torjman, Caledon Institute on Social Policy).

  • L’inclusion sociale a plusieurs niveaux et est complexe. Elle détient la promesse d’une société plus juste, mais nous devons d’abord savoir «de quel genre d’inclusion avons-nous l’intention? Inclusion dans quoi?». Que l’inclusion sociale se traduise par une nouvelle façon d’agir va dépendre de notre optique sur la présence des personnes marginalisées comme étant le résultat de mécanismes structurels défectueux ou peu judicieux, ou bien comme un problème de processus ou d’accès, mais où les mécanismes structurels sont fondamentalement valides (Marvyn Novick, Ryerson University).1

De quoi dépend l’inclusion sociale?

L’inclusion sociale est un concept complexe et une gageure qui ne peut se réduire à une seule mesure ou un seul sens. Suite à une série de documents commandités,2 deux conférences nationales et des sondages communautaires dans tout le pays, nous avons trouvé un accord considérable que l’inclusion sociale dépend des piliers suivants :

Valorisation – Conférer la reconnaissance et le respect aux individus et aux groupes. Par exemple, des politiques et des programmes qui reconnaissent les différences de développement des enfants et ne font pas équivaloir handicap et pathologie; du soutien pour les écoles communautaires qui sont sensibilisées aux différences culturelles et selon le sexe.

Occasions de développement humain – Nourrir les talents, les compétences, les aptitudes et les choix des enfants et des adultes afin qu’ils puissent vivre une vie qu’ils estiment et faire des contributions qui en valent la peine, tant à leurs yeux qu’à ceux des autres. Par exemple, assurer des possibilités d’éducation et de développement pour tous les enfants et les adultes; des garderies communautaires et des programmes récréatifs pour les enfants qui favorisent la croissance et qui soient stimulants, au lieu de n’être que des lieux de surveillance.

Participation et engagement – Avoir le droit et les soutiens nécessaires pour prendre ou participer à des décisions qui affectent la personne, la famille et la communauté, et être engagé dans la vie communautaire. Par exemple, l’engagement des jeunes et leur contrôle des services pour les jeunes; l’apport parental dans les programmes d’études scolaires ou les décisions d’orientation qui affectent leurs enfants; l’engagement des citoyens dans les décisions de politiques municipales; et la participation politique.

Voisinage – Partage d’espaces physiques et sociaux afin d’offrir des occasions d’interaction, si cela est désiré, et afin de réduire les distances sociales entre les gens. Par exemple, des espaces publics partagés, comme des parcs et des bibliothèques; des quartiers et des logements à revenus variés; des écoles et salles de classe intégrées; et des transports publics satisfaisants.

Bien-être matériel – Avoir les ressources matérielles permettant aux enfants et à leurs parents de participer pleinement à la vie communautaire. Cela comprend un logement sûr et sécuritaire et un revenu suffisant.

Et ensuite?

Le programme de la Fondation Laidlaw va mettre principalement l’accent dans les prochaines années à bâtir des communautés et des villes inclusives. On reconnaît de plus en plus que le bien-être des enfants et des familles est lié de près à l’endroit où ils vivent, à la qualité de leur quartier et de leur ville et aux installations sociales communes où les gens ont des échanges interactifs et partagent leurs expériences. L’inclusion sociale ajoute une dimension importante à l’intérêt croissant envers un «nouveau contrat pour les villes». (L’article par Clutterbuck et Novick aussi dans ce numéro de Perception décrit le partenariat de la Fondation Laidlaw avec la Fédération canadienne des municipalités et les travaux importants qui en sont le produit).

En conclusion, l’inclusion sociale a un potentiel énorme pour guider un agenda de politique publique transformatrice à la fois à l’échelon civique et national. Elle nous donne l’occasion d’explorer et d’appliquer de nouveaux moyens de faire progresser le bien-être individuel et collectif. Nous ne devons pas gaspiller cette occasion en ne faisant qu’utiliser «l’inclusion sociale» que comme un nouveau paravent pour justifier les mêmes vieilles politiques publiques et pratiques communautaires.

Notes

1. Tiré de l’énoncé préparé pour la conférence de novembre 2001, L’inclusion sociale : une nouvelle façon de penser? Pour d’autres informations, allez à www.ccsd.ca.

2. Les 12 documents de travail dans la série Perspectives on Social Inclusion peuvent être télédéchargés du site de la Fondation Laidlaw à www.laidlawfdn.org ou achetés en écrivant à workingpapers@laidlawfdn.org.

 

Christa Freiler est la coordinatrice du programme Children’s Agenda à la Fondation Laidlaw. On peut la rejoindre au (416) 964-3614 (bureau Laidlaw) ou au (416) 604-1869 ou à cfreiler@sympatico.ca

Perception: Volume 26, No. 1 & 2, 2003


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