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Perception

Le salaire minimum ne permet pas de subsister

par Shayla Elizabeth

Pendant une semaine en octobre, la Just Income Coalition (coalition pour un revenu juste) – un groupe manitobain plaidant en faveur de la justice économique pour les personnes et les familles à faible revenu dans la province – a lancé une campagne coordonnée pour aborder la question des niveaux insuffisants du salaire minimum. Du 2 au 10 octobre, 12 événements ont été organisés dans le cadre de la “Just Income Week” (semaine du revenu juste) afin de faire prendre conscience à la population et au gouvernement de la manière dont les bas salaires affectent la vie des Manitobains et nuisent à l’économie.

Le salaire minimum est en général considéré comme le repère économique de l’économie des salaires, mais depuis les années 1970, le salaire minimum au Manitoba a baissé régulièrement lorsqu’il est ajusté au taux d’inflation. (S’il avait suivi les augmentations du coût de la vie, il serait maintenant à plus de 9,25 $ de l’heure). À son niveau actuel, le salaire minimum est insuffisant pour subvenir aux besoins de la plupart des individus et des familles. Un adulte avec deux enfants, par exemple, devrait travailler plus de 85 heures par semaine pour seulement atteindre le seuil de faible revenu de Statistique Canada! Winnipeg Harvest, la plus grande banque alimentaire de la ville, indique que les gens qui ont un emploi sont le segment qui s’accroît le plus vite des utilisateurs de banque alimentaire. Dans la dernière moitié des années 1990, le pourcentage de revenu ménager provenant de travail rémunéré parmi les familles qui ont recours à Harvest pour s’alimenter a grimpé de 19% à 27%.

La Just Income Coalition a recommandé au gouvernement provincial d’adopter une stratégie à court terme et une stratégie à long terme en vue de faire face à la pauvreté causée par les bas salaires. Les membres de la Coalition demandent une augmentation immédiate d’1 $ au salaire minimum (à 7,75 $ de l’heure), suivie d’augmentations régulières jusqu’à atteindre un niveau de salaire permettant de subsister d’environ 9 $ de l’heure – soit 60% des salaires hebdomadaires moyens. À ce stade, disent-ils, le taux devrait être indexé à quelque mesure pour des ajustements annuels, afin d’assurer qu’il ne se dévalue pas au fil du temps.

Depuis sa création à l’automne 2002, la Just Income Coalition s’est élargie d’un petit groupe de 12 organismes à une adhésion de plus de 60 membres, y compris 30 organismes de soutien. Elle est unique en ce qu’elle a des représentants de divers secteurs, dont des groupes religieux, communautaires, des syndicats, des organisations féministes, Autochtones et de politique sociale. La co-facilitatrice de la Coalition, Jean Altemeyer, dit que le point commun est que les membres s’intéressent tous à la justice sociale et aux questions de pauvreté, quelle que soit leur orientation personnelle. «C’est important de travailler avec d’autres groupes sur des préoccupations communes, parce des voix venant de milieux variés peuvent avoir plus d’impact», dit Altemeyer.

L’idée d’une Just Income Week (semaine du juste revenu) s’est formée après qu’un organisme religieux de la Coalition a exprimé son inquiétude que la méthode «essai-raté» d’organiser des événements isolés n’était pas efficace pour engager le public et le gouvernement dans un débat dynamique autour des faibles salaires. De plus, une pétition demandant aux partis politiques du Manitoba de prendre un engagement envers les recommandations de la Coalition, n’avait abouti à rien. Pour y remédier, le groupe a suggéré une approche plus coordonnée avec une série intensive d’événements et d’activités sur une courte période de temps. Le principe était semblable à celui utilisé par les éducateurs : il faut répéter un sujet plusieurs fois, de plusieurs manières différentes, si on veut que les gens le comprennent et s’en souviennent.

Ensemble, les membres de la Coalition ont planifié et organisé 12 événements différents, allant de théâtre de rue à des forums publics. La Coalition a aussi tiré avantage de l’attention des média engendrée par les activités de la semaine pour récolter des signatures pour sa pétition lors de chaque événement. Le slogan non officiel est devenu «une économie juste, une communauté juste, un monde juste. Un revenu juste pour tous», avec des boîtes géantes de macaroni en guise de symbole visuel.

Une grande ouverture le 2 octobre au parc d’Air Canada dans le centre-ville de Winnipeg a lancé les événements de la semaine. Les chanteurs populaires Stuart et Russell ont interprété des chansons écrites tout spécialement pour la semaine, et une troupe de Winnipeg, Just Theatre, a présenté «Unjust Income Circus» pour illustrer la multitude de problèmes qui affligent les gens qui doivent subsister sur un salaire minimum. Les actes du cirque comprenaient un jongleur au salaire minimum, un dompteur de lions endetté, et un équilibriste de nutrition saine sur corde raide qui était en proie à une boîte géante de macaroni et un saucisson géant de viande reconstituée.

Le 3 octobre, il y a eu une conférence de presse à la banque alimentaire pour annoncer la publication d’une lettre ouverte signée par les leaders de 15 groupes religieux au Manitoba qui endossaient la campagne. La lettre, ayant pour titre «Making the Desert Bloom» (faire fleurir le désert), enjoignait le gouvernement d’augmenter le salaire minimum à un salaire de subsistance afin de donner «aux travailleurs en bas de l’échelle des salaires les moyens de subvenir à leurs besoins, de la dignité et de l’espoir». C’était la première fois depuis bien des années que les leaders écclésiatiques du Manitoba avaient conjointement signé une lettre sur une question de justice sociale, et la diversité des leaders religieux démontrait le large soutien écuménique dans ce domaine. Le message d’un salaire juste était aussi au centre des services religieux du dimanche, avec une trousse sur la pauvreté développée par le groupe religieux pour guider les services.

Le 6 octobre, le Social Planning Council of Winnipeg (SPCW) et le Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba ont été les hôtes d’une table ronde sur la pauvreté parmi les groupes communautaires francophones. Une présentation par Marcel Lauzière, président-directeur général du Conseil canadien de développement social, a fait valoir le besoin de développer une approche pluridisciplinaire et holistique dans l’élaboration de la politique sociale.

M. Lauzière a aussi fait une allocution le jour suivant au Centre Autochtone, à un forum organisé par le SPCW et la Faculté de travail social de l’Université du Manitoba, au cours de laquelle il a souligné l’importance de mettre le développement social au centre de l’agenda de politiques publiques. Un atelier sur la pauvreté au Canada de nos jours («Poverty in Canada Today») a consitué un autre événement ce jour-là, avec pour hôte Kairos à l’église Kateri et pour facilitatrice Joan Johannson, une porte-parole locale contre la pauvreté, auteure et politicienne. Ce forum a permis aux gens de discuter de l’idéologie et des valeurs de la société en général et de les comparer à des points de vue différents.

Le mercredi, il y a eu quatre différents événements. Le mouvement des étudiants chrétiens à l’Université de Winnipeg a été l’hôte d’une discussion sur la pauvreté des étudiants de nos jours. Le SPCW et le Centre canadien de politiques alternatives, du Manitoba, ont organisé un séminaire pendant l’heure du déjeuner au campus du centre-ville de Red River College, portant sur des perspectives nationales et locales au sujet du salaire minimum. Ken Battle, président du Caledon Institute of Social Policy, a parlé de son rapport, Minimum Wages in Canada: A Statistical Portrait with Policy Implications, qui fournit une analyse détaillée des salaires minimum au Canada.

À la chapelle de la Faculté de théologie de l’Université de Winnipeg, il y a eu une veillée sur la pauvreté des enfants qui s’est tenue avec des prières de multiples religions, des chandelles et des lectures par des étudiants du Horizons Adult Learning Centre. Ils ont fait part d’expériences personnelles sur les luttes et les difficultés résultant d’essayer de subsister sur un salaire minimum. L’événement final ce jour-là était un forum co-parrainé par le Provincial Council of Women of Manitoba et le département de sciences politiques de l’Université de Winnipeg, qui s’intitulait «(Un)Just Income: Passport to Poverty» (revenu injuste : un passeport pour la pauvreté). Le forum comportait des présentations par Ken Battle, Gail Watson, coordinatrice du Women, Income and Health Project for the Women’s Health Clinic, et Sharon Taylor, directrice de Wolseley Family Place. En plus de discuter de la perspective d’ensemble des salaires minimum au Canada, ce forum a centré l’attention sur les effets néfastes pour la santé de la pauvreté chez les femmes et a illustré les conditions tragiques vécues par les femmes vivant dans la pauvreté, loin du regard public et très en dessous du degré de conscience publique.

L’événement de gala de la Just Income week était le 1er concert annuel de bienfaisance L.I.T.E. “Taking it to the Dance Floor,” qui a eu lieu au West End Cultural Centre. Le journaliste de CBC et comique Al Rae a tenu le rôle de maître de cérémonie pour les activités de la soirée, qui comprenaient le lancement d’un vidéo, des chansons par Stuart et Russell, de la musique de guitare acoustique par Lindsay Jane, le Unjust Income Circus, et un spectacle dynamique par une bande Autochtone de 11 membres, Burnt, qui a présenté un assortiment de blues, jazz, rock, funk, et d’influences traditionnelles des Premières Nations.

Le dernier événement de la semaine a été la présentation des pétitions – avec 7 867 signatures – qui ont été livrées à Steve Ashton, ministre du Travail intérimaire, à Jon Gerrard, Leader du Parti Libéral, et à Jeff Parr, sous-ministre du Travail. Des représentants de chaque organisme membre de la Coalition étaient présents à l’Assemblée législative quand M. Ashton a reçu les pétitions et a réaffirmé l’engagement de son gouvernement de continuer à améliorer la salaire minimum.

La participation pendant toute la semaine a été encourageante et comprenait des activistes communautaires, des intellectuels, des étudiants, des représentants du gouvernement, des membres du milieu des affaires et du grand public. Les média ont redoublé d’attention et on espère que cela va susciter une suite au débat sur le salaire minimum au Manitoba.

Dans son dernier discours du Trône, le gouvernement du Manitoba a annoncé une augmentation de 25 sous au salaire minimum, entrant en vigueur en avril 2004. Cela fera passer le salaire minimum au Manitoba à 7 $ de l’heure et même si c’est encourageant, les membres de la Coalition s’inquiètent que cette mesure ne va pas assez loin, ni assez vite. «Nous voulons des mesures qui soient substantielles», dit Wayne Helgason, un porte-parole de la Coalition. Il fait remarquer qu’un Manitobain sur cinq – en général des personnes Autochtones, des femmes, des personnes handicapées et des familles monoparentales – vivent actuellement sous le seuil de pauvreté.

Dans les prochains mois, la Coalition prévoit de rencontrer le Premier ministre et son caucus pour plaider en faveur d’une augmentation substantielle du salaire minimum et de l’indexation vers un salaire permettant de subsister. La réussite de Just Income Week a confirmé qu’il y a du soutien au Manitoba pour un salaire minimum équitable, mais les membres de la Coalition savent qu’il y a encore du chemin à parcourir pour fiare en sorte que cela devienne une réalité.


Pour en savoir plus, allez à www.just-income.ca ou envoyez un courriel à info@just-income.ca. On peut aussi appeler par téléphone la Just Income Coalition au (204) 943-2561 ou par fax (204) 942-3221.

Shayla Elizabeth travaille au Social Planning Council of Winnipeg.

Note de la rédaction :

Le 2 janvier 2004, le gouvernement du Manitoba a annoncé une hausse des taux d’assistance sociale de 20 $ par mois pour les personnes handicapées, les personnes seules et les couples sans enfant, à compter du mois de février. Un adulte vivant seul recevra désormais 466 $ par mois, et une personne seule handicapée recevra 696 $ par mois. David Northcott, directeur exécutif de la banque alimentaire Winnipeg Harvest a dit que si cet argent supplémentaire est certainement apprécié, cela ne représente qu’une fraction de ce qui est nécessaire. Une personne vivant seule à l’assistance sociale recevra maintenant juste un peu moins de 5 600 $ par an. «Tandis que le seuil de pauvreté pour une personne seule est de 15 300 $ par an, 5 000 $ sont loin d’être suffisants» a dit Northcott.

Le gouvernement néo-démocrate a aussi annoncé qu’il allait éliminer la récupération de la Prestation nationale pour enfants sur les chèques de l’assistance sociale pour les enfants de 12 à 17 ans (le Manitoba avait déjà supprimé la récupération pour les enfants de moins de 12 ans).. Les activistes contre la pauvreté étaient ravis de ce déroulement. «Le supplément de prestation ne les fera pas sortir de la pauvreté», a dit Wayne Helgason, directeur exécutif du Social Planning Council of Winnipeg, «mais cela va surement alléger la profondeur de la pauvreté». L’élimination de la récupération sera une amélioration importante pour les familles les plus pauvres au Manitoba, d’après la ministre des Services à la famille et du Logement Christine Melnick. «Cela va remettre 13,7 millions de dollars directement dans les mains des personnes à faible revenu dans notre province» a commenté Melnick.

De plus, tel qu’annoncé dans le budget provincial en avril dernier, le salaire minimum va augmenter de 25 sous pour passer à 7 $ de l’heure à compter du 1er avril.

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