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L’éducation spéciale au Canada

par Angela Gibson Kierstead et Louise Hanvey

Introduction

Le système scolaire au Canada est une ressource communautaire cruciale pour nos enfants. Au cours des dernières années, on a vu de plus en plus s’accroître les préoccupations sur les ressources pédagogiques offertes aux enfants avec des besoins spéciaux. Dans un certain nombre de provinces, on s’est inquiété au sujet du financement et de la prestation des services d’éducation spéciale. Afin d’examiner la situation actuelle au Canada, le CCDS a conduit dans chaque province des sondages auprès d’organismes clé avec des experts dans le domaine de l’éducation spéciale. Le but général de cette enquête était d’obtenir une perspective personnelle et sur le terrain au sujet de l’éducation spéciale au Canada aujourd’hui. En interrogeant des experts qui s’occupent de ces questions tous les jours, nous avons obtenu une idée plus réaliste des problèmes faisant face tant aux enseignants qui travaillent dans ce domaine qu’aux étudiants qui ont besoin de ces services.

Sondage

Pendant l’été 2000, le CCDS a mené un sondage indépendant auprès d’informateurs clé. Dix sept experts dans le domaine de l’éducation spéciale au Canada ont été interviewés et ils ont fourni une quantité considérable d’information détaillée.

Le sondage se divisait en trois segments principaux :
  • Profil général des services d’éducation spéciale
  • Évaluation du niveau de réponse aux besoins des enfants
  • Les ressources pour l’éducation spéciale

État actuel des services d’éducation spéciale

Une très grande majorité des répondants (88%) ont indiqué que leur système pédagogique avait subi une restructuration énorme dans les cinq dernières années. Quand on leur a demandé si cette restructuration avait affecté davantage la prestation des services d’éducation spéciale, 82% ont dit que c’était bien le cas. Il est évident que les provinces qui ont subi une restructuration de leur éducation en ont senti les répercussions sur la prestation des services.

Votre système pédagogique a-t-il subi une restructuration dans les 5 dernières années?

Nous leur avons aussi demandé si le système scolaire de leur province répondait aux besoins des étudiants avec des besoins spéciaux. Seulement 19% pensaient qu’on répondait aux besoins de ces enfants. Quand on leur a demandé si leur système scolaire était en mesure d’identifier tous les enfants qui pourraient bénéficier des services d’éducation spéciale, la réponse était mitigée : 59% ont répondu Oui, mais 41% ont dit que leur système scolaire ne pouvait pas identifier tous les enfants avec des besoins spéciaux. Tous les experts interviewés ont commenté que la fourniture des services d’éducation spéciale au Canada était en voie de changement. Seulement 18% ont indiqué que leur province ou territoire était capable de fournir les services d’éducation spéciale à tous les enfants susceptibles d’en avoir besoin.

A-t-on répondu aux besoins des enfants?

Un des principaux secteurs d’intérêt de ce sondage portait sur la prestation des services en milieu rural et urbain. La majorité des répondants pensait qu’il y avait beaucoup d’inégalité dans la prestation des services entre ces deux environnements. Les enfants qui vivent en milieu urbain sont beaucoup plus susceptibles de recevoir un meilleur niveau de services que les enfants vivant en milieu rural. En tout 87% des répondants ont indiqué qu’on ne répond pas de la même façon aux besoins des enfants en milieu urbain ou rural.

Nous voulions aussi savoir si le besoin de services d’éducation spéciale avait augmenté, diminué ou était resté pareil dans les dernières années. On a demandé aux répondants si le nombre d’enfants nécessitant des services d’éducation spéciale avait augmenté dans les cinq dernières années. De manière retentissante, 94% d’entre eux ont indiqué une augmentation et 6% ont dit que le nombre n’avait pas changé. Quand on leur a demandé pourquoi il y avait eu une hausse aussi considérable, les répondants ont dit qu’en partie cette augmentation pourrait être attribuée à de meilleurs diagnostics précoces des difficultés d’apprentissage. Les parents d’aujourd’hui sont plus au courant des possibilités de difficultés d’apprentissage et cela mène aussi à des diagnostics plus précoces. Certaines commissions scolaires ont des dispositifs en place pour aider à déterminer si les enfants ont besoin de services d’éducation spéciale. À Terre-Neuve, par exemple, il y a un système de placement à plusieurs niveaux, appelé Pathways, qui détermine quels sont les besoins de l’enfant et s’il va nécessiter des services supplémentaires d’éducation spéciale.

Pensez-vous que dans votre province/territoire, le nombre d'enfants reconnus avec des besoins spéciaux a augmenté, diminué ou est resté pareil dans les 5 dernières années?

Les enfants avec des besoins spéciaux

Pour examiner comment les enfants avec des handicaps spécifiques sont desservis par le système scolaire, notre sondage s’est concentré sur certaines difficultés d’apprentissage précises. Nous avons aussi étudié le degré de variation dans la prestation de ces services entre les enfants en milieu urbain et ceux en milieu rural.

Les enfants physiquement handicapés étaient les plus susceptibles de recevoir un niveau acceptable de services, quel que soit leur lieu de résidence, urbain ou rural. Les évaluations des répondants étaient presque égales, 47% ayant déclaré «un service adéquat» pour les enfants physiquement handicapés vivant en milieu urbain et 46% pour les services aux enfants en milieu rural. Cependant, les enfants qui ont besoin de services d’éducation spéciale en raison d’un trouble auditif reçoivent des niveaux de services très différents selon leur lieu de résidence : 71% des répondants pensaient que les enfants vivant en ville recevaient un service complet ou suffisant, tandis que seulement 28% des répondants ont dit que les enfants avec des troubles auditifs et vivant en milieu rural recevaient des services d’éducation spéciale.

Le système scolaire d’aujourd’hui doit s’occuper d’un certain nombre d’enfants qui souffrent de troubles de déficit d’attention (TDA) ou de troubles de déficit d’attention et d’hyperactivité (TDAH). Malheureusement, d’après notre sondage, la majorité des enfants qui ont ces difficultés d’apprentissage ne reçoivent pas le niveau de soutien nécessaire de la part du système scolaire. Nos informateurs principaux ont donné une marque un peu plus élevée au milieu urbain qu’au milieu rural : 87% des répondants ont indiqué qu’on ne remplissait qu’à peu près ou de façon insuffisante les besoins des enfants souffrant de TDA/TDAH et vivant en milieu urbain; pour ce qui est des enfants vivant en milieu rural, un taux retentissant de 93% des répondants ont déclaré qu’on ne remplissait qu’à peu près ou de façon insuffisante les besoins de ces enfants. Il est évident que ce domaine doit être amélioré.

Nos informateurs principaux ont aussi dit qu’il est très difficile de fournir des services d’éducation spéciale aux étudiants avec des TDA ou TDAH, en raison du manque de personnel qualifié pour dispenser ces services. Les enseignants de salle de classe – qui n’ont souvent pas les compétences ou les connaissances nécessaires dans ce domaine – doivent quotidiennement venir en aide aux enfants souffrant de TDA/TDAH dans le courant normal de leurs responsabilités en classe. Dans plusieurs provinces, les enseignants ne sont même pas tenus de prendre des cours en éducation spéciale. Au lieu de cela, on attend d’eux qu’ils prennent ces cours plus tard, à leurs frais et souvent dans leur temps personnel, pour mieux s’équipper pour la classe.

Dans quelle mesure a-t-on répondu aux besoins des enfants souffrant de troubles de déficit d'attention/d'hyperactivité,
vivant en milieu urbain ou rural?

Les facteurs économiques de l’éducation spéciale

Quand nous avons posé aux répondants la question sur le niveau de financement de l’éducation spéciale dans leur province ou territoire, 82% ont dit qu’il était insuffisant. Quand on leur a demandé si le niveau de financement par personne pour l’éducation spéciale avait changé dans les cinq dernières années, 80% ont indiqué une augmentation, 13% une baisse et 7% ont dit qu’il n’avait pas changé. Alors que 80% indiquaient une augmentation, il est important de noter que dans les années 1990, plusieurs provinces ont subi des coupures de budget pour l’éducation – particulièrement pour l’éducation spéciale. Ce n’est que récemment que les budgets pour l’éducation spéciale ont commencé à remonter, mais certains répondants ont fait remarquer que les niveaux de financement d’aujourd’hui sont encore inférieurs à ce qu’ils étaient au début des années 1990.

Des spécialistes

Afin que les écoles puissent fournir des services d’éducation spéciale, il est nécessaire d’avoir des spécialistes formés pour traiter des questions spécifiques de l’éducation spéciale. Quand on a demandé aux répondants si à leur avis il y avait assez de spécialistes disponibles pour fournir ces services aux enfants, la majorité (88%) a indiqué que ce n’était pas le cas. En fait, non seulement il n’y a pas assez d’enseignants en éducation spéciale, leur nombre baisse rapidement : 53% des répondants ont dit que le nombre des enseignants en éducation spéciale avait baissé au cours des cinq dernières années, 27% ont dit qu’il n’avait pas changé, et seulement 20% ont indiqué une augmentation de leur nombre.

En plus d’enseignants en éducation spéciale, ils ont aussi signalé qu’il fallait une autre ressource nécessaire, sous forme d’assistants et d’aides pour les enseignants. La majorité des informateurs clé (88%) ont indiqué qu’il n’y avait pas assez de ces assistants et aides aux enseignants.

À votre avis, y a-t-il suffisamment d'enseignant-es en  éducation spéciale pour fournir les services nécessaires dans ce domaine dans votre province?

Tous les professionnels qui fournissent des services dans le domaine de l’éducation spéciale ne sont pas des enseignants. Plusieurs professionnels ne faisant pas partie du corps enseignant jouent un rôle clé dans ce domaine, comme les orthophonistes, les ergothérapeutes et les psychopédagogues. Quand on a demandé aux répondants s’il y avait assez de ces professionnels non enseignants, 100% ont déclaré qu’il n’y en avait nettement pas assez! De plus, 62% des répondants ont indiqué que le nombre de ces spécialistes est resté le même au cours des cinq dernières années et 38% ont dit qu’il y avait eu une diminution du nombre d’orthophonistes, d’ergothérapeutes et de psychopédagogues disponibles pour aider les enfants avec des besoins spéciaux.

Conclusion

Dans l’ensemble, les experts dans le domaine croient que l’éducation spéciale est en train de changer à travers le pays. La plupart des répondants ont exprimé une forte inquiétude en ce qui concerne la prestation des services d’éducation spéciale et le manque de spécialistes disponibles pour fournir ces services. Les répondants pensaient que leur système scolaire ne répondait pas aux besoins des enfants avec des besoins spéciaux, et ils ont fait part de leur inquiétude sur les différences dans la prestation des services entre le milieu urbain et rural. Le message qu’ils transmettent est qu’on ne répond définitivement pas de la même manière aux besoins de tous les enfants.

Tandis que la majorité des personnes interviewées pensaient que le financement par personne pour l’éducation spéciale avait augmenté dans les cinq dernières années, la plupart étaient d’avis que ce n’était encore pas assez pour fournir des services à tous les enfants avec des besoins spéciaux. Les complexités des formules de financement provincial ont rendu encore plus difficile pour certaines provinces d’obtenir du financement pour les enfants qui en ont besoin. En Ontario, par exemple, les répondants ont dit que les directives strictes rendent beaucoup plus difficile de recevoir de l’aide pour les enfants avec des besoins spéciaux. Dans bien des cas, le manque de financement s’est soldé par la perte des enseignants en éducation spéciale et des assistants. Selon Out of Focus, une publication de la Fédération des enseignants et enseignantes de niveau élémentaire en Ontario, il y a eu une grosse augmentation de la quantité de documentation requise des enseignants qui travaillent avec les étudiants qui ont des besoins spéciaux. On a entendu que cela peut prendre jusqu’à six heures pour remplir un seul formulaire d’éducation spéciale – temps perdu pour un enfant avec des besoins spéciaux qui en a tant besoin. Ce n’est qu’un exemple de la complexité des problèmes de financement concernant l’éducation spéciale et le type de répercussions que cela peut avoir sur les enfants.

Plusieurs des répondants interviewés ont tracé une image sombre de l’éducation spéciale au Canada. Les enseignants en éducation spéciale sont très en demande partout au pays, mais ils sont une ressource rare. Plusieurs de ceux qui auparavant cherchaient à faire carrière comme enseignant en éducation spéciale sont devenus réluctants à entrer dans cette profession à cause des pressions, du manque de ressources, du manque de financement et de l’augmentation de la charge de travail pour s’occuper des enfants avec des besoins spéciaux. Il est clair que les systèmes scolaires à travers le pays sont en fluctuation, mais vu la demande croissante de services d’éducation spéciale, il faudra faire les ajustements nécessaires pour que les enfants qui en ont besoin reçoivent les services qu’ils méritent.

 

Angela Gibson Kierstead est chercheure au Conseil canadien de développement social. Louise Hanvey est associée supérieure de recherche au CCDS et directrice du projet annuel du Conseil Le Progrès des enfants au Canada.


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