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L’accès aux programmes récréatifs au Canada

par Louise Hanvey

«Les enfants passent probablement plus de temps en moyenne par semaine en loisirs, jeux et activités récréatives qu’ils n’en passent à l’école. Et pourtant nous marginalisons cela. Beaucoup de gens ne comprennent pas l’importance du jeu de qualité, qu’il soit fournit par un organisme governemental, au sein de la famille, ou tout simplement dans la rue. L’accès à des activités récréatives de qualité pour tous les enfants constitue une prévention dans le domaine de la santé publique».

Ian Reid, Professeur, Récréation et études loisirs, Université du Nouveau Brunswick

Introduction

Les activités récréatives donnent aux enfants et aux jeunes des occasions de développer des compétences et de bâtir leur estime de soi. Lorsque les jeunes prennent part à des sports, à des programmes culturels et autres activités récréatives, ils ont une meilleure santé affective et un meilleur rendement scolaire. Au cours des dernières années, le rapport annuel du CCDS Le Progrès des enfants au Canada a fait le suivi des la participation des enfants aux activités récréatives et s’est particulièrement penché sur les questions d’accès. Selon l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ), les changements survenus de 1994 à 1996 montrent des résultats mitigés : les enfants participent moins aux sports et aux cours artistiques; leur participation à des clubs ou des groupes communautaires et à des jeux sur ordinateur ou vidéos est restée relativement stable; et leur participation à des camps d’été a augmenté. Les enfants pauvres, cependant, continuent de manquer d’accès à ce genre d’activités récréatives. Quel que soit le type d’activité, les enfants de familles au bas de l’échelle des revenus participent moins que les enfants des familles les mieux nanties.

Enquête

Durant l’été 2000 et en collaboration avec l’Association canadienne des loisirs et des parcs, le CCDS a mené une enquête auprès des Services municipaux des loisirs à travers le Canada pour examiner l’accès des enfants aux programmes. En tout, 167 services municipaux des loisirs ont participé à l’enquête, et toutes les provinces et tous les territoires étaient représentés parmi les répondants.

Enquête auprès des Services municipaux des loisirs

Répondants par province

Province

Nombre de répondants

Columbie-Britannique

34

Alberta

17

Saskatchewan

10

Manitoba

5

Ontario

35

Québec

28

Nouveau-Brunswick

15

Nouvelle-Écosse

8

Terre-Neuve

7

Île-du-Prince-Édouard

4

Territoires du Nord-Ouest

1

Nunavut

1

Yukon

2

TOTAL

167

On a examiné cinq domaines d’activités dans le cadre de l’enquête :

  • Programmes de natation pour les enfants d’âge scolaire
  • Programmes de natation pour les jeunes
  • Programmes sportifs pour les enfants d’âge scolaire
  • Programmes sportifs pour les jeunes
  • Programmes artistiques pour les enfants d’âge scolaire
  • Programmes artistiques pour les jeunes
  • Programmes après l’école pour les enfants d’âge scolaire
  • Centres d’accueil pour les jeunes

 

Quels sont les programmes qui sont offerts?

La majorité des services des loisirs interrogés offraient tous ces programmes. Les programmes les plus courants étaient les programmes de natation pour les enfants d’âge scolaire et pour les jeunes, et les programmes sportifs pour les jeunes. Presque tous les services des loisirs avaient ce type de programmes. Les services des loisirs avaient moins tendance à proposer des programmes artistiques, mais c’était quand même le cas de la majorité. Environ les trois quarts avaient des programmes artistiques pour les enfants d’âge scolaire et les deux tiers en avaient qui étaient destinés aux jeunes. Juste un peu plus de la moitié des services des loisirs (56%) offraient des programmes après l’école et 70% avaient des centres d’accueil pour les jeunes.

 

Proportion des répondants offrant chaque programme

Programmes de natation pour les enfants d’âge scolaire

90%

Programmes de natation pour les jeunes

88%

Programmes sportifs pour les enfants d’âge scolaire

93%

Programmes sportifs pour les jeunes

88%

Programmes artistiques pour les enfants d’âge scolaire

78%

Programmes artistiques pour les jeunes

66%

Programmes après l’école pour les enfants d’âge scolaire

56%

Centres d’accueil pour les jeunes

70%

 

Appliquent-ils des tarifs d’utilisation?

La grande majorité de ces services de loisirs appliquent un tarif au moins à quelques-uns de leurs programmes. Plus de 90% des services des loisirs appliquaient des tarifs sur certains de leurs programmes de natation, sportifs et artistiques, tandis que 87% appliquaient des tarifs aux programmes après l’école, et 70% appliquaient des tarifs sur les centres d’accueil pour les jeunes.

La majorité des services de loisirs interrogés appliquaient des tarifs à tous leurs programmes. En natation il était plus fréquent d’avoir des tarifs pour tous les cours – plus de 80% des cas – et dans 15% d’autres cas, il y avait des tarifs sur certains cours de natation. En sport, il était un peu moins courant d’avoir des tarifs appliqués à tous les cours.

 

Proportion des répondants qui appliquent des tarifs

Les tarifs sont-ils appliqués pour tous les enfants?

Parmi les services des loisirs qui appliquent des tarifs à tous les programmes, la grande majorité fait payer tous les enfants. Sur les 122 services des loisirs qui ont des programmes de natation pour les enfants d’âge scolaire, et les 120 qui en ont pour les jeunes, plus de 90% faisaient payer des tarifs à tous les participants. Sur les 113 services des loisirs qui appliquent des tarifs à tous leurs programmes sportifs pour les enfants d’âge scolaire et les 97 qui appliquent des tarifs à tous leurs programmes sportifs pour les jeunes, 86% et 78% respectivement font payer les tarifs à tous les participants. Par ailleurs, plus de 80% des services des loisirs qui appliquent des tarifs à leurs programmes artistiques pour les enfants d’âge scolaire et les jeunes, ainsi qu’aux programmes après l’école et aux centres d’accueil pour les jeunes, font payer ces tarifs à tous les participants.

En somme, à quoi cela revient-il? La proportion de services des loisirs qui appliquent des tarifs à tous les enfants dépend du type de programme. Environ 80% font payer tous les enfants pour les programmes de natation; moins font payer tous les enfants quand il s’agit de programmes après l’école (48%) ou de centres d’accueil pour les jeunes (31%).

Pourcentage des services des loisirs qui appliquent des tarifs pour tous les enfants

 

Quels sont les tarifs?

Il est pratiquement impossible de rapporter avec précision les coûts des activités récréatives pour les enfants – ou même les coûts moyens – étant donné les énormes variantes de prix de chacun des services des loisirs. Les tarifs appliqués dépendaient du type de cours et de sa durée.

Voici quelques exemples. Les tarifs des programmes de natation pour les enfants variaient de 20 $ à 65 $ pour une série de leçons (en général de 8 à 10 leçons). Les programmes de natation pour les jeunes comportaient souvent un instructeur ou une composante de leadership. Ce qui coûtait considérablement plus cher – aux environs de 100 $ à 200 $ par cours. Les tarifs des programmes sportifs étaient aussi très divers – de 10 $ à 300 $. Dans la plupart des cas, les coûts allaient de 40 $ à 200 $ pour la participation à une série de séances de soccer ou de basketball, par exemple. Les tarifs des cours de hockey dépendaient souvent des frais de location de l’aréna, qui dans certains cas étaient cités à 25 $ de l’heure. Plusieurs des répondants ont indiqué que les coûts dépendaient du groupe dirigeant l’activité sportive. Les tarifs des programmes artistiques avaient tendance à être moins chers, la plupart des répondants ayant estimé une série de leçons dans ce domaine coûtant de 25 $ à 75 $. Cependant, à nouveau, il y avait des exceptions, avec des ateliers en studio qui demandaient plus de 30 $ par leçon. Les tarifs des centres d’accueil pour jeunes avaient tendance à faire payer par visite, et variaient de 1 $ à 4 $.

Y-a-t-il des différences à travers le Canada?

La probabilité des services des loisirs d’appliquer des tarifs à tous leurs programmes varie à travers le Canada. Dans presque tous les cas, une plus grande proportion des services des loisirs en Alberta et en Ontario appliquaient des tarifs à tous leurs programmes d’activités récréatives et dans presque tous les cas, la proportion de services payants était la plus petite au Québec.

En Alberta, 93% des services des loisirs appliquaient des tarifs à tous les programmes de natation tant pour les enfants d’âge scolaire que les jeunes. En comparaison, le taux était de 70% au Québec. En Ontario, 93% des services des loisirs appliquaient des tarifs aux programmes de natation pour les jeunes et 85% en appliquaient pour les enfants d’âge scolaire. On a constaté la même tendance en sports et en programmes artistiques.

 

Services des loisirs appliquant des tarifs à tous les programmes de natation, par région

La tendance était quelque peu différente pour les programmes après l’école et les centres d’accueil pour les jeunes. En Colombie-Britannique, 80% de tous les services des loisirs appliquaient des tarifs aux programmes après l’école pour les enfants d’âge scolaire, par rapport à 29% en Alberta et 44% au Québec. En Ontario, 60% des services des loisirs appliquaient des tarifs aux centres d’accueil pour les jeunes, par rapport à 15% au Québec, 27% au Manitoba et en Saskatchewan, et 32% en Colombie-Britannique.

Les tarifs ont-ils changé dans les cinq dernières années?

Dans la majorité des cas, les tarifs des programmes de natation, sportifs et artistiques ont augmenté au cours des cinq dernières années. Dans 15% à 20% d’autres cas (selon le programme), des tarifs avaient été mis en application au cours des cinq dernières années. Dans environ un quart des cas, les tarifs n’avaient pas changé, tandis qu’ils avaient baissé dans moins de 2% des cas.

La plupart des services des loisirs ont signalé des augmentations de tarifs de 10% à 25%. C’était le cas d’environ 40% des programmes de natation et sportifs et d’environ la moitié des programmes artistiques. En moyenne, les augmentations de tarifs étaient plus basses pour les programmes après l’école pour les enfants d’âge scolaire et les centres d’accueil pour les jeunes.

Les tarifs posent-ils un obstacle à la participation?

On a demandé aux services participant à l’enquête si à leur avis les tarifs représentaient un obstacle limitant la participation des enfants et des jeunes à leurs programmes récréatifs. De 13% à 20% des répondants pensaient que les tarifs représentaient un obstacle important, selon le type de programme. Plus de la moitié ont dit que les tarifs représentaient un obstacle modéré à la participation aux programmes de natation, sportifs et artistiques, tandis que 40% pensaient que les tarifs limitaient l’accès aux programmes après l’école et aux centres d’accueil pour les jeunes.

La majorité (85%) des répondants s’efforçaient de maintenir ou d’accroître l’accessibilité financière à leurs programmes, grâce à diverses stratégies. La plupart ont dit que leur philosophie faisait qu’ils ne voulaient pas voir d’enfants ou de jeunes incapables de participer à leurs programmes en raison de difficultés financières. La méthode la plus courante utilisée pour mettre en application cette philosophie consistait à offrir des subventions aux familles à faible revenu, et plusieurs services des loisirs avaient un fonds spécial en réserve à cet effet. Dans la plupart des cas, cependant, la subvention avait un plafond et les familles devaient s’identifier afin de recevoir la subvention. Dans d’autres cas, tous les enfants avaient une subvention, ici encore sous divers formats. Certains services des loisirs subventionnaient un pourcentage de tous leurs programmes. Certains offraient aux familles un prix fixe par enfant par an. D’autres offraient aux familles une période d’utilisation spécifique pendant l’année, par exemple une semaine par an. D’autres offraient des programmes spécifiques gratuits pour tous les enfants, par exemple pour apprendre à nager.

Plusieurs programmes faisaient payer des surcharges à des groupes spécifiques afin d’aider à financer leurs programmes pour les enfants. Par exemple, ils mettaient des surcharges pour les adultes ou les non résidents afin de compenser les coûts des programmes pour enfants. Certains services des loisirs cherchaient un financement extérieur pour soutenir leurs programmes récréatifs. Dans la majorité des cas, ce financement provenait du secteur privé, mais parfois un service municipal des loisirs travaillait en partenariat avec le secteur non lucratif. Certains services municipaux avaient accès à des programmes de subvention du gouvernement, et certains offraient aux familles à l’assistance sociale la possibilité de donner du temps bénévole à l’agence en échange de coupons ou d’accès gratuits aux programmes.

Les tarifs posent-ils un obstacle à la participation?

Autres obstacles à la participation

Presque tous les participants à l’enquête (88%) ont identifié d’autres obstacles qui pourraient empêcher les enfants d’âge scolaire et les jeunes d’avoir accès à leurs programmes, mais il y avait des différences selon les régions, l’Alberta étant le moins susceptible d’identifier d’autres obstacles.

Services des loisirs qui signalent d’autres obstacles, selon les types d’obstacles

Obstacle

Nombre de répondants

Transports

79

Soutien parental/familial

33

Social/ culturel

29

Coûts de l’équipement

28

Manque d’installations

17

Ne sont pas au courant

10

Manque de bénévoles

10

 

L’obstacle le plus courant était le manque de transport. Beaucoup d’enfants et de jeunes n’ont simplement aucun moyen de se rendre aux installations pour participer aux activités. Dans les communautés rurales par exemple, il n’y a pas de service d'autobus, mais même en milieu urbain, il y a des problèmes. Parfois, il y a un service d'autobus, mais mal desservi, surtout le soir. Les installations étaient souvent loin de l’école des enfants, sans moyens de transport.

Le soutien parental ou familial était aussi considéré comme un obstacle. La plupart du temps, ce n’était pas que les parents ne voulaient pas que leur enfant participe, mais ils étaient trop pris à travailler ou à s’occuper d’autres membres de la famille pour être en mesure d’aider leurs enfants à avoir une activité récréative. On a souvent indiqué que les familles monoparentales avaient beaucoup de difficultés dans ce domaine.

On considérait aussi que les barrières sociales et culturelles étaient importantes. Certains répondants ont dit que leur service desservait un mélange varié d’enfants de plusieurs origines ethniques, et que les enfants ne se sentaient pas à l’aise de participer, ils ne se considéraient pas concernés par ces activités ou n’avaient pas d’expérience antérieure et par conséquent n’étaient pas à l’aise. Parfois, on pensait que c’était un problème au sein de la famille, quand les familles n’avaient pas d’expérience passée avec ce type d’activité, n’y donnaient aucune importance et n’encourageaient pas leurs enfants à y participer. Chez les jeunes, la pression des autres a parfois été identifiée comme un obstacle à la participation – les activités qui ne sont pas considérées «cool» ou qui n’intéressent pas les jeunes. D’autres répondants ont indiqué que les familles qui vivent dans des circonstances socioéconomiques difficiles étaient souvent mal à l’aise avec les services ou mal à l’aise de devoir s’identifier comme étant dans le besoin.

D’autres obstacles à la participation aux programmes récréatifs comprenaient le manque d’installations, le coût élevé des équipments et le manque de bénévoles.

Juste un peu plus de la moitié des services interrogés (57%) avaient mis en place des stratégies pour réduire ces obstacles, y compris offrir des programmes où on peut se rendre à pied, fournir des moyens de transport, et modifier les horaires des programmes pour être mieux adaptés aux parents qui travaillent. D’autres stratégies consistaient à collaborer avec divers groupes culturels et communautaires pour faire connaître les programmes et les services, pour s’assurer que le personnel des programmes soit représentatif de la communauté desservie et pour favoriser les échanges d’équipment afin de réduire les frais des parents.

À nouveau, il y avait des différences régionales : 75% des services des loisirs en Ontario avaient élaboré ce type de stratégies, par rapport à seulement 25% au Manitoba et en Saskatchewan.

 

Louise Hanvey est chercheure et analyste de politiques, cadre supérieur, au CCDS.

Cette étude est basée sur les résultats d’une enquête menée durant l’été 2000 par le Conseil canadien de développement social auprès des Services municipaux des loisirs, en collaboration avec l’Association canadienne des loisirs et des parcs. Tous les tableaux et graphiques ci-dessus font rérérence à cette étude.

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