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L'initiative de développement de la petite enfance : défis pour le secteur bénévole

par Marcel Lauzière

L'annonce faite le 11 septembre 2000 par le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires sur l'initiative de développement de la petite enfance a reçu une critique mixte de la part du CCDS et de nombreuses autres organismes du secteur bénévole et communautaire, y compris des membres de l'Alliance nationale pour les enfants. D'un côté, on a applaudi le nouveau financement car il représente une reconnaissance concrète de l'importance d'investir dans nos enfants. Mais d'un autre côté, le niveau de financement est nettement insuffisant et on manque de clarté sur la façon précise dont les fonds seront dépensés et la manière dont les gouvernements en rendront compte aux Canadiens.

Dans son Discours du Trône d'octobre 1999, le gouvernement Libéral s'était engagé à signer une entente avec les provinces sur le développement de la petite enfance, une composante importante du plus vaste Programme d'action pour les enfants pour lequel le CCDS ainsi que bien d'autres se sont faits le porte-parole. La date limite était fixée à décembre 2000.

Cet engagement en main, le secteur bénévole a pressé le gouvernement fédéral à annoncer un financement dans son budget de février 2000, en espérant que cela inciterait les provinces à participer. Malheureusement, le budget n'a envoyé aucun signal en ce sens. Au lieu de cela, la question du financement pour le développement de la petite enfance est tombé en proie aux disputes habituelles fédérales-provinciales, le gouvernement fédéral indiquant qu'il était prêt à aller de l'avant, et les provinces déclarant que les enfants étaient en fait une priorité, mais qu'aucune entente ne serait signée avant que les paiements de transfert aux soins de santé ne soient rétablis.

L'impasse semblait insurmontable. Et puis soudainement, les choses ont commencé à bouger et le gouvernement fédéral a commencé à laisser entendre la possibilité de restaurer les transferts aux soins de santé. Tout ceci s'est terminé par la réunion fédérale/provinciale/territoriale en septembre dernier et la signature d'une entente sur le rétablissement des paiements de tranfert dans le cadre du Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS). La voie était ouverte pour une entente sur une initiative de développement de la petite enfance*, deux bons mois avant la date limite de décembre 2000!

Même si cette entente était une raison de célébrer, un examen plus approfondi a quelque peu calmé notre enthousiasme.

Tout d'abord, le montant du financement est insuffisant. L'entente a annoncé 2,2 milliards de dollars sur cinq ans. Même si cela a l'air d'une grosse somme d'argent, c'est bien moins de ce qu'on avait espéré. Pour mettre les chiffres en contexte, avec les 2,5 millions d'enfants de six ans ou moins au Canada - le groupe ciblé par l'initiative - ce financement se traduit par juste un peu plus de 100 $ par enfant au cours des cinq prochaines années.

Deuxièmement, l'entente reste vague sur la façon exacte dont les fonds seront utilisés. Tout ce que nous savons jusqu'à présent, c'est que le gouvernement fédéral et les provinces se sont mis d'accord pour investir dans quatre domaines : le nouveau financement servira à promouvoir la santé durant la grossesse, à la naissance et pendant la petite enfance; à améliorer le soutien aux parents et aux familles; à renforcer le développement de la petite enfance, l'apprentissage et les soins aux enfants; et à renforcer les soutiens aux communautés.

Bien que le CCDS reconnaisse que chaque province doit adapter ses programmes et services à ses propres circonstances, il n'y a aucune indication sur la façon dont les provinces décideront de leurs priorités et feront leurs choix. De plus, les fonds seront acheminés aux provinces par l'intermédiaire du TCSPS, qui est un financement global. Cela rendra très difficile aux Canadiens de contrôler comment les fonds seront alloués.

À mon avis, il y a plusieurs défis d'envergure qui se dessinent à l'horizon pour le secteur bénévole et communautaire. D'abord, nous devons collectivement assurer que tous les gouvernements provinciaux déterminent des priorités pertinentes auxquelles donner leur soutien. L'entente parle du besoin de mécanismes efficaces afin de permettre aux Canadiens de participer à l'établissement des priorités. Nous devons faire en sorte que cela se passe ainsi et que les parents, les organismes et les fournisseurs de services oeuvrant au nom des enfants et qui sont au courant des besoins, aient un rôle central dans ce procédé.

Le secteur doit aussi garder à l'oeil les gouvernements en ce qui concerne le suivi et le compte rendu des résultats et ce qui ressort de l'application des programmes. En bref, dans cinq ans nous voudrons savoir si nous avons fait de véritables progrès en tant que pays. L'entente parle de l'engagement des Premiers ministres de développer des indicateurs comparables et de faire des comptes rendus annuels. Le défi pour notre secteur sera d'assurer que les indicateurs appropriés seront choisis et développés afin que nous puissions effectivement mesurer les résultats de ces investissements. Pour que cela se produise, les gouvernements devront collaborer de près avec le secteur.

Troisièmement, sur la question du financement, il faut continuer à faire pression. Il ne fait aucun doute que l'annonce de septembre est un pas dans la bonne direction, mais il faudra consolider le financement afin de mettre en place un programme d'action pour les enfants vraiment complet pour le 21e siècle. Nous ne pouvons laisser le gouvernement fédéral et les provinces croire que la question des enfants a désormais été résolue. Tout au moins, les besoins urgents des enfants d'âge scolaire et des adolescents requièrent notre attention.

Si nous voulons répondre à ces défis, le secteur bénévole devra collaborer comme jamais auparavant, étant donné que l'environnement a changé avec l'Entente-cadre de l'Union sociale. En particulier, il faudra compter sur une collaboration réelle et efficace parmi les organismes, à l'échelon national, provincial et régional, si nous voulons faire entendre notre voix collective.

Dans ce cas, les organismes chapeautés par l'Alliance nationale pour les enfants et autres coalitions doivent faire en sorte que le gouvernement fédéral continue de reconnaître comme une priorité les investissements pour les enfants. Les organismes pan-canadiens auront aussi un rôle important à jouer dans le développement d'indicateurs comparables dans tout le pays et pour faciliter le partage d'expériences et des meilleures méthodes.

Les organismes provinciaux et régionaux doivent aussi jouer un rôle important de chef de file en assurant que leurs gouvernements respectifs identifient les priorités pertinentes et allouent les fonds en conséquence, respectent leurs engagements de faire le suivi et de rendre compte des résultats, et reconnaissent l'importance d'augmenter les investissements provinciaux pour les enfants.

L'initiative est une percée importante mais elle représente également des défis de taille pour le secteur bénévole et communautaire. Ce sera un test sur la façon dont le secteur peut collaborer pour atteindre des résultats. Nous devons faire en sorte que les enfants et les familles récoltent tous les bénéfices de ces nouveaux investissements.

Marcel Lauzière est le directeur général du CCDS

* Bien que le gouvernement du Québec ne soit pas signataire de cette entente, il est important de noter qu'il a joué un rôle de chef de file en ce qui est d'investir dans les enfants.

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