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Rendre l'injustice illégale

par John Kane

Les grands événements nous prennent parfois par surprise. Il n'est pas toujours facile de se rappeler que ces moments, que nous considérons plus tard importants et grandioses dans l'histoire, faisaient à un moment donné partie de la vie de gens ordinaires, faisaient partie du quotidien. Quelque chose se passe au Québec, justement dans notre quotidien, qui pourrait bien changer le monde. C'est une vague grossissante de soutien envers un mouvement de citoyens et de citoyennes qui demandent au gouvernement du Québec de promulguer une loi-cadre visant à éliminer la pauvreté. Ce type de législation serait une première, non seulement au Canada, mais dans le monde. Et malgré les critiques, le projet s'approche plus près de la réussite que beaucoup ne l'auraient imaginé possible.

Ce mouvement n'est pas nouveau, mais il a grandi en taille et en importance au cours des dernières années. La cause est actuellement sous l'aile du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté, une large coalition de 21 associations communautaires, syndicales, féministes, religieuses, étudiantes et coopératives, qui ont produit l'année dernière un projet de loi à présenter au gouvernement du Québec. Le Collectif a le soutien plus de 1 400 organisations (groupes communautaires, syndicaux et paroissiaux et des municipalités à travers la province) et a déjà recueilli plus de 185 000 signatures à une pétition endossant l'idée d'une loi-cadre pour l'élimination de la pauvreté.

Vivian Labrie, l'une des principales activistes à rédiger le texte provisoire de la législation, est fière de ce que le Collectif a pu accomplir jusqu'à présent, surtout dans un contexte où le gouvernement est très préoccupé par la réduction du déficit et le contrôle de la dette. «Ce que nous faisons va de toute évidence à l'encontre des tendances actuelles de notre société, dit Mme Labrie. Mais cela suit le fil de l'histoire dans un contexte plus large». En fait, Mme Labrie considère le travail du Collectif comme une extension directe et logique du processus qui s'est enclenché depuis que les nations du monde ont déclaré en 1948 que «tous les êtres humains sont nés égaux en droits et en dignité». C'est aussi dans la lignée des déclarations plus récentes de l'ONU sur l'élimination de la pauvreté, y compris lors du sommet mondial de Copenhague en 1995.

Pendant plus de deux ans, l'équipe du Collectif appuyée par un groupe de bénévoles se sont mis à la tâche sur des versions successives de la proposition de loi, en s'appuyant sur les avis de la communauté, des syndicats et d'autres groupes. Le texte finalisé actuel a été adopté après des consultations publiques étendues. «Notre ligne directrice était que ce devait être une loi venant du peuple. Elle ne tiendra pas si les gens ne l'appuient pas, il faut que la majorité la veuille et la soutienne», explique Mme Labrie. Et les gens semblent d'accord. Dernièrement, en mai, environ 2 000 manifestant(e)s se sont rassemblés devant l'Assemblée nationale à Québec pour exprimer leur soutien à la proposition de loi du Collectif.

La proposition de loi établit trois principes pour guider le gouvernement. D'abord, que l'élimination de la pauvreté soit une priorité digne de la même urgence qui a été accordée à l'élimination du déficit. Deuxièmement, que les revenus des plus démunis soient immédiatement rehaussés. Troisièmement enfin, que les personnes pauvres et les associations qui les représentent participent à la mise en place et à l'évaluation du programme de lutte à la pauvreté. Ce programme serait destiné à éliminer la pauvreté au Québec en 10 ans.

Récemment, des représentant(e)s du Collectif ont rencontré les élus des partis politiques au Québec pour leur présenter la proposition. Mme Labrie est résolue à ce que la proposition, du fait qu'elle provient des citoyens du Québec, soit endossée non seulement par le gouvernement, mais par l'ensemble de l'Assemblée nationale. Ce qui ne veut pas dire qu'elle a déjà été approuvée par quelqu'un. Le gouvernement du Québec, sans aucun doute préoccupé de ses finances, voit la proposition avec inquiétude. Les membres du Parti Québécois, cependant, ont voté lors de leur dernière convention en faveur du principe d'une loi pour éliminer la pauvreté.

Les partenaires du Collectif sont inquiets aussi que le gouvernement ne kidnappe le projet. Lorsqu'en juin des fuites ont laissé entendre que le gouvernement du Québec prévoyait lancer son propre livre blanc proposant une loi en vue d'éliminer la pauvreté, Vivian Labrie et ses collègues se sont alarmés. «Nous voulons que le gouvernement travaille à partir du plan que nous avons déposé, que nous avons passé deux ans à élaborer, que les gens du Québec ont endossé», a soutenu Mme Labrie. «Et non sur quelque autre base imposée du haut vers le bas».

Il reste à voir comment la gouvernement va réagir à long terme. Le Premier Ministre du Québec, Lucien Bouchard, a rencontré le 29 août les représentants du Collectif qui lui ont présenté la proposition de loi. Le Premier Ministre a dit qu'il étudierait le projet. Même si on ne s'attend pas vraiment à ce qu'il engage son gouvernement à prendre des mesures dans un avenir proche, Mme Labrie ne perd pas espoir. «Il faut la volonté politique. Nous avons lancé le débat sur la question. Les Québécois peuvent désormais se demander s'ils veulent que l'écart entre riches et pauvres s'élargisse, ou se réduise. Leur réponse forcera les dirigeants politiques à faire face à la question».

John Kane est agent de communications au CCDS

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