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Nous pouvons réduire la pauvreté des enfants et des familles

par Laurel Rothman

Alors que nous entrons dans le 21e siècle, les Canadiens doivent faire face à la dure réalité que l'écart de revenu se creuse entre les mieux nantis et les plus pauvres dans notre société. Les statistiques les plus récentes montrent que 1 274 000 enfants, soit 18,8%, vivaient en dessous du seuil de faible revenu en 19981. La prévalence de la pauvreté parmi les enfants et les familles reflète le manque de réelle détermination par la société d'investir dans des politiques et des programmes visant à l'épanouis-sement sain de tous les enfants et les jeunes2.

Le coût de la pauvreté est cher à payer pour nous tous. Dans un monde où la réussite et l'indépendance dépendent des compétences et des aptitudes des gens dans un pays, le Canada doit créer des conditions dans lesquelles chaque citoyen peut s'épanouir. La pauvreté peut léser les enfants de leurs chances de contribuer selon tout leur potentiel et elle nous dérobe tous de leurs contributions.

Une réponse de politique publique à la pauvreté infantile par cycle de vie

Dans son rôle de coalition de plus de 85 organismes partenaires nationaux, régionaux et communautaires dans tout le Canada, Campagne 2000 a toujours affirmé que le meilleur moyen d'améliorer les conditions dans la vie des enfants de familles pauvres était d'améliorer la situation de tous les enfants. Une politique publique à plusieurs volets qui réponde aux besoins de sécurité du revenu, de qualité dans le dévelop-pement de la petite enfance et des programmes de garderies, aux besoins de logements sûrs à prix abordable et à la nécessité d'emplois décents, est une approche essentielle s'il l'on veut créer les conditions qui peuvent améliorer le bien-être de tous les enfants.

Nous insistons pour que le Canada adopte une réponse à la pauvreté des enfants par une politique publique basée sur les cycles de vie. Ce type de politique est fondée sur la reconnaissance que dans chaque période de vie, les gens doivent répondre à des besoins précis. Le Canada doit créer une matrice de politiques et de programmes civiques à l'échelon national et régional pour soutenir les enfants à chaque étape de leur développement.

Des synergies créatrices parmi les familles, les communautés et les institutions de la société peuvent susciter un climat dans lequel les enfants peuvent réussir à bien passer les défis de chaque étape de leur développement. Il est essentiel d'avoir des politiques publiques solides pour faire en sorte que les enfants dans les familles à faible et moyen revenu aient la chance de réussir. Comme l'a récemment commenté Jerome Bruner, un psychologue américain réputé, «Hillary Clinton a peut-être raison qu'il faut tout un village pour élever un enfant. Mais le village serait en piteuse situation sans les fonds fédéraux et de l'état»3.

Un plan quinquennal pour un investissement social dans les familles canadiennes

Cela demande un remodèlement profond de nos politiques sociales et d'importantes ressources publiques de s'attaquer à la pauvreté des enfants et des familles au moyen d'une approche basée sur les cycles de vie. Le Canada fait face à des choix importants tandis que nos dirigeants se demandent comment faire le meilleur usage de nos ressources financières dans cette époque de croissance financière et de surplus budgétaire. June Callwood, auteur et activiste sociale, nous a récemment rappelé que «c'est l'époque la plus prospère dans l'histoire du Canada. Si nous ne posons pas les fondations pour bien nous occuper de nos enfants maintenant, alors qu'allons-nous faire dans les périodes de creux de la vague qui ne manqueront pas de venir?»4

Les partenaires nationaux et communautaires de Campagne 2000 proposent que le gouvernement fédéral présente un plan d'investissement social de cinq ans pour les enfants, avec des cibles et des objectifs bien clairs. Cette mission déterminante engagerait la nation à donner une chance égale à chaque enfant dès la naissance et un départ sain pour chaque parent. Les objectifs principaux, en accord avec la vision générale du Plan d'action national pour les enfants, seraient entre autres :

  • d'assurer l'intégrité de nos valeurs démocratiques en tant que nation.
  • d'honorer nos engagements internationaux à l'ONU sur les droits de l'enfant et le premier appel aux ressources nationales.
  • de découvrir et d'encourager les talents particuliers de chaque jeune au Canada.
  • d'améliorer les capacités de toutes les familles et communautés à remplir leurs responsabilités envers les enfants.
  • de promouvoir la cohésion sociale de nos communautés dans tout le Canada.
  • d'enrichir le tissu culturel et économique de notre société.

Ce qui suit représente des points de référence précis qui soulignent les ressources nécessaires pour mettre en place ce plan :

  • qu'il y ait un engagement à redistribuer au moins 1,5% du PIB prévu en 2005 pour des investissements fédéraux à l'égard des enfants et des familles afin de remplir les objectifs principaux.
  • que le gouvernement fédéral augmente la prestation pour enfants dans toutes les familles à faible revenu afin d'arriver à au moins 50% de réduction de l'intensité et du niveau de pauvreté infantile pour l'an 2005, et coopère avec les provinces en vue d'éliminer les niveaux de pauvreté exceptionnellement élevés parmi les enfants de moins de six ans.
  • que le gouvernement fédéral coopère avec les provinces et territoires pour établir un réseau de services de développement de la petite enfance de haute qualité et accessible à toutes les familles dans chaque communauté au Canada.
  • que le gouvernement fédéral fasse des investissements suffisants dans des logements à prix abordable afin d'améliorer la santé et le bien-être économique des familles et d'assurer la disponibilité d'un parc suffisant de logements abordables dans tout le Canada.
  • que le gouvernement fédéral fasse des améliorations substantielles à la prestation fiscale de base pour enfants dans toutes les familles à revenu modeste et moyen, en plus des améliorations à la prestation fiscale pour enfants proposée pour les familles à faible revenu.
  • que le gouvernement fédéral fasse des investissements nationaux par le biais des provinces pour geler et même réduire les tarifs des cours postsecondaires dans tout le Canada.
  • que le gouvernement fédéral et les provinces mettent en place une commission nationale pour développer des stratégies visant à améliorer l'accès à des bons emplois avec des salaires permettant aux Canadiens de se sortir de la pauvreté.

Prochaines étapes pour accomplir le plan quinquennal

Pour arriver à ces points de référence, Campagne 2000 estime que les investissements fédéraux dans les enfants et les familles devraient augmenter d'au moins 16 milliards de dollars par rapport au niveau actuel. Ce qui reviendrait en moyenne à plus de 3 milliards de nouveaux investissements chaque année pendant les prochains cinq ans. Les provinces et territoires sont des partenaires clé pour réussir les objectifs de ce plan. Ils conservent la responsabilité centrale - en coopération avec les communautés, le secteur bénévole et les entreprises - de concevoir les programmes sociaux et de contribuer les niveaux appropriés de ressources financières.

Il y a eu quelques débuts d'investissements sociaux au cours de l'année passée. Le gouvernement fédéral a annoncé dans son budget 2000 un investissement supplémentaire de 850 millions de dollars à la Prestation fiscale canadienne pour enfants (PFCE). Les augmentations à la PFCE ajouteront 2,5 milliards de dollars par an en 2004. La prestation maximale pour le premier enfant d'une famille passera à 2 400 $, du niveau actuel de 1 805 $. Les améliorations à la prestation de base pour enfants, au moyen de l'indexation totale, même si elles sont minimes en termes de dollars, sont une correction importante dans un programme dont la valeur s'érodait chaque année. Le doublement de la durée des congés de maternité et parentaux à un an, dans le cadre du régime d'assurance-emploi, permettra à certains parents de passer plus de temps avec leurs enfants en bas-âge. Lorsqu'il annonça la Prestation nationale pour enfants dans son budget de 1997, le ministre des Finances avait engagé le gouvernement du Canada à des investissements ultérieurs, à mesure que les ressources seraient disponibles. Campagne 2000 et d'autres groupes travaillant sur la question de la pauvreté infantile seront à l'écoute d'investis-sements supplémentaires en vue d'une prestation intégrée pour enfants d'au moins 4 000 $ par enfant dans les familles à faible revenu.

L'engagement pris par le gouvernement fédéral de coopérer avec les provinces et territoires en vue d'une entente sur les services de développement de la petite enfance dès décembre 2000 est un autre point de référence à garder à l'oeil. Une réduction significative de la pauvreté des enfants et des familles nécessite un système très solide de services de développement de la petite enfance, comprenant des soins prénatals et post-natals, des programmes d'apprentissage et de garde de la petite enfance, ainsi que du soutien aux parents, y compris des congés parentaux améliorés, des programmes de ressources familiales et des politiques flexibles en milieu de travail.

Même s'il y a déjà certains programmes de soins prénatals et post-natals et de soutien aux parents, les services de garde de qualité sont encore sous-développés ou inaccessibles dans plusieurs régions du Canada. Il demeure critique de répondre aux besoins de garde d'enfants de toutes les familles, quel que soit leur situation d'emploi, ou leur revenu. Pour arriver à et maintenir une réduction significa-tive de la pauvreté des enfants et des familles - surtout pour les 37% de mères monoparentales dans la main d'oeuvre qui gagnent moins de 10 $ de l'heure - il faut un système fiable de garde d'enfants. D'autres pays en Europe occidentale ont réussi à démontrer que l'accès à des services de garde, de concert avec des prestations pour enfants adéquates, peuvent virtuellement éliminer la pauvreté persistante chez les enfants.

Les voix communautaires, ça compte

Nous avons un potentiel énorme pour confronter la pauvreté infantile et améliorer les chances dans la vie des enfants au Canada. Les résultats de sondages au cours des cinq dernières années montrent que les Canadiens accordent une priorité élevée à des mesures gouvernementales visant à réduire la pauvreté infantile. Les gens appuient aussi un rôle fort du secteur public dans les services communau-taires et de soutien aux familles.5 D'un autre côté, il y a des gens qui demandent aux gouvernements de réduire les politiques publiques, d'accroître le recours aux activités du marché pour améliorer les débouchés d'emploi et créer des logements abordables, et de réduire davantage les impôts. Toutes ces initiatives affaibliraient la capacité financière des gouvernements de financer des programmes sociaux essentiels.

Le rôle des citoyens, tant à niveau individuel que comme participants dans des groupes communau-taires, est crucial pour exprimer l'opinion publique et influencer la politique publique. L'aptitude des communautés à l'échelon local à travers le Canada d'exprimer leur engagement dans le domaine social a été mise à l'évidence en novembre dernier, quand des gens dans plus de 100 localités au pays ont participé à des activités marquant le 10e anniversaire de la résolution unanime du Parlement d'éliminer la pauvreté chez les enfants. Des Canadiens de tous milieux ont tenu des vigiles silencieuses pour dénoncer la promesse non honorée à l'égard des enfants du Canada, tandis que d'autres organisaient des activités «d'éveil» pour attirer l'attention de nos dirigeants.

Cette année, beaucoup de personnes consacreront leur énergie à la campagne "Sign on for Canada's Kids Campaign" qui est lancée par divers groupes nationaux et provinciaux, y compris Campagne 2000. Cette campagne organise une pétition et offre des ressources sur son site Web à www.signonfor canadaskids.org. L'objectif de cette initiative dans tout le Canada est d'assurer une entente sur des services de développement de la petite enfance pour décembre 2000 et que des investissements fédéraux substantiels soient annoncés dans le budget fédéral de 2001. Ces campagnes, même si elles représentent un défi et prennent du temps, sont un moyen concret par lequel les individus au Canada peuvent aider à faire avancer le pays vers un avenir où tous les enfants auront la chance de s'épanouir dans tout leur potentiel.

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Laurel Rothman est la coordinatrice nationale de Campagne 2000, une coalition de plus de 85 groupes dans tout le Canada qui s'affairent à éliminer la pauvreté des enfants et des familles au Canada. Pour davantage d'information, veuillez contacter laurelro@fsatoronto.com.

Notes:

  • Le seuil de faible revenu de Statistique Canada a été utilisé par Campagne 2000 et par le CCDS comme mesure de la pauvreté.

  • Marvyn Novick. L'essentiel pour commencer : une chance égale pour chaque enfant dès la naissance. Campagne 2000, novembre 1999, p. 46. Le présent article est en partie tiré de L'essentiel pour commencer.

  • J. Bruner. "Tot Thought," (book review). The New York Review of Books, XLVII:4, pp. 27-30, 2000.

  • Remarques faites par June Callwood lors de la conférence de presse pour le lancement de "Sign on for Canada's Kids Campaign," Winnipeg, le 9 août 2000.

  • Associés de recherche Ekos Inc. Final Report: National Survey on Children's Issues. 21 mars 2000.

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