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19 août 2007
Harper, Bush et Calderon manquent de vision
en ignorant 120 millions d’enfants
Lorsque les trois leaders nord-américains et leur cargaison de représentants sont arrivés à Montebello, Québec, pour leur rencontre annuelle sur la Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP), ils avaient bien des choses à discuter.
Il y a toutefois une omission à l’ordre du jour super-rempli du PSP – une omission qui compromet la sécurité et la prospérité futures du continent.
Les enfants de moins de 18 ans constituent le quart des 426 millions d’habitants de l’Amérique du Nord. La façon dont ils grandissent est importante non seulement pour leurs parents, elle représente aussi une préoccupation fondamentale par rapport à la vigueur continue des trois pays. Si nos leaders veulent promouvoir le « plein potentiel » de nos peuples – comme ils se sont engagés à le faire au moment du lancement du PSP en 2005 – comment peuvent-ils y parvenir en ignorant les enjeux pertinents à plus de 120 millions de leurs citoyens?
Plus de 300 buts ont été définis depuis le début du projet de PSP. Il est évident que la coopération dans le traitement des pandémies de grippe ou de la contrebande de matière nucléaire bénéficiera à tous les citoyens de l’Amérique du Nord. Mais le Premier Ministre Harper, le Président Bush et le Président Calderon ne peuvent pas prétendre sérieusement parler de la sécurité et de la prospérité à long terme s’ils ignorent le bien-être des enfants et des jeunes ou s’ils considèrent que cette question est d’une importance secondaire à leurs discussions.
En effet, un examen des projets parrainés par le PSP révèle que les enfants sont d’une importance secondaire dans ce projet.
Cette omission préoccupe tout particulièrement mon organisation, le Conseil canadien de développement social (CCDS). Au cours des trois dernières années, nous travaillons avec des organisations aux États-Unis et au Mexique pour développer des outils et des ressources permettant d’évaluer la situation des enfants en Amérique du Nord dans le contexte d’un monde de plus en plus interdépendant. Nous avons pu jusqu’à présent démontrer qu’il existe un grand nombre de points communs – une augmentation des taux d’obésité et des problèmes respiratoires, par exemple. Il y a également un grand nombre de nouvelles tendances au sujet desquelles un certain partage des connaissances serait très bénéfique.
Malheureusement, nous avons découvert aussi qu’il y a une lacune grave de données comparables dans trop de domaines concernant le bien-être des enfants. De plus, certaines initiatives prometteuses ont été interrompues, dont le travail d’avant-garde sur la santé et l’environnement que poursuivait la Commission de coopération environnementale créée par l’ALÉNA.
Il y a un terme pour désigner des discussions stratégiques sans données – cela s’appelle conjectures. Voilà un des problèmes.
Les parties semblent de plus s’entendre sur le fait qu’ils peuvent veiller à la sécurité et à la prospérité sans tenir compte de la vie quotidienne des gens, et ce en dépit du fait que le partenariat engage les leaders à « réaliser leurs objectifs au moyen d’efforts trilatéraux visant à améliorer la sécurité, la prospérité et la qualité de vie de nos citoyens ».
Par exemple, il semble évident qu’un pays où il y a un nombre croissant d’adultes affligés par les maladies du cœur, le diabète et l’insuffisance rénale ne peut atteindre son potentiel de prospérité ou de compétitivité. Pourtant, il n’y a pas d’initiative trilatérale en place pour traiter l’épidémie d’obésité qui cause ces maladies et qui affecte de 26 % à 30 % de tous les enfants du continent. De la même manière, il n’y a pas de stratégie pour examiner le fait que l’asthme chez les enfants a quadruplé au cours des 20 dernières années, ou l’augmentation des troubles neurologiques du développement causés par les produits chimiques dans l’environnement. Il n’y a pas non plus de plan pour explorer pourquoi les enfants mexicains courent plus de risques de mourir du cancer que les enfants aux États-Unis et au Canada – bien que ceux-ci soient également frappés par cette maladie, la plus importante cause de décès chez les enfants de 5 à 14 ans.
Les trois leaders se rencontreront donc - sans que le bien-être des enfants soient à leur ordre du jour, et encore moins les données spécifiques. Tout comme les expériences passées le prouvent, des erreurs coûteuses en résulteront et des possibilités économiques seront ratées - pas seulement dans le futur, mais dès maintenant aussi.
Il est clair que les enfants influencent le rendement économique des pays. Qu’est-ce que nos leaders devraient donc prendre en considération? Que dire de l’effet sur le futur de nos économies – et de notre sécurité – conjointes quand 87 % des enfants mexicains ont moins qu’une éducation secondaire comparativement à 17 % au Canada et 13 % aux États-Unis? Que dire des incidences sur le bien-être de nos familles et de leurs enfants quand un employeur américain déménage ses opérations au Mexique pour profiter des faibles salaires? Et ce ne sont là que quelques exemples.
Une main-d’œuvre en santé, bien instruite et compétente représente nettement le fondement de la prospérité et de la sécurité futures du continent nord-américain. Et pourtant les enfants - sans doute les citoyens les plus importants que les trois leaders représentent, si ce n’est que pour leur influence future sur la sécurité et la prospérité – ne sont pas à l’ordre du jour à Montebello.
Tout comme l’Assemblée générale de l’ONU l’a reconnu en adoptant la définition de la pauvreté infantile, « les enfants sont les agents d’une société plus prospère et équitable ».
Il s’agit d’un message que les « trois amigos » ignorent à leur péril – et en mettant à risque nos enfants et la prospérité et la sécurité futures de notre continent.
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