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Lettre ouverte

 

Logo CCDSLettre ouverte au très Honorable Paul Martin,
Premier ministre du Canada

 

Le 10 novembre 2004

Monsieur le Premier ministre,

Je vous écris au sujet d'une question cruciale pour l'avenir de notre pays.

Il y a plus de deux millions d'enfants de moins de six ans dans notre pays. Je suis persuadé que vous êtes d'accord qu'ils méritent d'avoir les meilleures chances de développement grâce à des services de garde et d'éducation de qualité que le Canada peut leur offrir. Non seulement parce qu'ils représentent notre future main d'oeuvre ainsi que la prochaine génération de dirigeants, de penseurs et d'innovateurs, mais également parce qu'eux aussi sont des citoyens.

Nous faisons partie des pays les plus riches au monde. Pourtant, comme le montre une étude récente de l'OCDE, nos services de garde sont inadéquats, fragmentés et sous-financés. Nous ne sommes pas à la hauteur de plusieurs autres pays développés.

À l'exception du Québec – qui a pris les devants pour instaurer un système de services de garde universel et abordable – et de quelques îlots d'excellence ailleurs, nous ne fournissons pas ce qu'il est de notre devoir d'offrir à nos plus jeunes concitoyens.

Nous avons laissé aux parents la responsabilité de se débrouiller pour trouver des arrangements comme ils peuvent, pour le prix qu'ils peuvent se permettre. Ce qu'ils obtiennent ne se résume souvent à rien de plus qu'une gardienne, et pourtant ce qu'ils déboursent peut absorber plus de 20% de leur revenu ménager.

Monsieur le Premier ministre, vous avez promis de donner une nouvelle direction au Canada. Vous avez pris l'engagement de créer un véritable système de services de garde et d'éducation de la petite enfance partout au pays. Nous vous félicitons de votre leadership. Finalement, après 20 ans de promesses sans cesse réitérées et rompues, les services de garde et éducatifs sont à l'ordre du jour des relations fédérales, provinciales et territoriales.

À présent, le défi est de réussir.

La semaine dernière, les ministres du développement social de partout au pays ont conclu un accord de principe reconnaissant qu'il fallait établir un système de garde de qualité qui soit universel et inclusif, abordable et orienté au développement de l'enfant. Selon le ministre de Développement social Canada, l'honorable Ken Dryden, cet accord est basé sur des critères de solide reddition de comptes, d'objectifs quantifiables et de flexibilité provinciale et territoriale.

C'est un début positif, tout comme l'intention de votre gouvernement d'investir 5 milliards de dollars sur cinq ans. Mais il y a beaucoup à faire, et des investissements bien plus substantiels seront nécessaires si nous voulons bâtir un système réellement efficace.

Cette semaine, plus de 600 décideurs, activistes, professionnels du secteur et chercheurs vont se réunir à Winnipeg lors d'une conférence nationale organisée par le Conseil canadien de développement social (CCDS). Cette conférence présentera les plus récents résultats de recherche, les dernières connaissances touchant les questions de politiques et les meilleures pratiques dans le domaine des services de garde et d'éducation de la petite enfance. Le ministre Dryden et le premier ministre du Manitoba, M. Gary Doer, nous feront l'honneur d'ouvrir la conférence.

C'est la première conférence nationale d'envergure sur les services de garde depuis 20 ans. Les panélistes sur le podium, les participants aux ateliers et dans les salles de la conférence ont une mine de connaissances et d'expérience à partager. Nous vous encourageons ainsi que les membres de votre gouvernement d'être à l'écoute et à prendre bonne note de cette expérience. Le tout tend clairement à recommander comme solution un système financé par l'état – accessible et abordable pour toutes les familles (comme le système à 7 dollars par jour au Québec).

Nous savons par exemple que :

  • Les premières années formatives de la naissance jusqu'à six ans sont fondamentales pour l'apprentissage tout au long de la vie, le comportement et la santé.
  • Tous les enfants profitent de services de garde et d'éducation de la petite enfance de qualité, pas seulement des groupes d'enfants ciblés, et tous les parents peuvent faire usage d'information et de soutien pour les aider à élever des êtres sains, bien adaptés et résistants.
  • La petite enfance représente l'occasion de développer le capital humain du Canada pour l'avenir. Des services de garde et d'éducation de la petite enfance de bonne qualité aident les enfants à réussir leur scolarité.
  • Les avantages sociaux et économiques de développer un système financé publiquement dépassent les coûts d'investissement par un ratio de deux pour un.
  • La qualité des programmes dépend d'un certain nombre de facteurs, mais le plus crucial est le personnel des services de garde, c'est-à-dire le niveau de formation et de rémunération qu'on leur donne, leurs conditions de travail, le nombre d'enfants sous leur responsabilité et le type de ressources qui est à leur disposition et le genre d'installations.

Il y aura de nombreuses questions à résoudre à mesure que le Canada développe un véritable système. Les participants à la conférence discuteront, par exemple, des meilleurs moyens de :

  • Faire en sorte que les enfants handicapés et les autres enfants avec des besoins spéciaux soient inclus et bénéficient des programmes de garde et d'éducation de la petite enfance;
  • Supprimer l'écart entre le système formel d'éducation et les programmes de garde et d'éducation de la petite enfance; et de
  • Desservir les familles avec divers besoins, comme celles qui vivent en milieu rural ou éloigné, les parents qui ont des horaires de travail non conventionnels et les communautés Autochtones.

En tant qu'hôte de cet événement marquant, le CCDS pense que les ministres de développement social, qui doivent se réunir à nouveau en janvier, devraient avoir l'occasion d'être mis au courant de ce qui aura été discuté lors de cette conférence. Nous serions ravis de les rencontrer pour leur communiquer les conclusions et les sujets de préoccupations exprimés par les participants de la conférence à Winnipeg, qui ont une connaissance approfondie et sont passionnés par l'avenir des services de garde et d'éducation de la petite enfance au Canada.

Monsieur le Premier ministre, lors de la dernière campagne électorale, vous avez demandé aux Canadiens et aux Canadiennes de prendre en considération le type de pays dans lequel ils voulaient vivre.

Au CCDS, nous avons également encouragé le débat sur le genre de pays que deviendra le Canada dans la prochaine décennie. Nous croyons qu'il est temps de renouveler l'agenda du développement social, qui a beaucoup souffert en raison des priorités accordées aux soins de santé et à la réduction du déficit et de la dette.

Nous ne minimisons pas l'importance des listes d'attente pour les chirurgies, mais il y a aussi des listes d'attente pour les services de garde. Un élément clé d'un nouvel agenda de développement social consiste à mettre à l'heure du 21e siècle l'attitude du Canada en matière de services de garde et d'éducation de la petite enfance. Pour y arriver, le nouveau système doit s'appuyer sur une solide fondation de politiques et de financement.

Il va bien falloir composer avec le système éparpillé que nous avons à présent. Mais nous ne devons pas établir le nouveau système sur les lacunes de l'ancien. Il devra certainement y avoir une flexibilité à l'égard des gouvernements provinciaux et territoriaux. Mais le système doit soutenir les meilleures pratiques, non pas accommoder les moins réussies. Finalement, il faut rassurer les Canadiens que nous élaborons un système qui est efficace et abordable, tant pour les parents que pour les contribuables.

La prochaine fois que l'OCDE fera une étude sur le Canada, montrons leur un pays exemplaire et innovateur en matière de services de garde et d'éducation de la petite enfance!

Je vous remercie de votre intérêt et de votre attention et je vous prie d'agréer mes sentiments les plus distingués.

Le président-directeur général,


Marcel Lauzière
Le président du Conseil,


Patrick Flanagan

Conseil canadien de développement social
190, rue O'Connor, Suite 100 Ottawa, Ontario, Canada K2P 2R3
Tél : 613-236-8977; Fax : 613-236-2750; Courriel : conseil@ccsd.ca