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Commentaire

janvier 2004

Une vision digne du nom

par Marcel Lauzière
président-directeur général du Conseil canadien de développement social
(publié dans le Halifax Chronicle Herald)

Qu’y a-t-il derrière un nom? Si le nom en question est le ministère du Développement social – le nouveau ministère issu de l’ancienne structure monolithique de Développement des ressources humaines Canada – il y a beaucoup de Canadiens qui espèrent que ce nom est bel et bien représentatif de la conscience et de la vision à grande portée du nouveau Premier ministre.

Il y a eu quelques mesures positives prises par le Premier ministre Paul Martin dans ses premières semaines au pouvoir. Même si elle a été largement ignorée dans le brouhaha initial du cabinet remodelé, la création d’un tout nouveau ministère du Développement social, sous l’égide ministérielle de Liza Frulla, ancienne ministre bien respectée de la Culture au Québec, constitue l’un des changements les plus bénéfiques et d’une portée considérable vu son potentiel de faire renforcer la justice sociale au Canada.

En rétrospective, il est évident que le développement social est tombé dans l’oubli, tant en raison des priorités du précédent gouvernement Libéral que du labyrinthe de responsabilités assumées par le colossal ministère des ressources humaines. À quelques exceptions près, comme la Prestation nationale pour enfants, l’agenda social au cours des cinq dernières années se résume à quelques milliards de plus pour les soins de santé. Il ne fait aucun doute que le régime d’assurance maladie au Canada avait un besoin pressant de réglage majeur, mais même le meilleur, le plus généreux des régimes de soins de santé au monde ne peut répondre à tous les déficits sociaux qui affligent le Canada. Et cela ne devrait étonner personne que le fait d’être sans-abri ou de vivre dans la pauvreté sont des facteurs énormes contribuant aux coûts astronomiques des soins de santé, qui absorbent des portions de plus en plus grandes des budgets du Fédéral et des provinces.

Les résultats de cette négligence sont visibles à tout le monde. Malgré l’un des regains de croissance économique les plus soutenus de l’histoire canadienne, les indicateurs de pauvreté selon lesquels toute grande société devrait être jugée, ont à peine oscillé. Nous débattons souvent des chiffres, mais les derniers résultats du Recensement devraient mettre fin aux débats. Ils révèlent une société dans laquelle les disparités du revenu s’accroissent, au lieu de diminuer; des taux de pauvreté persistants; une classe de nouveaux immigrants enracinée dans la pauvreté, dont la situation est pire que celle des générations antérieures; des conditions de vie du Tiers-monde se perpétuant chez les Premières Nations; un nombre croissant de sans-abri; des niveaux de revenus nettement inférieurs pour les femmes et les minorités ethniques – et ce, trois décennies après que l’équité salariale et des conditions en milieu de travail devaient en principe être non seulement la loi au pays, mais une valeur canadienne inaliénable. Alors, si M. Martin cherche une vision audacieuse pour définir son gouvernement, il n’a pas à chercher plus loin. C’est un fait que ces problèmes sont énormes, tenaces et de longue durée, et ne seront pas réglés par des solutions à la pièce, mais plutôt par le biais d’une stratégie globale. Autrement dit, c’est le moment de faire preuve d’audace et de sortir des sentiers battus.

Je ne crois pas être naïf en disant que M. Martin est bien au courant de ces réalités et des défis énormes qu’elles posent à son gouvernement. Il nous en a fait part lors de réunions avec le milieu du développement social et il a souligné la nécessité de consolider nos fondations sociales dans son discours d’acceptation au congrès d’investiture du parti Libéral : «Nous devons mesurer nos progrès en fonction des normes d’attention que nous portons à ceux qui sont les moins favorisés parmi nous». Bien dit; mais maintenant où allons-nous?

Les signes avant-coureurs émis par M. Martin sont encourageants, et la création d’un nouveau ministère de Développement social est un premier pas fort encourageant; l’est aussi ce désir de tendre la main aux Premiers ministres provinciaux afin d’établir une meilleure relation de travail, parce que plusieurs de ces domaines sont de juridiction provinciale exclusive ou conjointe, et parce que on ne peut rien accomplir d’important au Canada sans la participation des deux paliers de gouvernement.

Le Transfert social pour les services sociaux et l’enseignement supérieur, qui passera en vigueur en avril 2004, représente une autre occasion à saisir pour le nouveau gouvernement de Paul Martin, alors que le financement aux services de santé sera détaché du Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS) pour mieux faire le suivi de l’utilisation des dollars fédéraux alloués aux soins de santé. Le reste – le Transfert social – s’élève à près de 15 milliards de dollars, et pourtant nous n’avons aucun compte-rendu précis quant à l’utilisation de cet argent.

C’est vrai que la répartition du transfert aux provinces pourrait se solder par un simple arrangement comptable. Mais il ne doit pas forcément en être ainsi. Avec de la bonne volonté politique et un peu d’imagination, le Fédéral et les provinces pourraient saisir cette chance de lancer un débat public sur notre déficit social et collaborer envers une nouvelle architecture de politique sociale pour le Canada. Un débat semblable sur les soins de santé a abouti au rapport Romanow, entre autres, et des réponses concrètes sont encore en cours d’élaboration. Il n’y a aucun doute que le pays se devait de faire face aux longues files d’attente dans les salles d’urgences et aux longues listes d’attente en chirurgie, mais ne devrions-nous pas être tout aussi scandalisés par les longues files d’attente aux banques alimentaires ou les listes d’attente pour des logements sociaux abordables?

Dans le milieu du développement social, nous sommes fin prêts à travailler avec le nouveau gouvernement pour faire en sorte que M. Martin s’attaque au déficit social avec autant de véhémence qu’il s’est attaqué au déficit budgétaire. En fait, cette bataille a déterminé ce qu’il nous a légué comme ministre des Finances.

Maintenant, si le Premier ministre Paul Martin démontre qu’il est tout aussi déterminé à s’attaquer au déficit social – prouvant par là même que le ministère du Développement social est plus que simplement un nouveau nom dans le répertoire téléphonique de l’État – il pourrait réellement arriver à léguer au pays un héritage encore meilleur et plus permanent, et ce serait tout à son honneur.

 

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