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26 mai 2003

Bienvenu au Canada. C’est pas ce qu’on vous a promis.

Marcel Lauzièrepar Marcel Lauzière (Globe and Mail, 26 mai 2003)

Les données du recensement de 2001 qui viennent d’être publiées présentent un aperçu troublant de la société canadienne. Loin de ressembler à la société plus égalitaire que certains auraient peut-être espérée, elle présente plutôt un ordre social à la Dickens où les riches s’enrichissent et où nombre des travailleurs pauvres restent pauvres. Il est peut-être temps que les candidats à la direction du Parti libéral qui ont déjà parlé d’une « société juste » cessent de débattre des armes dans l’espace et commencent à s’intéresser aux problèmes sur terre, comme le fossé grandissant entre les mieux nantis et les démunis.

Selon les dernières statistiques du recensement, la situation n’est favorable que pour une minorité de Canadiens. Ceux qui se trouvent au haut de l’échelle – c’est-à-dire, ceux dont le revenu familial annuel est supérieur à 100 000 $ – ont vu leurs revenus monter en flèche au cours de la dernière décennie. Le reste des Canadiens ont, ces dix dernières années, fait au mieux de modestes avances, lorsqu’ils n’ont pas, au pire, reculé. Les revenus annuels des personnes se situant aux échelons intermédiaires (46 000 $ à 65 000 $) sont demeurés pratiquement statiques, tandis que ceux des Canadiens des échelons juste au-dessous (28 000 $ à 46 000 $) ont diminué d’environ 350 $ par année. Les 10 p. 100 de Canadiens se trouvant au bas de l’échelle, avec un revenu annuel inférieur à 19 000 $, ont connu une augmentation annuelle d’à peu près 81 $, en dix ans, soit moins que ce que dépense le PDG moyen pour une partie de golf!

Pour la dernière vague d’immigrants du Canada, les nouvelles ne sauraient être plus sombres. Non seulement gagnent-ils moins au départ que leurs pairs des générations précédentes, mais ils ont continué à perdre du terrain. Après avoir passé 10 ans au pays, ils sont encore très loin derrière les autres Canadiens et derrière la position occupée par les générations précédentes d’immigrants qui avaient vécu ici dix ans. Et leurs enfants sont plus susceptibles de vivre dans la pauvreté.

Nous semblons nous rapprocher davantage d’une société à l’américaine, une société à haut risque, ce qui devrait guère nous surprendre. Après tout, nous avons vaincu le déficit au prix de coupes pratiquées au chapitre de l’aide sociale, de l’éducation, des logements sociaux et du secteur communautaire. Ces mesures ont entraîné la perte de soutiens qui contribuaient à offrir l’égalité des chances aux personnes à faible revenu s’efforçant de joindre les deux bouts.

Que faire alors pour remédier à cette situation? Le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS), qui représente plusieurs milliards de dollars, est un outil essentiel susceptible de nous aider à modérer ces tendances troublantes. Ces sommes sont transférées du gouvernement fédéral aux provinces et aux territoires pour couvrir l’aide sociale et les services sociaux, l’enseignement postsecondaire et les soins de santé.

Par suite du nouvel accord bilatéral sur les dépenses en matière de santé conclu après la diffusion du rapport Romanow, la portion du TCSPS consacrée à la santé est sur le point d’être retirée des transferts en matière de programmes sociaux. Nous saurons où vont les 23 milliards de dollars et plus réservés à la santé, mais qu’adviendra-t-il des plus de 14,5 milliards de dollars destinés aux dépenses sociales et à l’enseignement supérieur en 2004-2005?

Les provinces dépensent les transferts comme bon leur semble et sans rendre de comptes pour les sommes allouées aux programmes sociaux. Pourquoi le public devrait-il tolérer cette absence d’imputabilité à l’égard de sommes critiques pour corriger le déséquilibre social dans nos communautés? Et pourquoi seulement 14,5 milliards de dollars? Comme le gouvernement fédéral a décidé d’atténuer les dommages qu’il a causés au système de santé, n’est-il pas temps qu’il fasse de même pour les programmes sociaux? Le temps est venu, pendant la rédaction des mesures législatives visant à fractionner le TCSPS, de débattre des niveaux de financement, d’introduire des mécanismes de surveillance et d’évaluation des dépenses sociales, et d’insister pour que l’argent des contribuables soit utilisé de façon transparente et efficace.

Nos investissements doivent être cohérents. La politique sur la santé reconnaît de plus en plus que les programmes doivent être interdépendants : par exemple, le régime de santé publique et le régime hospitalier ne devraient pas être planifiés et exploités indépendamment l’un de l’autre, comme l’a montré le problème du SRAS. Il en va de même pour la politique sociale. Ce n’est pas en versant des prestations d’aide sociale tout en cessant de construire des logements sociaux qu’on aidera efficacement les Canadiens à faible revenu. Il est absurde d’obliger les mères qui vivent d’aide sociale à obtenir une formation sans financer des services de garde d’enfants abordables pour leur permettre de travailler. Il est inutile d’inviter des immigrants à venir au Canada pour nous aider à bâtir notre pays sans leur donner les moyens de réussir et d’apporter leur contribution à notre société. Pourtant, les incohérences de ce genre sont courantes.

Nous devrions voir les résultats du recensement comme une sonnette d’alarme. Ces résultats montrent que les années 1990 ont été une décennie perdue au chapitre du développement social – nous ne formons pas une société plus juste, plus égalitaire et plus équitable, mais plutôt une société un peu plus misérable, un peu plus avide et un peu moins bienveillante. Les Canadiens doivent réfléchir sérieusement au genre de pays qu’ils souhaitent léguer à leurs enfants et au type d’architecture sociale nécessaire pour l’appuyer. Qu’arrive-t-il à une société lorsque tant de citoyens ne peuvent tout simplement pas s’offrir un logement sûr, une bonne alimentation et des services de garde d’enfants convenables? Autrement dit, que devraient tenir pour acquis les citoyens d’un pays riche comme le Canada? Si ces tendances ne sont pas freinées, nous l’apprendrons peut-être à nos dépens.

Marcel Lauzière, président et directeur général du Conseil canadien de développement social

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