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Énoncés de politiques

Éditorial

27 septembre 2002

Un coup de main pour le discours du Trône

par Marcel Lauzière et John Anderson,

Jean Chrétien a beaucoup critiqué la pauvreté, ici comme à l'étranger. Pendant l'été, il a dit à son caucus qu'il avait l'intention de s'attaquer à de nombreuses questions sociales avec un «activisme» renouvelé. Mais va-t-il passer des mots à l'action et annoncer un nouveau plan audacieux dans le prochain discours du Trône? Il a incontestablement des raisons de le faire.

Des changements spectaculaires dans l'égalité sociale ont fondamentalement endommagé la structure de la société canadienne, en mettant en danger notre qualité de vie. Des chiffres récents de Statistique Canada montrent que de 1984 à 1999, la richesse des 20% des familles en haut de l'échelle a augmenté de 43% tandis que les avoirs des 20% du bas ont chuté de 51%. Les avoirs nets du couple «médian» avec des enfants ont en fait légèrement diminué.

Montréal et d'autres grands centres urbains font preuve de signes particuliers de tension, selon une analyse publiée au printemps par la banque Toronto Dominion. Avec une étude du Conseil Canadien de développement social à l'appui, montrant que la proportion de Canadiens vivant sous le Seuil de faible revenu a augmenté de 1990 à 1999, la banque conclut qu'il faut trouver du financement pour la relance urbaine.

Étant donné les nombreuses voix décriant la rude épreuve subie par nos communautés, le Premier ministre ne pourrait avoir mieux choisi son moment pour se lancer véritablement dans un agenda activiste à l'occasion du prochain discours du Trône.

Dans le but de faciliter ce processus et de jeter les bases pour une session parlementaire animée, nous avons rédigé une ébauche d'une partie du discours du Trône, qui répond aux besoins des enfants et des familles.

Voici ce qu'on y dirait :

«Honorables membres du Parlement, Mesdames et Messieurs,

Au cours de la dernière décennie, un abîme s'est creusé entre les riches et les pauvres au Canada. Le plus inquiétant, c'est la façon dont cet écart s'agrandit à un taux alarmant dans nos grandes agglomérations urbaines, dans lesquelles vivent 65% de la population canadienne. C'est une tendance que nous avons remarquée dans d'autres parties du monde, mais qui à notre avis ne reflète pas le modèle canadien – notre approche égalitaire envers les soutiens sociaux et les droits de la personne.

Nous constatons à présent que plusieurs groupes vulnérables, comme les citoyens à faible revenu, les femmes, les membres des minorités visibles, les enfants, les peuples Autochtones et les personnes handicapées, n'ont pas dans l'ensemble profité des bénéfices de la prospérité de ces dernières années.

Afin d'aider à rectifier cette situation, le gouvernement va considérablement augmenter son soutien pour les enfants et les familles au Canada. Le Canada ne peut se permettre, pas plus moralement qu'économiquement, de perdre le talent et les ressources que ses enfants représentent. Les familles ont besoin d'un revenu suffisant et d'assez de temps libre pour donner à leurs enfants un bon départ dans la vie.

La Prestation fiscale canadienne pour enfants, combinée à un meilleur marché du travail, a réduit la profondeur de la pauvreté des enfants chez les familles avec enfants. Pourtant, il y a encore un enfant sur cinq au Canada qui vit dans la pauvreté. Par conséquent, le gouvernement va consolider les prestations fiscales pour enfants et élever la prestation maximale à 4 200 $ par an par enfant dans les familles à faible et moyen revenu, y compris les familles à l'assistance sociale. Cette dépense aidera à réduire de 50% la pauvreté infantile dans les cinq prochaines années.

Le gouvernement avait fait des réductions d'impôts afin d'augmenter le revenu disponible des familles. Cependant, 77% des bénéfices personnels de ces coupures d'impôts ont abouti aux 8% les plus riches de la population. Pour redresser cette inégalité, le gouvernement va établir une exemption fiscale de base pour les familles pauvres qui travaillent.

En tant qu'élément de la politique gouvernementale de réduction du déficit, les transferts aux provinces avaient considérablement diminué dans le milieu des années 1990. À la suite de quoi les investissements sociaux avaient stagné, entre autres pour les services de garde à prix abordable et le financement des agences de services communautaires.

Pour faire face à ce problème, le gouvernement va investir dans les services de qualité d'éducation de la petite enfance et les services de garde, qui seront universels, inclusifs et accessibles. On fera aussi équipe avec d'autres paliers de gouvernement et des partenaires non gouvernementaux pour trouver des moyens de fournir aux organismes communautaires un financement régulier leur permettant de procurer des services importants.

En reconnaissant les conséquences que l'absence de logement et le logement inférieur aux normes ont sur le bien-être de nos enfants, le gouvernement va prendre un rôle de chef de file dans la création de logements abordables. En collaboration avec les provinces et les municipalités, le gouvernement produira 20 000 unités de logement à prix abordable par an et augmentera à 10 000 le nombre d'unités rénovées.

Il est de plus en plus difficile pour le Canada de se présenter comme une société diverse et accueillante, lorsque plus de la moitié des immigrants récents et plus de 37% des membres faisant partie d'une minorité visible vivent dans la pauvreté dans nos grandes villes.

Afin de faire en sorte que les nouveaux immigrants au Canada puissent trouver un emploi rémunéré et subvenir aux besoins de leur famille, le gouvernement va investir dans de meilleurs programmes de langue et de formation professionnelle, et va collaborer de près avec les autres paliers de gouvernement pour améliorer la capacité du Canada de reconnaître les qualifications et diplômes étrangers de ses nouveaux citoyens.

Le gouvernement se rend compte qu'il n'y a pas forcément un prix attaché à toutes les améliorations du mode de vie canadien. On peut entreprendre certaines mesures régulatrices pour contribuer à une meilleure qualité de la vie pour l'ensemble des Canadiens.

Afin d'encourager tous les employeurs à payer des salaires suffisants à la hausse du coût de la vie, le gouvernement va augmenter le salaire minimum fédéral au-dessus du seuil de pauvreté, pour qu'il passe à un salaire correspondant au coût de la vie.

En outre, nous allons élargir le régime d'assurance-emploi pour donner aux personnes sans emploi la facilité d'accès à l'éducation et à la formation de compétences, qui leur sont si nécessaires.

Le peuple canadien a fait des sacrifices considérables au cours de la dernière décennie afin de remettre en ordre les finances du pays, de manière à pouvoir de nouveau investir dans le bien-être des Canadiens, de tous les Canadiens. Le gouvernement a le plaisir d'annoncer aujourd'hui que le temps est venu de récolter les récompenses de ces sacrifices».

 

Marcel Lauzière, président-directeur général du Conseil Canadien de développement social
John Anderson, vice-président de la recherche au Conseil Canadien de développement social.

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