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Ruth Levitas, professeure de sociologie à Bristol University, a reçu un applaudissement chaleureux pour son commentaire d’ouverture dans lequel elle a dit qu’elle était heureuse d’avoir la chance de visiter un pays qui n’était pas en guerre. Elle a dit aux participants que l’inclusion sociale «est à présent le principal concept légitimant de la politique sociale, en Europe et ailleurs». Mais même si on s’entend généralement pour dire que l’inclusion est une bonne chose et que l’exclusion est à la fois injuste et néfaste à la cohésion sociale, il y a très peu de clarté sur le vrai sens du terme.
Elle a suggéré que la définition de l’inclusion sociale peut être soit idéologique ou utopique telle que définie par Karl Mannheim, pour qui «l’utopie est une idée transformatrice» qui peut faire éclater les ordres établis quand on la met en pratique. Dans ce contexte, Levitas a dit que la question clé n’est pas ce que l’inclusion sociale veut dire, mais «plutôt ce qu’on entend en faire, et par qui».
Au Royaume-Uni, a dit Levitas, l’inclusion sociale est largement définie dans le cadre de trois cadres de travail différents :
Un discours redistributif, dans lequel on voit l’exclusion sociale comme une conséquence de la pauvreté, et la définition des ressources nécessaires va au-delà du revenu pécunier;
Un discours d’inclusion sociale qui définit l’exclusion comme l’absence de travail rémunéré, mais ne tient pas compte de la valeur du travail non rémunéré ni de l’impact des emplois dans lesquels les longues heures et le faible niveau de rémunération ne font que perpétuer l’exclusion sociale;
Un discours moralisateur, dans lequel on considère l’exclusion par rapport aux ménages sans emploi et dans lequel des groupes spécifiques, comme les jeunes hommes sans emploi et les mères monoparentales célibataires deviennent le point de mire.
Jean-Pierre Voyer, directeur du Projet de recherche sur les politiques, a dit que l’approche du Canada par rapport à la pauvreté et à l’exclusion a eu traditionnellement recours à un mélange de fiscalité, de transferts et de services visant la population dans son ensemble, avec le soutien de programmes spéciaux pour les gens sans emploi. Il a dit que la politique publique a évolué au fil des ans vers un objectif élargi de revenu annuel garanti, mais le progrès a été irrégulier, la pauvreté étant désormais concentrée sur cinq groupes à risque :
- les personnes avec des handicaps liés au travail;
- les immigrants récents;
- les mères monoparentales;
- les personnes plus âgées vivant seules;
- les Autochtones.
Avec toute la nouvelle recherche en place, Voyer a souligné l’importance d’étudier les conséquences des perspectives émergeantes en vue d’une politique publique pratique, «surtout quand elle se surimposera à un cadre de travail de politique existant déjà qui, en gros, fonctionne assez bien». Il a suggéré six étapes vers un cadre de travail stratégique pratique qui permettraient aux chercheurs, aux décideurs de politiques, aux politiciens et aux intervenants de première ligne de discuter des orientations futures et de mieux harmoniser leurs activités :
- se mettre d’accord sur la terminologie;
- repenser nos objectifs et notre vision d’un avenir meilleur;
- déterminer la taille de l’enveloppe de la politique publique;
- identifier les tendance émergentes de la pauvreté et de l’exclusion de manière à anticiper les besoins à venir;
- développer de nouveaux outils de mesure et des priorités de recherche en politique publique;
- assurer que la discussion inclut les participants institutionnels avec le mandat d’agir.
Anver Saloojee, professeur de politiques publiques à Ryerson University, a dit que le concept de l’inclusion sociale avait un potentiel extraordinaire de bâtir une solidarité qui transcende les effets de fragmentation et de compartimentation des politiques d’identité. Même si ce n’est peut-être pas le seul point d’entrée utile pour la recherche sociale, a-t-il dit, c’est sans doute le plus éclairant et le plus fascinant.
L’utilité du concept dépend de la mesure selon laquelle il traite de l’exclusion et favorise l’inclusion dans une société qui a plusieurs lignes de fractures, a dit Saloojee. C’est-à-dire qu’il faut distinguer entre des versions faibles du discours de l’inclusion sociale – qui met l’accent sur l’intégration des exclus, principalement dans le marché du travail – et des versions plus approfondies qui ont une approche beaucoup plus structurelle. À son mieux, dit-il, l’inclusion sociale se penche sur les droits, les responsabilités, la citoyenneté et la restructuration des relations entre les groupes marginalisés et les institutions de la société.
Il a dit qu’un programme de recherche pour l’inclusion sociale devrait être développé dans le contexte de :
- la démographie;
- la politisation des droits;
- du besoin de passer d’une représentation numérique à une représentation substantielle dans le processus politique;
- des revendications des Premières nations à la souveraineté et à l’autodétermination.
La modératrice de la séance, Rianne Mahon, directrice de l’Institut d’économie politique de l’Université Carleton a récapitulé la présentation d’ouverture en trois caractéristiques : le potentiel du concept de l’inclusion sociale, les pièges possibles dans certaines façons dont le concept a été délimité, et la possibilité de définir une version faible par rapport à une version approfondie de l’inclusion sociale. Pendant la période de discussion, un participant a rajouté une quatrième caractéristique – l’aspect pratique – en suggérant le défi de traduire une idée fascinante en un changement tangible tant au niveau de la politique publique que de la communauté. «Nous pouvons la décrire», a-t-il dit, «mais qu’est-ce que cela veut dire, et en quoi cela améliore-t-il la vie des gens?»
Un autre membre de l’auditoire a indiqué qu’il serait important de réconcilier le concept de Ruth Levitas sur la pensée utopique avec «les réalités politiques et institutionnelles» avec lesquelles doivent composer les responsables de politiques et les défenseurs de la politique sociale. Il a aussi exprimé une certaine préoccupation face à «l’incohérence des politiques» entre les divers ministères fédéraux ainsi qu’entre les différents paliers de gouvernement.
Un participant a suggéré que l’inclusion sociale et l’exclusion sociale peuvent coexister dans la pratique. Par exemple, la politique publique canadienne encourage le multiculturalisme, bien que certains membres de la société croient qu’il y a trop de déversité.
Levitas a répondu que l’inclusion sociale a des implications beaucoup plus profondes que de simplement surmonter l’exclusion. Mais elle a reconnu la complexité de définir l’inclusion dans un contexte pratique. «Si nous considérons que ces réalités sont immuables, nous n’arriverons à rien de plus qu’un faible programme d’inclusion», a-t-elle dit. «Nous travaillons dans un contexte d’inégalités et de polarisation croissantes, au sein des pays et à niveau mondial», à une époque où même les Nations Unies «se font mettre en pièces au moment où nous parlons. Il me semble donc que nous devons faire face à ce genre de questions institutionnelles», en commençant par l’hypothèse que les salaires peuvent être un moyen juste ou équitable de distribuer le produit social.
Elle a reconnu la réussite du Canada à établir des droits de base dans le contexte des services à l’enfance, en remarquant «qu’il est plus facile de faire voir aux gens que les principes méritocratiques ne sont pas naturellement acceptables ou positifs quand il s’agit de produire les types de résultats sociaux désirés».
Saloojee a identifié la citoyenneté comme une pièce maîtresse de tout cadre de travail national sur l’inclusion sociale, et une stratégie nationale de l’éducation comme «une composante essentielle d’une notion soutenue de citoyenneté. Sans un système d’éducation publique bien équilibré financé par l’État, nous allons répliquer et reproduire des formes d’exclusion qui reviendront nous hanter dans 10, 20 ou 30 ans. Le réinvestissement dans l’éducation publique doit être le moteur de toutes formes d’inclusion».
Voyer s’accordait à dire que la cohérence représentait le plus grand défi, en notant que la coordination entre les divers ministères fédéraux constitue une partie importante du mandat du Projet de recherche sur les politiques. La cohérence devient d’autant plus importante en vue de l’étendue des leviers de politiques publiques qui tombent sous la juridiction provinciale. «D’un point de vue pratique, la première étape pour nous est de développer un cadre de travail et de définir sa portée».
Il a ajouté qu’un des principaux défis de la recherche sociale est de faciliter une transmission plus fluide de l’information des producteurs de données vers les utilisateurs.
Rapports
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