Fiche d’information du CCDS Personnes Handicapées
numéro 15, 20024

Les personnes handicapées et

Dans cette 15e Fiche d’information du CCDS concernant les personnes handicapées, nous fournissons des statistiques sur les personnes qui sont affectées d’une perte de la vue et de l’ouïe, en utilisant des données provenant de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) menée par Statistique Canada en 2000-2001.(note 1) Dans la deuxième partie de ce numéro, nous fournissons des informations sur l’effet des conventions collectives pour les travailleurs handicapés, à l’aide de données statistiques de l’Enquête sur le milieu de travail et les employés (EMTE) menée par Statistique Canada en 2001. (Note 2)

Profil des personnes atteintes d’une déficience combinée de la vue et de l’ouïe

Il peut être difficile pour les personnes handicapées de surmonter les obstacles qui s’imposent à elles. Pour les personnes qui ont plus d’une incapacité, la combinaison des obstacles peut être extrêmement difficile à négocier. Dans les prochains numéros de ces Fiches d’information, nous espérons pouvoir examiner certaines des «combinaisons classiques» de types d’incapacités multiples (comme la mobilité et l’agilité, par exemple).

Dans ce numéro, nous présentons un profil des personnes qui sont atteintes d’une déficience à la fois de la vue et de l’ouïe. Bien que cette combinaison touche une plus petite proportion de la population que d’autres combinaisons «classiques» d’incapacités, elle présente des défis uniques puisqu’elle a trait à deux déficiences sensorielles. La Société Nationale Canadienne des Sourds-Aveugles (CNSDB), mène une recherche plus approfondie dans ce domaine, en collaboration avec la Canadian Deaf-Blind and Rubella Association (CDBRA), afin d’enquêter auprès des personnes sourdes-aveugles dans toutes les provinces et les territoires du Canada dans le but d’obtenir davantage de profils d’information détaillés. Ce projet comprendra aussi une discussion sur les besoins de services de ces personnes ainsi que de leurs parents et défenseurs de leur cause, et donnera le détail des services disponibles à cette population. Le rapport, dont la parution est prévue pour l’été 2004, relatera aussi des histoires personnelles à propos des obstacles et des victoires dans la vie des personnes sourdes-aveugles et de leurs parents et des personnes dévouées à leur cause. (Note 3)

Profil

Selon les statistiques de 2000-2001 de l’ESCC, il y avait environ 19 600 personnes de 12 ans et plus atteintes d’un certain degré de déficience à la fois visuelle et auditive, (Note 4) mais pas d’une perte totale de l’un de ces sens. De plus, 34 700 personnes se réclamaient d’une perte partielle de l’un de ces sens et d’une perte totale de l’autre, et 15 500 déclaraient une surdicécité totale. Aux fins de ce profil, nous avons examiné ces trois groupes ensemble en tant que personnes atteintes d’une déficience combinée de la vue et de l’ouïe. (Note 5) Dans certains cas, nous fournissons aussi des statistiques comparatives pour les personnes qui n’ont aucune incapacité visuelle ou auditive et pour celles qui ont perdu l’utilisation d’un de ces sens mais pas les deux.

Selon le sexe et l’âge

Sur les 69 700 Canadiens environ (de 12 ans et plus) avec une perte combinée de la vue et de l’ouïe (Note 6) en 2000-2001, 56% étaient des femmes et 44% des hommes. La grande majorité (70%) étaient des personnes âgées, environ 15% avaient moins de 45 ans et 15% de plus avaient de 45 à 64 ans.

Où vivent-ils?

L’Ontario est la province la plus peuplée, et c’était aussi la province avec le plus grand pourcentage de personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe (environ 44%); environ 21% vivaient au Québec, 8% dans les Maritimes, 13% dans les Prairies et 13% en Colombie-Britannique. (Note 7)

Niveau de scolarité

Les personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe avaient près de la moitié moins de probabilité d’avoir un diplôme postsecondaire que celles n’ayant aucune perte visuelle ou auditive. Parmi les personnes de 20 ans et plus, 23,2% des personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe avaient un diplôme postsecondaire, par rapport à 50,4% de celles n’ayant aucune perte visuelle ou auditive, et 37,2% de celles atteinte d’une déficience soit de la vue soit de l’ouïe, mais pas des deux. (Note 8)

Les personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe étaient moins susceptibles d’avoir terminé leur enseignement secondaire que celles des autres groupes. Comme le graphique 1 le montre, 56,7% des personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe ont indiqué n’avoir pas terminé leur enseignement secondaire, par rapport à 40,1% de celles avec soit une perte de la vue ou de l’ouïe et 21,1% de celles sans aucune de ces incapacités.

Graphique 1 : Personnes de 20 ans et plus, avec ou sans problèmes de la vue et de l'ouie, selon le niveau de scolarisation

Revenu

L’ESCC fournissait une mesure du niveau du revenu d’après le revenu ménager et la taille du ménage. En fonction de cela, on a divisé les individus en quatre quartiles de revenu. (Note 9) Les personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe étaient «surreprésentées» dans le quartile de revenu du bas. Par exemple, 11,2% des personnes sans problèmes de la vue ou de l’ouïe se trouvaient dans le quartile de revenu du bas, tandis que cette proportion était triplée (35,7%) pour les personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe. De plus, 39,4% des personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe se trouvaient dans l’avant-dernier quartile du bas, par rapport à 21,8% de celles sans problèmes de la vue ou de l’ouïe. C’est-à-dire que plus des trois quarts de toutes les personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe étaient dans les niveaux de revenu inférieurs.

Le nombre de personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe qui se trouvaient dans le quartile de revenu du haut était si petit qu’il n’est pas possible de publier le chiffre en raison de la petite taille de l’échantillon. Par contraste, cependant, 31,3% des personnes sans problèmes de la vue ou de l’ouïe se trouvaient dans le quartile de revenu du haut. Parmi les personnes affectées soit d’une déficience de la vue soit de l’ouïe, 20,5% avaient un revenu ménager dans le quartile du haut.

Graphique 2 : Personnes avec ou sans problèmes de la vue et de l'ouie, selon le niveau du revenu

Certaines de ces différences du revenu, mais certainement pas toutes, sont liées à l’âge (voir graphique 3-A).

Graphique 3a - Pourcentage de personnes avec un revenu ménager inférieur à 15 000 $, avec ou sanas problèmes de la vue ou de l'ouie, selon l'âge

Voir graphique 3A en format élargi

Indépendamment du fait d’avoir ou non une incapacité visuelle ou auditive, les personnes âgées avaient plus tendance que les autres à avoir un revenu ménager inférieur à 15 000 $. Les statistiques montrent aussi que les personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe étaient plus susceptibles que celles des deux autres groupes de se trouver dans une situation de faible revenu, quel que soit le groupe d’âge. Par exemple, 19,7% des personnes de moins de 65 ans ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe avaient un revenu ménager inférieur à 15 000 $, par rapport à 7,2% des personnes sans problèmes de la vue ou de l’ouïe. Parmi les personnes âgées de 65 ans et plus, 33,2% de celles ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe et 16,1% de celles sans problèmes de la vue ou de l’ouïe ont indiqué avoir un revenu ménager inférieur à 15 000 $.

De la même façon, la probabilité d’avoir un revenu ménager de 30 000 $ ou plus diminue avec l’âge et la présence d’une déficience combinée de la vue et de l’ouïe. Parmi les personnes de moins de 65 ans, 79,9% de celles sans problèmes de la vue ou de l’ouïe avaient un revenu ménager supérieur à 30 000 $, par rapport à seulement 45,3% de celles avec une déficience de la vue et de l’ouïe. L’un des facteurs qui contribue probablement à ces grandes différences a trait à la source du revenu ménager. Chez les personnes de moins de 65 ans, l’emploi représentait la principale source de revenu pour 88,1% des celles sans problèmes de la vue ou de l’ouïe, tandis qu’il n’était la principale source de revenu que pour 40,1% de celles ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe.

Parmi les personnes âgées de 65 ans et plus, 49,2% des personnes sans problèmes de la vue ou de l’ouïe avaient un revenu ménager supérieur à 30 000 $; seulement environ la moitié de ce pourcentage (26,9%) de personnes âgées ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe se trouvaient dans cette tranche de revenu.

Graphique 3b: Pourcentage de personnes avec un revenu ménager supérieur à 30 000 $, avec ou sans problèmes de la vue ou de l'ouie, selon l'âge.

Voir graphique 3b en format élargi

Problèmes de santé chroniques et perte de la vue et de l’ouïe

Les personnes ayant une déficience combinée de la vue et de l’ouïe étaient plus susceptibles que celles sans aucune déficience visuelle ou auditive (ainsi que celles avec une déficience de l’un ou de l’autre seulement) de souffrir d’asthme, d’arthrite et rhumatismes, d’hypertension artérielle, de diabète, de maladies cardiaques, de cataracte, et de glaucome. En particulier, les personnes âgées avec une déficience combinée de la vue et de l’ouïe avaient beaucoup plus tendance à souffrir de maladies cardiaques que les personnes n’ayant aucune déficience visuelle ou auditive (34,9% par rapport à 19,1%), plus tendance à avoir la cataracte (37,9% par rapport à 19,1%), et le glaucome (20,2% par rapport à 5,2%). Ce lien entre la déficience de la vue et de l’ouïe et d’autres problèmes de santé chroniques nécessite une recherche plus approfondie.

Les conventions collectives et les travailleurs handicapés

Cindy Wiggins, chercheure de niveau supérieur au Congrès du travail du Canada, (Note 10) a trouvé «qu’il est de plus en plus courant dans les conventions collectives d’inclure des provisions interdisant la discrimination sur un ou plusieurs plans». Elle a aussi identifié les avantages obtenus grâce aux conventions collectives comme une étape importante pour «surmonter les graves désavantages économiques auxquels continuent de faire face les personnes handicapées». (Note 11) En fait, en examinant les statistiques de l’Enquête sur le milieu de travail et les employés (EMTE) de 2001, nous constatons que les travailleurs handicapés ont tendance à avoir de meilleures conditions dans leur milieu de travail lorsqu’ils sont couverts par une convention collective, particulièrement dans le domaine de la formation et des salaires.

Formation

Les graphiques 4-A et 4-B montrent les profils de formation (Note 12) des travailleurs handicapés ou non handicapés, selon le sexe et l’appartenance à une convention collective. Dans l’ensemble, la couverture fournie par une convention collective est liée à une plus grande probabilité de recevoir de la formation en milieu de travail et, dans la plupart des cas, d’avoir accès à la formation à la fois scolaire et en milieu de travail. Ce lien est plus marqué en ce qui concerne les personnes handicapées et surtout les hommes handicapés.

L’écart de formation entre les personnes handicapées ou non handicapées se réduit lorsque la personne est couverte par une convention collective – surtout chez les hommes. Par exemple, 61,9% des hommes handicapés qui n’étaient pas couverts par une convention collective ne recevaient aucune formation, tandis que seulement 46,1% des hommes non handicapés sans convention collective ne recevaient aucune formation. Lorsqu’il y avait une convention collective en vigueur, l’accès aux possibilités de formation s’en trouvait amélioré – particulièrement pour les hommes handicapés. Parmi les hommes non handicapés, 44,7% ne recevaient aucune formation, et parmi les hommes handicapés, 49,6% ne recevaient aucune formation – une nette amélioration par rapport aux 61,9% de leurs homologues non couverts par une convention collective.

Parmi les femmes handicapées, 59,3% de celles sans convention collective ne recevaient aucune formation, par rapport à 46,9% de celles qui étaient couvertes par ce type de convention. Cependant, bien que le fait d’avoir une convention collective offre davantage de possibilités de formation pour les femmes handicapées, l’écart entre celles qui sont ou ne sont pas handicapées ne diminue pas autant que chez les hommes. Parmi les femmes non handicapées, 38,2% de celles couvertes par une convention collective ne recevaient aucune formation, par rapport à 46,9% des femmes handicapées. En fait, les femmes handicapées avaient le moins bon profil de formation de tous les groupes.

Graphique 4a : Convention collective et type de formation pourcentage d'hommes handicapés et non handicapés

Voir graphique 4a en format élargi

Graphique 4b : Convention collective et type de formation pourcentage de femmes handicapées et non handicapées

Voir graphique 4b en format élargi

Salaires

Les hommes handicapés et non handicapés avaient des profils de salaires à peu près semblables lorsqu’ils étaient couverts par une convention collective. Lorsqu’il n’y avait pas de convention collective, les hommes non handicapés avaient un meilleur profil de salaire que les hommes handicapés.

Par exemple, parmi les hommes handicapés, seulement 22,8% de ceux non couverts par une convention collective gagnaient des salaires dans le quartile du haut, par rapport à 29,3% de leurs homologues non handicapés. Parmi ceux qui étaient couverts par une convention collective cependant, la proportion d’hommes handicapés qui gagnaient des salaires dans le quartile du haut avait presque doublé pour passer à 41,4%, par rapport à 39,1% pour les hommes non handicapés.

Il semblerait qu’il y a des avantages du point de vue salarial liés à la présence d’une convention collective pour les travailleuses handicapées aussi. Parmi les femmes handicapées non couvertes par une convention collective, 12,7% gagnaient des salaires dans le quartile du haut, et ce pourcentage montait à 18,3% pour celles couvertes par une convention collective. Encore plus important cependant, le pourcentage des femmes handicapées avec des salaires dans le quartile du bas diminuait considérablement de 51,7% parmi celles sans convention collective, à 19,1% pour celles protégées par ce type de convention. (Parmi les femmes non handicapées, les chiffres correspondant étaient de 36,4% et de 12,6%, respectivement.)

D’après ces statistiques, il est évident que les conventions collectives améliorent le profil de salaire des femmes handicapées, mais elles n’éliminent pas complètement l’écart entre les salaires des femmes handicapées et non handicapées, et elles n’éliminent pas non plus l’écart entre les salaires des femmes handicapées et des hommes handicapés.

Tableau 5A - Quartiles de salaire horaire et convention collective, pourcentage d'hommes handicapés et non handicapés

Voir tableau 5a en format élargi

Tableau 5B - Quartiles de salaire horaire et convention collective, pourcentage de femmes handicapées et non handicapées

Voir tableau 5b en format élargi

Notes

Note 1 : L’ESCC contient des données sur la santé de personnes de 12 ans et plus dans toutes les provinces et dans les territoires, à l’exception des personnes vivant dans les réserves indiennes, dans les bases des Forces canadiennes, et dans quelques régions éloignées. Avec un taux de réponse à l’enquête de 84,7%, la taille de l’échantillon était de 131 535 personnes. La collecte des données a commencé en septembre 2000 et s’est poursuivie pendant 14 mois.

Note 2 : L’EMTE enquête auprès de personnes qui ont un emploi et leurs employeurs. Sont exclus de l’enquête les personnes travaillant dans les milieux de travail agricoles; les pêcheries, la chasse et la trappe; pour des ménages privés; dans la fonction publique; et dans les Territoires.

Note 3 : La CNSDB est un groupe de consommateurs et de défense des droits représentant les personnes sourdes-aveugles. La CDBRA est une organisation de défense des droits et de services représentant principalement les personnes affectées de surdicécité congénitale. Le Canadian Centre on Disability Studies (CCDS), un organisme de recherche et de sensibilisation à Winnipeg, coordonne la partie recherche du projet, qui est financée par Développement des ressources humaines Canada. Le projet comprendra une recherche auprès de groupes témoins avec des personnes sourdes-aveugles dans sept villes canadiennes et avec trois groupes témoins représentant les parents et les activistes plaidant en leur défense.

Le rapport final du projet sera disponible à la fin juin 2004 et sera affiché à www.cnsdb.ca et à www.cdbra.ca. Pour d’autres informations, contacter Stan Munroe, coordinateur du projet, à 1-866-420-7925.

Note 4 : Les personnes dont la vue peut être rectifiée en portant des lunettes ou des verres de contact n’ont pas été inclues comme ayant une cécité.

Note 5 : En raison de la petite taille de l’échantillon, nous ne sommes pas en mesure de donner des estimations détaillées de chacun de ces groupes séparément, et donc ils sont ici combinés, tout en reconnaissant qu’il y a divers degrés d’incapacité dans ce groupe plus large.

Note 6 : L’incapacité va de la perte partielle de l’acuité de ces deux organes sensoriels jusqu’à la perte totale.

Note 7 : Les chiffres pour les Territoires ne peuvent être diffusés en raison de la petite taille de l’échantillon.

Note 8 : Certaines de ces différences au niveau de la scolarisation peuvent être liées à l’âge, étant donné que les personnes de plus de 65 ans ont tendance à avoir des taux moins élevés de diplômes du secondaire et que les personnes avec à la fois une perte de la vue et de l’ouïe sont plus susceptibles d’avoir plus de 65 ans. Cependant, une analyse plus approfondie de ces données confirme que même à l’intérieur d’un groupe d’âge, cette tendance existe toujours. Malheureusement, en raison de la petite taille de l’échantillon, nous ne pouvons pas diffuser ces données.

Note 9 : Ce ne sont pas de vrais quartiles dans le sens que 25% de la population se trouve dans chaque groupe.

Note 10 : Disability Provisions in Collective Agreements in Canada, (page 5), présentation lors de la 1ere conférence nationale sur les droits des personnes ayant un handicap en novembre 2000, par le CTC (Unions Mobilizing for Disability Rights).

Note 11 : Ibid, page 1.

Note 12 : Fait référence à la formation reçue dans les 12 mois précédents.