11e Congrès bisannuel sur les politiques sociales canadiennes Skip Navigation

 

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Résumé

Régimes providentiels et régimes de genre

Sophie Mathieu et Paul Bernard

Dans la foulée des travaux d'Esping-Andersen, plusieurs études ont identifié trois principaux régimes providentiels. Dans les régimes libéraux (principalement les pays anglo-saxons), les marchés du travail et de consommation tiennent la place principale et chacun y satisfait ses besoins dans la mesure de ses capacités et de ses efforts. Dans les régimes conservateurs (l’Allemagne et plusieurs autres pays d'Europe continentale), des réseaux de solidarité sociale s'édifient sur la base des familles et des groupes professionnels, réseaux qui prennent en charge, au fur et à mesure qu'ils se manifestent, les risques comme le chômage ou la maladie. Enfin, dans les régimes social-démocrates ( les pays scandinaves), l'État joue un rôle plus important et cherche à atténuer les inégalités qu'accentue constamment le marché. La notion centrale ici n'est plus celle de besoin ou de risque, mais celle de ressources: il s'agit d’assurer que les individus ont constamment à disposition les moyens nécessaires pour faire face aux défis et aux problèmes qu’ils rencontrent, et pour développer leurs potentiels.

L’examen d’une multitude d’indicateurs sociaux au moyen d’analyses de classification hiérarchique permet de confirmer l’existence de tels régimes, qui correspondent à des articulations spécifiques entre la famille, l’État et le marché pour produire et distribuer les ressources nécessaires au bien-être des individus.

Le modèle a par ailleurs fait l'objet de critiques féministes. On lui a reproché de ne pas faire d'analyses différenciées de la situation des femmes et des hommes, et de prendre pour acquis que les caractéristiques des régimes providentiels s'appliquent également aux deux sexes. Et surtout, on a critiqué la trop faible importance accordée à la division sexuelle du travail, c'est-à-dire au fait que l'articulation entre sphère domestique et sphère marchande se fait très différemment pour les hommes et pour les femmes. Au moyen d’analyses de classification hiérarchique l’examen d’une multitude d’indicateurs sociaux différenciés selon le sexe permettra de voir si, de fait, les régimes providentiels définis jusqu'ici correspondent bien à la situation des femmes, ou si au contraire il faut construire des "régimes de genre".

BIOS

Sophie MATHIEU

Après des études de premier cycle à Simon Fraser Univerisity et à McGill, elle poursuit sa maîtrise au Département de sociologie de l'Université de Montréal, où sa recherche porte sur les régimes de genre.

Paul BERNARD, Ph.D. en sociologie (Harvard, 1974). Professeur de sociologie à l'Université de Montréal. Recherche et enseignement sur le travail et les inégalités, et en épistémologie et méthodologie. Travaux récents sur la précarité d'emploi, la qualité des emplois, la transformation des modes de vie des jeunes, le chômage familial, la cohésion sociale et les indicateurs sociaux. Implication dans la définition des politiques relatives aux sciences sociales en tant que membre du Conseil national de la statistique et président du Comité canadien de coordination des Centres de données de recherche, ainsi que dans la planification académique à l'Université de Montréal.

 

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